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EDITO

CHOUB


Now I lay me down to sleep,

I pray the Lord my soul to keep.


If I should die before I wake,

I pray the Lord my soul to take.


Mon roman

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Oniris


Un petit site littéraire bien sympa :)

SENEGAL TOUR - Eté 2005

 

car-rapide.jpg  

 


 



 

 


 

 

Le périple:

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Un bon paquet de kilomètres à pied, en pirogue, mobylette et autres "car rapide"


         Le compte-rendu:  

        C’était il y a 10 ans. J’avais 10 ans. Et maintenant, j’en ai 20. Enfin, bref, je vais pas vous faire chier avec ça, mais, voilà, disons que je suis retourné au Sénégal, ce pays que j’avais quitté il y a 10 ans et où j’avais vécu 4 ans, de 6 à 10 ans donc. Ok, pas taper, j’arrête !

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            Concernant les photos: emmener un appareil numérique là-bas pendant 1 mois en routard serait du délire (vol, sable, eau, puis de toutes façons: pas d'électricité ni de quoi télécharger ou presque) et comme on voulait pas trimbaler dix mille appareils jetables, bon on a pris zéro photos. C'est un peu l'échec, mais je vais quand même agrémenter le récit de quelques photos glanées sur le ouaibe.
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            On est parti à deux, avec Charles, un pote depuis la 3ème en Guyane. En fait, je suis parti seul, et lui ne m’a rejoint là bas qu’un jour après, à cause d’une sombre histoire de bagages paumés par Air Canada. Bah, ouais, lui arrivait de St Pierre et Miquelon, le truc pas compliqué, quoi. Enfin bon.

            Déjà, le départ : mémorable. Le lendemain des 50 ans de mon père. Soirée arrosée de la tête aux pieds, avec un mélange éminemment sympathique et pourtant trop méconnu : champagne / calva. Et attention, du calva local, du pur, du dur, de celui qui pique les yeux et fait mal au crâne avant même que la bouteille ne soit ouverte. Bref, au petit matin, la charte de qualité est certifiée AMACC (Appellation Mal Au Crâne Contrôlée). Et je dois prendre le train. C’est la luuuutttte !!!! Arrivé à l’aéroport, la gueule de bois s’estompe et là, je tombe sur une femme que je connais très bien et que j’aime beaucoup, mais elle, étonnamment, ne me reconnaît pas du tout. Putain, mais qui c’est celle là déjà ? Ah ! Oui. C’est Muriel Robin. En train de zoner et de gueuler dans l’aéroport d’Orly Ouest. Forcément, je la connais, mais elle, non. Enfin bon.

            Me voilà dans l’avion, un Airbus A320 bien pourri aux fauteuils déglingués de la TAP Air Portugal. Dire que j’ai casqué 700€ pour ça ! La scène du repas est mémorable. Ici, pas de caddy servant des plateaux-repas. Plutôt un portugais bien poilu qui, du fond de l’avion, beugle :

-21 B !

-Ouais ! Ouais !  Ch’uis là !

Et voilà le portugais, Helder pour les intimes, qui te balance un immonde sandwich au thon / purée, tel un quarterback qui te fait une passe de 45 mètres sur un terrain de football américain. Evidemment, 9 fois sur 10, la réception est mauvaise et le touchdown est loupé. Et un sandwich de plus encastré dans le hublot, un ! Enfin, c’est plutôt fun. J’attrape le mien. Mais il est tellement infâme que je crois que j’aurai aussi bien fait de le louper…

            On arrive à Lisbonne. Bah ouais, je fais Paris-Libonne, puis Lisbonne-Dakar, ça revient moins cher (m’enfin, 700€ quand même). Le pilote est une truffe comme j’en ai rarement vue. Au terme de la descente, il doit rester genre 2 ou 3 mètres d’altitude et le type passe en vol horizontal, juste au dessus de la piste. On doit bien manger les ¾ du tarmac sans toucher, je me dis « Putain mais tu le poses ton avion en forme de bite ?! » et voilà que ce con se met à moitié en travers et pose enfin son avion avec une lourdeur éléphantesque. Et puis, comme il doit rester grosso merdo à peine une centaine de mètres de piste, il ouvre en grand les inverseurs de poussée et écrase le freins autant qu’il le peut, du coup l’avion pile à 45°, les ceintures se tendent à craquer et on jurerait que le train avant va péter et que le nez va racler. Miracle, on s’en sort. Bienvenue à Lisbonne. J’ai 3 heures d’attente en transit. Chier. 15 minutes plus tard, je vois passer le pilote, tout sourire. Un petit nabot avec ses santiags qui claquent, aux longs cheveux bouclés et avec un pare-brise chromé en travers de la gueule en guise de lunettes de soleil. Beau spécimen.

            Retour dans l’avion, encore un Airbus A320 tout pourri, mais au moins ce coup-ci y’a des caddy. Mais ces truffes, au lieu de se répartir le service, préfèrent monter les deux caddy en série et se retrouvent systématiquement à être deux à servir une seule et même personne. Putain, la TAP, elle commence vraiment à me taper sur les nerfs.

            Il est 1h du matin, on approche de Dakar. Depuis quelques minutes déjà, j’ai reconnu l’endroit, avec le Phare des Mamelles dont le faisceau tournoie au dessus de la ville et de l’océan. Ca me fait bizarre de le revoir, ce phare. L’atterrissage se fait sans encombre.

            Après maintes formalités, me voilà lâché dans la zone. Des tas d’emmerdeurs et d’arnaqueurs qui m’abordent et me proposent des solutions de change soi-disant sans contrepartie ou qui tentent ouvertement de te faire les poches. Très peu pour moi, merci ! Evidemment, le distributeur de billets est en rade et je dois négocier avec un taxi pour qu’il accepte mes euros. Ca me coûte une petite fortune, mais pas question de traîner ici. Déjà que l’auberge où je vais devait m’envoyer un taxi, bravo. Le keum roule comme un ouf, sans phares, et y’a pas de ceintures. On se retrouve à 4 taxis à rouler de front, occupant les 2 voies. Et, putain, 3 autres taxis qui font pareil en face ! Je ferme les yeux et serre bien les fesses, j’entends un déluge de klaxons et d’insultes, ça balance dans tous les sens et quand je rouvre les yeux, on est passé. Je sais pas comment, mais on est passé. Le truc de ouf.

            Je suis enfin à l’auberge. Il est 2h30 de mat et je m’effondre dans mon lit pour dormir toute la nuit. Enfin, presque, parce qu’on est en pays islamique et que la prière, c’est sacré ! 

            Le lendemain, je redécouvre avec plaisir la plage du Phare des Mamelles où j’avais passé tant de temps. Je monte tout en haut du phare et, de là, je vois la Cité Mermoz, avec sa grande tour et ses petits immeubles jaune-ocre où j’habitais. Drôle de sensation. Charles doit arriver ce soir. En attendant, je profite des vagues et du paysage.

            Ce con de Charles n’avait pas vu la pancarte à son nom du taxi que je lui avait fait envoyer. Du coup, 1h de retard, j’ai bien cru qu’il ne viendrait jamais ! Enfin bon, j’étais en train de mater The Big Lebowski à la télé, et, évidemment, j’étais effondré de rire tellement c’est un putain de bon film. Charles arrive enfin. Cet enculé, qui a déjà eu son billet gratos grâce à ses Miles Air France, a en plus été surclassé en Première grâce à la bourde de… Air Canada ! Gros bâtard au cul toujours aussi bordé de nouilles. Enfin bon, ouf, je me voyais pas rester seul au Sénégal pendant un mois !

            Le lendemain, on veut aller plonger aux Almadies. Charles ne trouve rien de mieux à faire que de se faire soutirer 50 € par un certain Momo et son joli tour de passe-passe que j’avais vu venir à des kilomètres mais Charles n’avait pas cru bon de m’écouter. C’était un cadeau empoisonné, soi-disant gratuit, et paf, à peine 5 minutes plus tard, grosse embrouille et enculage télescopique, tour de magie à la David Copperfield. Bravo l’artiste, enfin, ce coup-ci, Charles a compris.

            Le soir, on fonce chez Joëlle, la mère d’un vieil ami, Romaric. On était ensemble en CP. Ca nous rajeunit pas tout ça… Elle nous accueille chaleureusement et ça fait du bien après le coup de ce connard de Momo.

            Le lendemain, on va à l’île de Gorée au large de Dakar. Très bel endroit, on en profite pour faire de l’apnée au dessus d’une putain d’épave. Très beau, mais aussi très profond, et pas question de faire les cons en apnée. Du coup, on reste un peu sur notre faim… Mais bon ! On tombe sur un keum qui veut nous refourguer des Channel N°5 et des stylos Mont Blanc, à des prix défiant toute concurrence bien évidemment car les articles sont, disons, tombés du camion. Mais qu’est-ce qu’on en a à branler ? lui dis-je.

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La plage de Gorée



            On quitte Dakar pour aller à Toubab Dialao. On traverse l’immense forêt de Baobab. Des arbres monstrueux. Trop stylé.


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Un baobab parmi tant d'autres.






On arrive dans un hôtel magnifique appelé Sobo Badê. Trop trop beau, en bord d’une plage immense, avec des superbes vagues. Que du bonheur, et on se fait péter le bide au resto… Le soir, on va dans un cybercafé. Faut voir la gueule du truc. Dix vieilles épaves de PC posées entre deux rangées de parpaings à ciel ouvert, et pourtant ça marche… Et plutôt bien même ! Le lendemain, à la plage, un type ultra chelou regarde avec un peu trop d’insistance notre pochette où y’a notre thune et nos papiers. Un moment, il me sort :

-Elle est à toi, la pochette, là ?

-Bah… Ouais ! Pourquoi ?

-Bah… Pour la tirer !!! dit-il, mort de rire.

Hallucinant, le mec, mais au moins il est honnête. J’éclate de rire et finalement il s’en va, le sourire jusqu’aux oreilles.

            Le lendemain, direction la ville de Mbour où l’on trouve la mythique enseigne Tefess. Mbour Tefess. Une ville de pêcheurs. Ca pue la mort. Avec nos gros sacs en forme de bite sur le dos, on est vite harcelé par les arnaqueurs. On visite le Marché. Je me retourne, et là je vois Charles en train de se faire accrocher au poignet le même genre de cadeau que celui de Momo. Putain mais te laisse pas faire merde! Je chope le mec, le bouscule, arrache le bracelet et lui renvoie dans la gueule. Putain, les lourds ! Maintenant on a la paix.

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Mbour Tefess - Village de pêcheurs


 

            On se barre, direction la Pointe Sarène. On cherche un camping prétendument magnifique dans un « joli petit village typique » dixit le Guide du Routard. Mouais. Des parpaings et une plage top crade. Ze plan pourri. On se casse !!!

            On arrive donc à Joal-Fadiouth, dans l’hôtel du fils d’un ami de Joëlle. Accueil super. Ville crade, mais en bord d’une rivière et de la mangrove, d’où l’on peut partir en pirogue. On fait deux super balades en pirogue à la perche, dont l’une avec un guide qui nous explique longuement comment préparer le viagra local à base de… bite de tortue séchée. No comment. On tombe aussi sur un énorme Mbar (un varan) en train de nager à fond les ballons devant notre pirogue. Trop bon. Il y  a aussi une petite île artificielle, faite en coquillages. C’est super crade. L’île d’à côté, par contre, est propre, somptueuse même, pleine de verdure et d’immenses baobabs plantés sur des morceaux de coquillages parfaitement blancs. En fait, c’est le cimetière des habitants de la première île. Superbe visite. Le soir, Stéphane, le gérant, nous paye d’immenses coups à boire. On se flingue des whiskies cocas et deux bouteilles de vins. Totalement allumés, on commence à se mater des VCD pirates de reggae et de rap. On se fend la poire devant un des prétendus fils de Bob Marley, qui se fait appeler « Damian Junior Gong Marley ». Gong. Putain, trop bon. Et puis on se fout de la gueule de ces gros cons de rappeurs, avec leur panier à salade sur la tête, la casquette à l’envers, leur manteau de fourrure ridicule, leur pantalon sous les genoux, en train se de choper les burnes toutes les 2 secondes, histoire de bien vérifier qu’elles sont toujours là… Gros délire. Délüre ?

            Maintenant, direction Djilor, dans le Sine Saloum, un gigantesque fleuve serpentant dans la mangrove. On loge au Domaine des Cajous. C’est extra. Une gigantesque paillote-restaurant en paille, en forme d’impluvium: un trou en pente au centre où s’écoule la pluie pour arroser un patio. Le tout en bordure du Saloum, avec un grand ponton. Au bout, un abri, des hamacs, un plongeoir et un canoë. Trop bon. On nage un coup puis on se laisse dorer au soleil, allongés sur le ponton. J’entends un drôle de bruit de flotte. Je tourne la tête et vois un gigantesque Mbar d’au moins 1.5m qui fait des ronds dans l’eau et me regarde bizarrement. Tout noir, tacheté de jaune, la bête a vraiment de la gueule. Un sacré dinosaure. Je dis à Charles de se lever très lentement, mais à peine a-t-il bougé que le Mbar disparaît dans les eaux sombres en faisant claquer sa longue queue pour nous asperger. On reste comme deux ronds de flan. Cassés. On prend le canoë et on part se balader. Charles s’occupe de ramer à l’allée. On fonce de l’autre côté du bras de rivière, mais, arrivés au milieu, on racle le fond et pas moyen de porter le canoë vu que c’est de la vase. Galère. On est bon pour faire tout le tour. On finit par arriver à une petite île super sympa mais, brusquement, des hurlements d’oiseaux qui nous tournent autour et nous foncent dessus super violemment. Ils protègent leur nid tout proche, et, putain, ce sont pas des parents indignes. Faut voir la raclée qu’ils nous mettent, ils nous foncent dessus, bec en avant, griffes ouvertes ! Devant leurs assauts répétés, on met les voiles… Et c’est à moi de ramer pour le retour mais, bien évidemment, je me suis fait enculé à sec : j’ai le vent et le courant contre moi, le soleil dans la gueule et en plus il commence à y avoir des vagues… Quelle galère, on manque de se retourner toutes les 10 secondes. J’arrive au campement, lessivé. Bonne nuit les amis.



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Le Sine-Saloum. C'est complètement beau :)




            Le lendemain, on passe la journée sur la pirogue de Hibou, qui nous fait visiter des kilomètres de bras de mangrove. C’est magnifique, avec tous ces poissons qui sautent dans tous les sens et tous ces oiseaux. Martin-Pêcheurs, Pellicans, et plein d’autres dont je connais pas le nom, ils nous frôlent, c’est limite s’ils nous percutent pas. Trop bon. Le soir, on mange un Tiéboudiène (riz au poisson) chez Hibou. J’ai le réflexe de prendre un Imodium (ralentisseur intestinal) tout de suite, Charles fait le malin et n’en prends pas. Le lendemain, qui c’est qui a la diarrhée ? C’est pas moi.

            Au petit matin, je me pose sur le ponton pour profiter du lever de soleil sur le fleuve. Pas un bruit, à part les oiseaux, et le soleil nous inonde de pures couleurs. C’est trop beau. Tiens, hop, cinq pélicans de plus de 2m passent juste à côté de moi. Sympa. Aujourd’hui, on passe encore la journée sur la pirogue de Hibou. Il nous emmène jusqu’à Toubakouta. Charles lutte toute la journée contre son estomac. Comme la veille, on voit de supers belles choses. Tout est calme. Soudain, un poisson ridicule en forme de trompette jaillit de l’eau en frétillant du cul et se tape comme ça au moins 500 mètres avec nous par bonds itérés successifs. Trop l’air con, le truc. Mort de rire. Et là, c’est la pluie. D’abord, une petite pluie de grosse tarlouze efféminée, qui se change en une pluie ma foi fort correcte, avant de devenir franchement un truc de mec. Et sévèrement burné, le mec. Au début, c’est fun. Au bout d’une heure, on est congelé. On se planque sous la bâche tels deux clandestins immigrés yougoslaves, terrés comme des rats. Mais ça tombe tellement qu’on risque de couler, alors on est obligé d’écoper comme des malades. Ca s’arrête enfin. Mais voilà que ça reclaque. Enorme orage. Mémorable.



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Façon pirogue sur le Saloum.

 

            On arrive à Toubakouta. Super campement chicos, le Keur Saloum, au bord du fleuve, avec un impluvium gigantesque et une superbe piscine à débordement. Mais on a pas trop les moyens, alors on va dormir aux Coquillages, juste derrière, miteux mais pas cher. On décide d’aller bouffer au Keur Saloum quand même, histoire de profiter du lieu… Mauvaise idée. En fait, ce n’est même plus chicos : ça pue carrément le fric. Il n’y a là que de gros toubabs (blancs) pétés de thunes qui pelotent de jeunes sénégalaises de 18 ans, en hurlant haut et fort leurs exploits à la pêche au barracuda. Tous cons, tous bourrés, ici pour pêcher et chasser des espèces protégées. Pauvres types. En plus, la bouffe est reuch est franchement pas top. Plan pourri, quand tu nous tiens…

            Dès le lendemain, cassos. Direction : Missirah, 30 bornes au sud de Toubakouta. Il pleut des cordes. On met une heure à pied pour rejoindre la gare routière en ayant manqué de se vautrer dans la merde glissante à peu près tous les deux mètres. Arrivé devant l’unique taxi, ce gros connard nous demande un prix exorbitant pour aller jusqu’à Missirah. Je lui dis d’aller se faire foutre et qu’on se débrouillera autrement. Hop, on demande à deux gars en mobylettes toutes pourries de nous emmener, ils acceptent pour 10 fois moins cher. Et en plus, c’est fun de chez Marcel Fun, limite smiley kéblo même. En effet, il pleut des cordes, on est à l’arrière d’une mob déglinguée, avec nos énormes sacs/bites et nos bidons de flotte, la piste n’est plus qu’une étendue de boue glissante et collante, toute rouge, on slalome comme des oufs entre les arbres, on manque de se vautrer en permanence, on se fait des sessions d’aquaplaning de psycho, les singes dans les arbres autour de nous hurlent comme des fous et nous suivent en sautant de branche en branche, et là, vlan, on se vautre à fond les ballons dans la merde, mais c’est tellement mou et puis au fond on dépasse pas les 30 km/h, donc on a rien et on est mort de rire. Charles se crame quand même la jambe avec le pot, mais rien de bien méchant. Même les singes ont l’air de se foutre de notre gueule !! Trop bon. Evidemment, le moteur a bu la tasse, alors on met du temps à redémarrer, mais, putain, c’est vraiment trop trop bon. On arrive au gîte à Missirah, on est les seuls clients depuis longtemps (comme d’hab’ en saison des pluies). Faut voir la tronche de la patronne quand elle nous voit arriver, maculés de boue de la tête aux pieds :

-…Mais… Putain… Vous avez fait quoi ? Vous sortez d’où dans un état comme ça ?

-Bah… on est venu en mob (smiley kéblo mode ON) !!

-Ah les cons  (morte de rire) !!

No comment.

            Et il pleut. Encore et toujours. On passe deux journées à jouer au Scrabble et à boire du Coca, sous l’œil étonné des singes à moitié en train de se bastonner pour les 2-3 trucs qu’on leur donne à manger. La nuit, on entend les hyènes hurler. Le soir, on bouffe des mangues flambées. Notre guide guette la moindre accalmie pour nous emmener en forêt. Ah ? Une fenêtre de tir ? C’est parti ! Trois heures de jungle, à voir des termitières de six mètres de haut, des varans monstrueux, des oiseaux tout chou, et puis une armada de phacochères paniqués à notre approche au point qu’ils en paument leurs gamins… que l’on retrouve un quart d’heure après, stressés à mort, dans les hautes herbes. Ces cons là se couchent, se croyant invisibles. On s’approche à moins d’un mètre, et voilà que ces trucs là hauts comme trois pommes se lèvent et se barrent en hurlant et en sautant comme des piles électriques. Trop bon.

            On se taille en Casamance, l’extrême sud verdoyant du pays, mais pour ça il faut traverser la Gambie. Là, faut se choper un Visa. C’est trop la lutte. Tous les douaniers ont une super sale gueule de chez Fernand De La Salle Gueule, ils prennent un malin plaisir à te faire attendre des plombes, ils sont tous corrompus à mort et se gardent la moitié de la thune des Visas, en plus ils sont crades à en gerber, à la limite on se demande s’ils ne chient pas par terre ces gros porcs là… Enfin, on a nos Visas. On trace, on change quinze fois de taxis, on prend le bac, on arrive à Banjul, capitale de la Gambie. Là, on parle le broken english et tout le monde essaye de te faire les poches, alors, nous, avec nos gueules de blancs et nos bites sur le dos, c’est trop la lutte. Je sens un mec fouiller dans mon sac, je me retourne et le voit en train d’essayer de se tirer avec ma paire de jumelles. Je lui dit :

-Rends-moi ça, connard !

-OK, OK !

Et il me la rend, tout penaud. Ca, c’est fait. On prend encore je sais pas combien de taxi, on traverse la Gambie et, évidemment, on crève. Heureusement, dans les campagnes, les gens sont super gentils et se plient en quatre pour nous aider à repartir. Ca fait plaisir. Les petits villages sont tout simplement magnifiques. On traverse un village où règne un bon gros boxon et un type à l’air super pas cool du tout nous arrête et nous braque avec un fusil. Méchante poussée d’adrénaline : ouh, putain, c’est pas bon, ça. En fait, c’est la fête du village, le fusil n’est pas chargé et c’est « pour rigoler ». Putain, très très drôle. Le soir, on arrive enfin à Kafountine, dans un campement hôtel tenu par un vieux blanc rasta totalement allumé. Cool, mais allumé. Ca s’appelle A la nature. Moi, j’aime bien, mais Charles trouve pas ça top. C’est vrai que c’est poussiéreux, mais ça a de la gueule, des cases simples, mais un putain de restaurant avec impluvium, patio, pont suspendu, et vue sur l’océan. On rencontre ici le seul français de tout notre périple, un conseiller d’orientation à Caen. On tombe aussi sur un couple de boliviens super sympas. La nuit, Charles en a tellement ras le bol du campement que je l’entends hurler, en pleine nuit :

-I’M BOB JACKSON !!! (cf. Jim Carey dans Karate Instructor, un de nos gros délires du mois).

Je me dis : putain, là, gros craquage, il dort pas et commence à gueuler Bob Jackson…Gros dossier. En fait, le lendemain, il se souvenait de rien : il avait beuglé ça en dormant. Fun.

            On se casse vers un autre campement : l’Esperanto. Magnifique, derrière les dunes de la plage, dans la plaine verdoyante, sur une rivière. Et y’a personne. On est seul de chez seul. Peinardos. Paco, le vigile, nous accueille coolos et nous emmène faire une pure ballade en vélo, à travers les rizières, jusqu’au village de Kassel. C’est hyper beau. On se prend des sodas et on lui paye un coup. Mais après, il nous emmène en pirogue pour une ballade pourrie comme c’est pas possible : à peine une heure, à ramer dans la vase, avec un pseudo-guide de mes couilles qui n’a pas décoché un seul mot tout du long et qui faisait semblant de ramer, cet espèce d’enculé. Paco, prétendant qu’il fallait quelqu’un d’expérimenté pour diriger la pirogue, s’est mis à l’arrière pour contrôler le cap. Résultat : on a passé notre temps, avec Charles, à l’avant, à essayer de compenser les erreurs de trajectoires de ce gros boulet qui nous envoyait systématiquement dans la mangrove, à peu près tous les dix mètres. En plus, comme l’autre trou du cul ramait pas, on s’épuisait comme des malades. Et là, il nous pose sur une espèce d’île moisie à la con. Là, je lui dit de nous ramener tout de suite, parce que, vraiment, ça suce. Et au retour, on apprend qu’en plus d’un soda, cette enflure de Paco s’est payé des cigarettes sur notre gueule. Pas gêné le mec, c’est pas pour ce que ça coûte, mais vraiment, la raclure. En ville, on croise des rastas défoncés à bloc, qui nous expliquent que ici en Casamance, tout est nice, peace and love. Allez, c’est ça, ta gueule, tu pues. Le lendemain, on zone le long de la plage, jusqu’à une vieille épave coréenne toute rouillée de 50 mètres. Ambiance vaisseau fantôme, avec les vagues qui claquent contre la coque et qui font résonner toute la structure et l’eau qui se vaporise en geysers évanescents… Sympa.

            On se barre à Ziguinchor qui s’avère être une ville toute pourrie alors on trace vite fait jusqu’à l’extrême extrême sud du Sénégal : le Cap Skirring. En chemin, dans le taxi-brousse, je tombe sur un mec qui me fait exploser de rire. A un moment, on s’arrête. Le type descend s’acheter un truc à bouffer. On repart. Et puis un mec se met à beugler en courant derrière comme un dératé : on l’a oublié ! On freine, il monte dans le taxi, avec un sourire jusqu’aux oreilles, en beuglant :

-J’AI MES MANGUES !!! J’AI MES MANGUES !!! J’AI MES MANGUES !!!

Puis il enchaîne :

-Y’a des bars à Cap Skirring ?

Son voisin répond :

-Bah… Ouais ! Plein !

-AAAAHHHH !!!! C’est bon, ça !!!! lâche t-il, rayonnant de bonheur, tout en sueur, en gobant ses mangues à pleines dents.

Bon, faut vivre la scène, hein, là, ça a pas l’air, mais à voir c’est à mourir de rire.

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>>> Après avoir été laissé pour mort par son ancien maître Obi Wan Kenobi au terme d’un combat d’une violence et d’une âpreté sans pareille ou seule l’arrogance a causé sa défaite, le Seigneur Vador se réveille, transfiguré.

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-Seigneur Vador ? ... Vous… m’entendez ?

Cette voix. L’Empereur. Oui, vous l’entendez. Mais non. Vous n’entendez pas cette voix. En tous cas, vous n’entendez plus comme avant. Des capteurs dans la prison qu’est devenu votre crâne infiltrent le sens goutte à goutte et tentent maladroitement de continuer à vous faire ressentir ce monde. Des capteurs de lumière au travers de vos orbites de transparacier encodent votre vision en de vaguement évocatrices nuances de noir et de rouge, en un hideux simulacre du monde qui vous entoure. A moins que le simulacre ne soit parfait et que ce monde ne soit véritablement hideux. Vous suffoquez. Vous tentez de libérer vos poumons de cette étreinte qui vous écrase la poitrine, mais rien n’y fait. Alors, la Force vous souffle que vous n’avez même plus de poumons. Brûlés par les vapeurs de roche en fusion, ils vous ont été arrachés et remplacés par un respirateur artificiel qui vous remplit et vous racle la trachée, pompant l’oxygène de l’air jusque dans votre sang. Vous ne contrôlez plus rien. Une machine s’occupe de tout. Une machine. Vous vous entendez respirer, ou, plutôt, suffoquer, en un lent bruissement d’air qui se décomprime en une mince nuée blanchâtre. Une partie de vous restera à jamais en train de brûler pour l’éternité sur les rives fumantes et rougeoyantes de ce lac d’obsidienne en fusion.

Puis vous tentez de parler, mais le son que vous produisez ne ressemble en rien à votre voix passée. Vos cordes vocales carbonisées par la chaleur et vos hurlements de douleur ont été shuntées puis sauvagement remplacées par un vocodeur qui émet un grognement métallique poussif :

-Où est Padmé ? Est-elle… en lieu sûr ?

Une attente, insoutenable, puis l’Empereur répond:

-Hélas… Il semblerait que… emporté par votre colère, vous l’ayez… tuée.

Et c’est une brûlure plus intense que celle de la lave. Vous sentez le monde se dérober sous vos pieds.

-NON!! Jamais je n’aurais pu! Elle était en vie ! Je l’ai SENTI !!!

Jamais vous n’auriez pu faire ça ! Jamais ! Vous cherchez les mots mais rien ne vient à part un hurlement de déni et de douleur :

-NOOOOOOOONNN !!!

Et vous tempêtez, et vous vous démenez, et vous hurlez, et vous tentez d’évacuer cette douleur atroce et lancinante qui vous déchire et irradie tout votre corps, vous ne sauriez dire comment, même jusque dans ses parties mécaniques. Vous voulez détruire cette ombre qui vous a tout pris, mais bien que votre fureur puisse détruire des mondes, il n’y a que le matériel et les droïdes alentours qui implosent et la table sur laquelle vous êtes harnaché qui est réduite en échardes. Fou de haine, de rage et de désespoir, vous forcez avec vos pitoyables ersatz de bras sur les liens de duracier qui vous entravent, vous puisez dans la Force et le métal qui vous retient se déforme puis se déchire, alors vous vous levez maladroitement, vous découvrant juché sur de lourdes et grotesques échasses de duranium. Réalisant alors que vous n’êtes plus qu’une ignoble machine ridicule, même plus capable de respirer, vous hurlez votre haine au monde au travers de votre vocodeur qui sature et n’émet qu’un râle indéfinissable et c’est toute la salle qui tremble, résonne et se déforme sous l’effet de votre rage cosmique. Alors voilà l’Empereur qui prend peur devant une telle démonstration de force et qui perd l’équilibre, tentant tant bien que mal de se préserver de vos ondes et de vos projections incroyablement destructrices. C’est horrible, vous souffrez le martyre et le désarroi le plus total vous accable. Vous vous souvenez du pouvoir qui était en vous, mais ce pouvoir n’est plus qu’un souvenir qui s’évade et vous laisse, chancelant, devant l’atrocité de votre crime. Et dans cet ultime instant de lucidité où, fugitivement, vous vous sentez Anakin Skywalker pour la dernière et éphémère fois de votre existence, vous réalisez l’ultime cruauté du piège et de la fourberie des Sith. Car oui. Vous vous rappelez. Vous vous rappelez tout. Absolument tout. Vous vous souvenez avoir fait naître en vous cette bête qu’est Vador pour réduire à néant le dragon de peur qui vous dévorait de l’intérieur. Vous vous étiez cru plus fort que le Côté Obscur, pensant pouvoir dominer et contrôler ce Vador qui s’est finalement mué en un dragon plus effrayant encore que celui que vous vouliez le voir occire. Et c’est là que réside votre faute, votre très grande faute : juché sur les plus hautes cimes de l’Arrogance, vous vous êtes cru plus fort que le Côté Obscur. Vous vous êtes cru plus fort que tout. Réalisant alors la portée de votre égoïsme, vous vous souvenez avoir écrasé la trachée de votre femme pour faire taire sa bouche menteuse qui vous rendait fou de rage. Mais tout n’était que tromperie.

Vous l’avez tuée.

Vous l’avez tuée, parce que, finalement, au moment où vous auriez encore pu vaincre Vador et fuir avec votre femme, au moment où vous auriez encore pu penser à elle et finalement faire ce pour quoi vous aviez créé Vador – sauver Padmé –, au moment où vous auriez du penser à elle, en fait, vous ne pensiez plus qu’à vous.

Grisé par votre toute nouvelle et formidable puissance, lâche devant vos minables ambitions mégalomaniaques, poussant l’arrogance et l’égoïsme jusqu’à leur paroxysme, vous avez cédé. Alors à travers Vador le Côté Obscur a exulté sa victoire, il a hurlé puis explosé en vous, il s’est insinué dans chaque partie de votre corps, investissant chacune de vos fonctions, vous dévorant de l’intérieur, prenant tout contrôle sur votre être désemparé, ne vous laissant plus que simple spectateur terrorisé, vous refoulant, vous, Anakin Skywalker, dans les tréfonds de la conscience de Vador et vous privant de toute liberté. Atterré, impuissant, Anakin n’était plus que le témoin blême de la rage de Vador et de sa destructrice folie égoïste. Vous vous souvenez de la fournaise qu’était son cœur et de la haine qui l’habitait. Vous vous souvenez en tremblant du fiel et des mots furieux qui sortaient de sa bouche haineuse et de sa voix plus froide que l’espace et plus noire encore que l’obsidienne millénaire. Vous défaillez en vous remémorant son regard de feu plus brûlant encore que la roche en fusion. Et, enchaîné dans les tréfonds de l’âme obscure et fumante de Vador, Anakin pleure toutes les larmes de son corps.

Alors vous, Vador, ignoble et coupable créature schizophrène, comprenez que jamais vous ne pourrez détruire cette ombre traître qui vous a tout pris, car l’ennemi est en vous, l’ennemi, c’est vous. Vous renoncez à courir derrière celle qui vous a tout pris, et puis, de toutes façons, vous n’en avez même plus envie. Car l’obscurité ne vous juge pas. Elle vous enveloppe de sa douce noirceur, vous rassure, vous protège. Elle est tout ce qui vous reste. Et dans la fournaise qu’est devenu votre cœur, vous vous consumez dans votre propre flamme.

Vous êtes Dark Vador, Seigneur Noir des Sith, vous êtes le sang de cette Galaxie qui se répand à gros bouillon et votre douleur causera la perte de vos ennemis. Your pain will be their doom.

Vous n’avez plus qu’une obsession : les traquer et les détruire, eux qui vous ont manipulé et qui vous ont tout pris. En ce sens, l’avenir n’est plus pour vous qu’un vaste champ de certitudes : vous allez détruire ce monde et Obi Wan Kenobi périra de votre main. Et cet être que fut Anakin Skywalker n’est plus qu’un lointain souvenir, évanescent, qui se perd dans les brumes tourbillonnantes de votre infinie rancœur.

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>>> Dans la tourmente des sombres évènements galactiques et le déchaînement du Côté obscur de la Force, alors que se profile la revanche des Sith, un maître doit combattre son ancien apprenti et ami. L’issue du duel fratricide décidera du sort de toute une génération.

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L’esprit torturé d’Anakin n’est plus qu’une cacophonie infernale, mélange insupportable de hurlements et de supplices. Il n’arrive plus à penser. Et lorsque Padmé le prend dans ses bras, et que tout redevient calme et silence,  alors il sait que tout ce qu’il a fait, ces actes ignobles, il l’a fait pour une bonne raison. Il a sauvé la République. Et il va pouvoir sauver sa femme. Il pourrait rester ainsi à la serrer contre lui pour l’éternité. Mais alors que tout semblait enfin revenir à la normale, Padmé s’écarte de lui.

-Obi Wan… m’a dit des choses terribles, lâche t-elle.

Et le dragon se réveille en vous, durcissant votre voix.

-Quelles choses ?

-Il a dit que… tu avais succombé au Côté Obscur ! Que tu avais tué des jeunes Jedi !

Le dragon s’insinue un peu plus encore dans votre corps. Vous le sentez s’agiter. Vous essayez de vous contenir mais rien n’y fait, la bête est lâchée, elle vous murmure que Padmé est en train de vous abandonner.

-Ne crois pas Obi Wan !

Votre réponse fuse. Et vous vous rendez compte avec horreur avec quel ton glacial vous l’avez prononcée.

-Mais… Obi Wan veut nous aider ! Il s’inquiète pour nous !

-Nous !?

A cet instant, Padmé sent que tout lui échappe. La voix de son mari est devenue plus froide que l’espace. Terrifiée, elle tente de l’apaiser.

-Il sait pour nous deux… Il veut t’aider !

-Je ne veux plus jamais entendre parler d’Obi Wan !

Padmé sent la distance entre elle et son mari grandir à la vitesse de la lumière. Anakin s’est détourné d’elle et son regard est devenu vide. Froid et vide.

Vous vous battez contre le dragon mais il vous emporte. Vous ne savez plus que faire. Padmé vous aurait-elle trahi elle aussi ? Alors lorsque vous apercevez Obi Wan sur la passerelle du vaisseau de Padmé, le dragon qui s’agite en vous explose et vous hurle que tous sont des traîtres !

-Menteuse! Tu es avec lui !!

Le dragon s’empare de vous et hurle sa haine au travers de votre bouche. Vous sentez votre esprit s’embrumer, vous perdez tout sens des réalités.

-Anakin, non, il m’a suivi ! Ani…

-Tu l’as amené ici ! Pour me tuer !

Votre esprit n’est plus que furie et le dragon s’en donne à cœur joie, il souffle de toutes ses forces sur les braises de votre haine qui se ravive et s’enflamme. Vous ne pouvez plus rien contenir. Tout en vous s’embrase, vous sentez votre corps trembler et comme un goût de cendre s’insinuer dans votre bouche.

-MENTEUSE !!!

Alors vous brandissez votre bras et vous ordonnez à la Force de la saisir à la gorge ! Qu’elle se taise ! Que cesse cet insupportable mensonge !

-Anakin, lâche-la ! Laisse-la partir ! vous hurle l’ennemi aux traits d’Obi Wan.

-Vous ne me la prendrez pas ! Vous l’avez tournée contre moi !

-Tu as fait ça tout seul ! Ta soif de pouvoir et ta cruauté l’ont détournée de toi ! réplique Obi Wan, aussi inflexible que possible.

Votre esprit n’est plus qu’un vaste champ de bataille d’où aucun vainqueur ne semble pouvoir émerger. Lui, elle, Palpatine, les Jedi, tous hurlent, mais aucun ne sait ! Seul le dragon semble prendre le dessus et vous dicte que tous vous ont trahi ! Et dans cette cacophonie infernale, la bête vous donne le pouvoir. Le pouvoir de tout ramener à la normale, le pouvoir de reconquérir Padmé ! Mais pour cela… Tu dois le tuer !

-Arrêtez vos sermons, Obi Wan. Je peux voir au travers de vos mensonges Jedi ! Je n’ai plus peur du Côté Obscur... contrairement à vous. Je l’embrasse ! fuse Vador, l’air mauvais.

-Anakin ! Palpatine t’a manipulé !

-J’ai ramené la paix, la justice et la sécurité à mon nouvel Empire !!! répond Vador, comme s’il tentait de se convaincre lui-même, rejetant en bloc les arguments de son ancien maître.

-TON nouvel Empire ? Anakin !! J’ai prêté serment à la République !!! hurle Obi Wan, désolé.

Un temps mort qui semble durer une éternité. Un maître qui prie son ancien apprenti de revenir, mais celui-ci vient de sombrer. Profondément meurtri et troublé, accablé par le doute et la peine, l’apprenti s’est laissé emporter par sa colère qui, seule, parvient encore à l’apaiser et le contrôler. Il a cédé aux sirènes lancinantes qui lui hurlaient dans le crâne. Tuer.

-Ne m’obligez pas à vous tuer… maugrée Vador, au bord de l’explosion.

-Anakin, regarde ce que tu as fait ! Tu cours à ta perte !

-Si vous n’êtes pas avec moi… Alors vous êtes contre moi !! assène Vador.

Alors tout est fini. Le maître le sait. Anakin ne peut même plus penser. Autre chose a pris le pouvoir de son corps corrompu, une force mystique, un désir de vengeance, une soif de mort inextinguible qui se lit dans ses yeux morbides.

-Je ferai mon devoir, lâche alors Obi Wan, désolé et contraint d’allumer son sabre laser.

-Vous essaierez, rétorque Vador, avant de s’élancer dans les airs en dégainant son sabre.

D’un bond tourbillonnant, le voilà juste derrière Obi Wan. Les deux hommes se jettent l’un sur l’autre avec une violence inouïe et Vador décoche le premier coup de poing qu’Obi Wan reçoit en pleine figure avant de voler en arrière. Un coup de poing ? s’étonne Obi Wan qui ne tarde pas à en recevoir un deuxième. Vador est furieux et roue de coup son ancien maître qui semble ne pas en revenir, ce que Vador ne manque pas de trouver excessivement plaisant. Pour lui, c’est clair : Obi Wan l’a trahi. Il doit mourir. Il va mourir. Mais le Côté obscur qui s’insinue en lui lui dicte d’autres choix, autrement plus perfides. Il ne le tuera pas sans s’amuser quelque peu. Et voilà les deux hommes, anciennement amis, qui se battent au milieu d’un couloir décidément trop étroit pour eux puisque les sabres en découpent les murs de duracier dans d’énormes gerbes d’étincelles et de débris fumants. Obi Wan recule en parant les coups et à mesure qu’ils progressent, les murs découpés au plasma tombent en charpie rougeoyante et l’atmosphère devient un irrespirable mélange de gaz toxiques. Obi Wan crache ses poumons et plisse les yeux pour se repérer dans l’air vicié alors que Vador, lui, hume et exulte, dans un état de surexcitation proche de la transe. Puis ils arrivent dans la salle de conférence et soudain Obi Wan se rend compte qu’ils se battent au milieu d’un océan de corps démembrés et de têtes décapitées, et que cette immonde mer de cadavres fumants noircis au plasma n’est autre que l’œuvre de celui qui brandit un sabre laser devant lui en arborant un sourire démoniaque. Ce qui, dans le feu de l’action, est aussi bouleversant que rigoureusement désespérant. Mais Obi Wan n’a pas le temps de tergiverser puisqu’un nouveau coup de poing le ramène au cœur de l’action. Le choc est tel qu’il en perd son sabre et trébuche sur le corps d’une des victimes de Vador. Ce dernier n’a même pas besoin d’y songer, le sabre de son ancien maître se trouve comme instantanément téléporté dans sa seconde main. La scène n’en est que trop parfaite, trop rigoureusement semblable à celle de l’exécution de Dooku. Vador se trouve juste devant son ancien maître, désarmé, aculé. Agenouillé. Le combat lui semble alors si facile qu’il en est profondément troublé. Exécuter Obi Wan ne serait plus qu’une simple formalité. Alors la victime saisit sa chance et, profitant des errements philosophiques de son bourreau, use de la Force pour lui faire lâcher les armes qui allaient lui trancher la gorge. Ainsi brusquement saisi de sa torpeur, Vador n’a d’autres choix que de se jeter sur Obi Wan pour l’empêcher de récupérer son arme. Un quart de seconde après s’être cru sorti d’affaire, Obi Wan se retrouve avec les deux avant bras pris dans les étaux des poings de Vador qui approche son visage du sien, si près qu’il peut en saisir toute la fureur. Totalement bloqué, Obi Wan ne peut que subir, et lorsqu’il sent les os de ses avants bras ployer puis ses articulations craquer, sa seule pensée est de se dire que sa dernière heure est plus que probablement arrivée. Mais un Jedi ne s’abandonne pas aussi facilement et il use du dernier stratagème qui puisse encore le sauver. Puisant dans la Force, Obi Wan interfère avec les mécanismes de la prothèse de Vador qui relâche alors son étreinte. Vador ne se laisse pas impressionner et n’a cure de s’être fait duper : le voilà qui ramène sa main gantée et saisit son ancien maître à la gorge, ce qui, pour le coup, fait regretter bien des choses à ce dernier. Ne valait-il pas mieux avoir les os brisés que la trachée écrasée ? Un bon coup de pied bien placé et Obi Wan se défait de son ancien apprenti qui, à son tour, s’étonne d’un tel geste. Rassemblant toute sa rage, Vador saute et se rue sur Obi Wan qui esquive in extremis le coup de sabre qui s’en va détruire la console de contrôle des boucliers thermiques de la fonderie. Aussitôt, la base perd toute forme de protection et tandis que les deux hommes reprennent le combat, les bâtiments se retrouvent en proie aux flammes de l’enfer. La tragédie tourne court. Obi Wan se démène comme il peut, poursuivi par la bête dans un sombre couloir, aculé, il est obligé de faire face à un coup circulaire ample qui tranche net les canalisations de gaz sous pression, répandant alors un torrent de nuages blancs. Obi Wan a paré le coup mais Vador finit sa révolution et revient à la charge. Il lance un uppercut qu’Obi Wan ne voit surgir du brouillard qu’au tout dernier moment, esquivant de justesse le poing de duranium qui s’en va défoncer la paroi métallique à deux doigts du visage du maître. Celui-ci ne peut qu’écarquiller les yeux devant une telle force de perforation. Vador veut s’extraire du mur mais est obligé de forcer comme un damné et se retrouve à déchirer tout un pan de duracier pour se libérer, non sans déchirer son gant. Obi Wan en a profité pour filer. Il attend plus loin, là où le couloir débouche sur un balcon surplombant la rivière de feu. Lorsque Vador apparaît, sabre au poing, Obi Wan se retrouve violemment pris à parti et est alors obligé de faire retraite jusque sur une mince canalisation juste au dessus du fleuve en fusion. Déstabilisé, il lui faut quelques secondes pour reprendre son équilibre. Et lorsque Vador atterrit lui aussi sur ce même tuyau, c’est comme s’il était sur la terre ferme et il se jette sans retenue sur Obi Wan qui ne peut une fois de plus que fuir et se réfugier sur une mince passerelle qui lui semble un peu plus accueillante. De nouveau les deux hommes se sont face, au dessus de la rivière de feu, se jaugeant du regard. Deux adversaires. Deux styles. Obi Wan attend, sagement. Vador souffle, bruyamment. La passerelle tremble. L’atmosphère est sèche, brûlante, étouffante, pleine de poussières et autres cendres tournoyantes. La rivière irradie une chaleur intenable et distille une lumière rouge tout droit sortie des enfers. Et au moment où Vador décide de repartir en guerre en se jetant droit sur son ancien maître, la rivière gronde, bouillonne puis explose en un gigantesque geyser de lave rouge ocre dans lequel Obi Wan voit son ancien padawan disparaître, entièrement englouti, comme dévoré par le torrent d’obsidienne en fusion. Et presque aussitôt, avant même qu’il ait pu se sentir soulagé de la mort de Vador ou terriblement meurtri de la perte de son meilleur ami, le geyser pulsant à plein régime s’ouvre comme s’il était envoyé contre un déflecteur. D’abord timidement, puis franchement, le flux de lave se déchire et s’ouvre, découvrant Vador dans toute sa classe, sa fierté et sa splendeur, le bras tendu, main ouverte vers le jet de lave à qui il dicte de s’écarter de sa grandeur. Le visage tourné vers les flammes qui le frôlent à moins d’un mètre et brassent un air brûlant secouant et roussissant sa chevelure folle, Anakin serre les dents, puis détourne son regard de la colonne de feu pour le poser sur Obi Wan. Alors un franc sourire d’auto satisfaction s’esquisse sur son visage, avant qu’il ne ferme violemment le poing, brisant l’échine du dragon de feu, figeant le geyser en une formidable structure de roche fumante noirâtre. Au bord de la jouissance que lui confèrent ses nouveaux pouvoirs, Vador crâne puis pulvérise la structure d’un geste du bras aussi désinvolte que surpuissant, disloquant la roche en de multiples morceaux qui s’effondrent en vomissant un cœur de lave encore rougeoyant. Il s’amuse même à en projeter quelques débris fumants vers son ennemi qui évite cependant aisément les brûlants projectiles, sortant de la torpeur dans laquelle une telle démonstration de puissance l’avait plongé. Et déjà, Vador fend les airs et reprend son ballet infernal. Obi Wan n’a, pour la énième fois, pas d’autre choix que de décoller dans les airs pour atterrir sur une petite plate-forme flottant sur la lave pour tenter de reprendre de l’ampleur et de l’assise sur le combat.

-Vous fuyez… se moque Vador.

-L’arrogance est le défaut du Côté Obscur. Elle te perdra, rétorque durement Obi Wan.

-Vous hésitez à me tuer… La compassion est votre faiblesse, mon ancien maître, lui susurre Vador à l’oreille après l’avoir rejoint sur sa plate-forme. Je vais vous faire bouffer mon mètre de plasma !

Alors vous, Vador, grisé par la fureur de l’instant, qui avez refoulé toute votre ancienne vie, vous décidez que tout doit finir et vous puisez dans le Côté Obscur pour mettre un terme à cette pitoyable fuite en avant. D’un geste net et précis, vous portez le coup avec une telle force et une telle fureur que, pas un instant, vous ne doutez du résultat. Vous imaginez déjà votre ancien maître, tranché au niveau de la taille, agonisant. Suppliant. Puis vous jetterez ses restes dans le fleuve brûlant. Vous avez bien cru l’avoir. Tout votre corps, tout votre esprit, toute votre envie, tout votre être n’étaient plus focalisé que sur ça. Découper votre ancien maître en deux au niveau de la taille. Vous avez porté le coup, avec une vitesse et une violence fulgurante. Pourtant, vous ne sauriez dire comment, Obi Wan a su éviter le coup d’une magistrale pirouette aérienne au terme de laquelle il a en plus réussi à s’éloigner de vous de plusieurs mètres. Il est juste là, devant vous, il vous nargue, il vous toise. Vous allez le tuer. Vous le savez. Tout comme vous avez vaincu Dooku parce que vous l’aviez décidé, vous décidez de tuer celui qui vous a trahi jusqu’à retourner Padmé contre vous. Vous allez le massacrer.

Du haut de votre rocher fumant jouxtant la rivière de feu, vous, Obi Wan, jetez un regard désespéré à cette machine à tuer qu’est devenu votre meilleur ami. Ereinté, vous ne savez même pas comment vous avez pu réchapper au dernier coup porté par la bête qui a bien failli vous tuer. Vous savez que vous n’êtes pas de taille. Déjà Padawan il vous surclassait, alors, maintenant… Et puis même si vous pouviez techniquement le tuer, c’est paradoxalement la dernière chose que vous voudriez faire. Vous l’aimez. Bien plus qu’un Jedi comme vous auriez jamais du. Mais c’est un fait, malgré la machine de mort qu’il est devenu, vous l’aimez. Vous l’aimez encore. Anakin ne réfléchira pas autant. Vous le sentez. Il veut vous tuer. Vous tentez de bluffer en tirant partie des quelques mètres d’altitude que vous avez en plus sur votre ennemi.

-Anakin, c’est fini ! J’ai l’avantage du terrain !

Et la réponse est sans appel.

-Vous sous estimez mes nouveaux pouvoirs !!! assène Vador.

Anakin saute alors sur Obi Wan qui pare maladroitement les coups et recule, une fois de plus, sous les assauts furieux de Vador qui ne cesse de monter en puissance. Alors que vous êtes exténué, lui, au travers de sa rage, devient de plus en plus fort. Sauvagement pris à parti, vous ne pensez plus à rien, laissant en vous couler la Force, espérant à chaque instant être un réceptacle assez puissant pour vous maintenir à un niveau suffisant de dextérité pour espérer survivre mais vous ne pouvez même plus penser. Si vous essayer, ne serait-ce qu’un seul et infime instant, vous êtes perforé de part en part. Et la danse macabre continue, Vador tournoie en tous sens pour vous anéantir et de votre côté votre corps essaie tant bien que mal de couper court à ses solides arguments. Que vous soyez encore en vie est en soi un vrai miracle. Gestes amples et rapides, trajectoires parfaites, coups circulaires, prises, coups de poing, retournements incessants, ce que fait Vador n’est finalement pas autre chose qu’une certaine forme d’art. Vous, vous tentez de vivre, c’est tout. Lui s’amuse. Vous souffrez. Vador est un naturel. Lui n’a même plus besoin de la Force pour vous mettre à genoux. Pourtant, à cet instant précis, c’est justement parce que vous lui êtes inférieur que vous allez reprendre l’avantage. Arc-bouté sur le torrent de Force qui vous traverse, même si vous ne pouvez plus pensez, la Force le fait pour vous et vous souffle soudain de vous écarter. Et très exactement au moment où une giclée de lave jaillissant du sol allait vous dévorer sur place, vous vous dérobez et c’est Vador qui est touché. Son bras prend feu alors que, par réflexe, vous amenez votre lame au travers de la chair de son bras qui se laisse trancher dans une nuée de fumée âcre à l’odeur de corne brûlée. Le membre perdu n’a pas le temps de toucher le sol que Vador a déjà récupéré son sabre laser dans sa main de duranium. Vous essayez de reprendre vos esprits pendant que Vador considère son moignon fumant avec un regard de fou furieux. Il vous fixe d’un regard aussi brûlant que redoutablement univoque.

-Vous avez une chance insolente, maugrée t-il à voix basse, considérant les restes fumants de son ancien bras en train de cuire à même la roche.

Et à votre désespérant étonnement, loin de le désarçonner ni de l’écoeurer, cette vue, peut-être même cette odeur de chair humaine brûlée, sa chair, semble l’exciter encore plus vers des sommets indéfinissables de cruauté que vous jureriez même teintés de cannibalisme. 

-C’est fini, Anakin, tu ne peux plus lutter ! hurlez-vous, espérant encore faire douter Vador.

-Je peux encore facilement vous battre, lâche alors le monstre, arrogant et sûr de lui, brandissant son sabre.

Et le combat reprend, plus intense encore qu’avant, vous replongeant sous une nuée de coups tous plus violents les uns que les autres, vous amenant à penser que décidément rien, vraiment rien, ne peut l’arrêter. Une telle dextérité avec un unique bras, mécanique qui plus est, est aussi étonnante que définitivement désespérante. Vous parez les coups maladroitement, Vador n’ayant de cesse de vous bousculer et de vous mettre dans des situations et des positions plus vulnérables encore alors même que tout en vous vous abandonne. Et Mustafar qui continue de trembler, de s’époumoner et de cracher des torrents de lave et de bombes volcaniques qui explosent en vol ou en percutant le sol, achevant de donner à ce combat déjà épique des allures profondément dramatiques. Un champ de bataille épouvantablement dangereux, une arène spectaculaire à la hauteur de la lutte titanesque que se livrent le Bien et le Mal, et Mustafar, en hurlant et tremblant de la sorte, a clairement choisi son camp. Au terme d’un long échange au sabre où Vador a bien failli vous arracher la tête une douzaine de fois, vous voilà projeté en arrière d’un coup de Force d’une violence inouïe. C’est tout juste si vous avez le temps de puiser dans la Force pour que votre crâne ne se pourfende pas sur le premier rocher venu. Vador exulte. Reprenant vos esprits, vous distinguez le tueur, satisfait, sûr de lui, arborant un sourire démoniaque, juste derrière les fumées noires que crache la roche prise de violents spasmes. Un démon sorti des enfers. Une bombe volcanique s’écrase à quelques mètres, projetant une pluie de débris brûlants que Vador dévie négligemment. Fugitivement, la fumée s’amenuise et vous pouvez distinguer en détails le visage de Vador, mélange désolant de haine et de douleur. Obi Wan, vous le sentez, votre dernière heure a donc bien sonné. Et Yoda est probablement mort lui aussi. Le Côté obscur a gagné.

-C’est la fin pour vous, mon Maître, hurle Vador avec un indéfinissable mélange de rage et d’une satisfaction aussi coupable et machiavélique qu’intense. Vador est une bête. Puis le monstre se ramasse et s’élance, tourbillonnant à travers les nuées de cendres. L’ange noir fond sur vous. Encore sonné, résigné, vous fixez du regard le sabre qui va vous tuer. Mais comme si la Force avait voulu vous épargner avant de définitivement sombrer, soudain la roche tremble et se disloque en une crevasse béante, vomissant un geyser tonitruant de fumée et d’obsidienne en fusion emportant Vador dans une formidable explosion de lave accompagnée d’un hurlement à percer les tympans. Vous ne voyez plus qu’un gigantesque mur de feu irradiant une chaleur épouvantable. Et cette fois-ci Vador n’a rien pu faire. Non. Il a été emporté. Aucune chance qu’il ait pu en réchapper. Son corps doit déjà avoir été réduit à néant. Redevenu poussière. La colonne de lave retombe enfin, finissant de répandre d’immenses flaques de lave visqueuse sur la roche noire et fumante de Mustafar.

Hébété, vous vous relevez et parcourez du regard le terrain désolé qui s’offre à vous, n’espérant même pas pouvoir retrouver son corps. Et pourtant. Vador est là. A quelques mètres de vous, par delà les débris, la fumée et les flaques de lave rougeoyante. Noirci pas le feu, agenouillé dans la roche visqueuse qui déjà s’épaissit, le torse pesant sur son unique bras mécanique, Vador suffoque tandis que d’épaisses plaques de roche visqueuse comme de la terre glaise se détachent de lui, répandant une fumée âcre de chair et de vêtements carbonisés.  Alors vous vous approchez tandis que, péniblement, Vador tente de se relever, chancelant. Ses jambes carbonisées à cœur cèdent et se brisent sous son propre poids et le voilà qui retombe et que ses moignons cautérisés par les flammes s’enfoncent un peu plus encore dans la terre de feu. Vous le voyez se tâter la poitrine, comme cherchant quelque chose d’absent, plongeant sa prothèse de duranium à l’intérieur même de son abdomen perforé par l’explosion et rongé par la lave. Il ne peut plus respirer. C’est à peine s’il peut encore vivre. Vous sentez la Force se cristalliser autour de lui comme si elle s’accrochait à lui pour sa survie. Lentement, il relève la tête. Son visage est traversé par de profondes crevasses noirâtres craquelées et fumantes. Un lambeau de chair calcinée se détache de sa mâchoire défoncée. Enfin, il ouvre les yeux et vous jette le regard le plus dur que vous ayez jamais eu à encaisser. D’un coup, d’un seul, toute la misère du monde s’abat sur vous, la honte, la culpabilité d’avoir laissé cette créature qu’est Vador arriver au terme de sa gestation par votre éducation aussi grossière et malhabile qu’aveugle. La bête tente de reprendre sa respiration forcée. De sa bouche haineuse aux lèvres fendues, Vador maugrée.

-Vous ne m’avez pas vaincu ! Non !! Jamais !!! hurle Vador d’une voix d’outre-tombe, plus matérialisée par la Force que pas ses restants de poumons et de cordes vocales brûlées. Vous ne m’avez pas vaincu ! Cette maudite planète l’a fait !!!

-Anakin ! Tu étais l’Elu ! Tu devais ramener l’équilibre dans la Force, pas la faire sombrer dans les ténèbres ! Tu étais mon frère, Anakin ! Je t’aimais !

En larmes, cédant à tout ce qui vous accable, vous ouvrez enfin votre cœur comme jamais vous ne l’avez fait à celui qui, tout au long de sa vie, n’avait jamais rien désiré d’autre… Mais ce n’est que maintenant que vous le comprenez, dans cet ultime instant de face à face. Par votre faute, Anakin est devenu Vador. C’est votre échec. Votre échec. Et vous le savez.

-Je t’aimais… lâchez-vous, dans un dernier effort, implorant presque le pardon de celui qui voulait vous tuer.

Puisant dans ses ultime forces, Vador hurle :

-Je te hais… JE TE HAIS !! est sa seule réponse d’une voix à vous foudroyer sur place, coupant court à tout espoir.

Alors sa tunique noircie et lentement consumée par les gaz brûlants prend feu dans un gigantesque embrasement spontané, transformant Vador en une torche humaine poussant un hurlement qui vous glace le sang. Lorsque les flammes atteignent le haut de son torse et lui lèchent le visage, sa chevelure déjà roussie s’embrase, calcinant ses oreilles pendant que son visage se crispe de douleur et se craquelle sous l’action de cette chaleur infernale. Vous ne pouvez plus regarder. Vous l’aimez encore, et le voir mourir de la sorte est un supplice insoutenable. Vous restez encore là quelques instants, tétanisé par la tragédie qui se déroule sous vos yeux, de voir cet être que vous avez tant aimé s’embraser de la sorte et vous hurler sa haine en tendant rageusement et fiévreusement son ultime bras mécanique vers les cieux tourmentés de Mustafar. L’ultime prolongation mécanique de ce qui n’est plus qu’on tronc humain en flamme, un morceau de chair brûlée, calcinée et boursouflée d’exhalaisons. Et dans un long râle Vador s’effondre lourdement.

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