SENEGAL TOUR - Eté 2005
Le périple:
Le compte-rendu:
C’était il y a 10 ans. J’avais 10 ans. Et maintenant, j’en ai 20. Enfin, bref, je vais pas vous faire chier avec ça, mais, voilà, disons que je suis retourné
au Sénégal, ce pays que j’avais quitté il y a 10 ans et où j’avais vécu 4 ans, de 6 à 10 ans donc. Ok, pas taper, j’arrête !
Concernant les photos: emmener un appareil numérique là-bas pendant 1 mois en routard serait du délire (vol, sable, eau, puis de toutes façons: pas d'électricité ni de quoi télécharger ou presque) et comme on voulait pas trimbaler dix mille appareils jetables, bon on a pris zéro photos. C'est un peu l'échec, mais je vais quand même agrémenter le récit de quelques photos glanées sur le ouaibe.
On est parti à deux, avec Charles, un pote depuis la 3ème en Guyane. En fait, je suis parti seul, et lui ne m’a rejoint là bas qu’un jour après, à cause d’une sombre histoire de bagages paumés par Air Canada. Bah, ouais, lui arrivait de St Pierre et Miquelon, le truc pas compliqué, quoi. Enfin bon.
Déjà, le départ : mémorable. Le lendemain des 50 ans de mon père. Soirée arrosée de la tête aux pieds, avec un mélange éminemment sympathique et pourtant trop méconnu : champagne / calva. Et attention, du calva local, du pur, du dur, de celui qui pique les yeux et fait mal au crâne avant même que la bouteille ne soit ouverte. Bref, au petit matin, la charte de qualité est certifiée AMACC (Appellation Mal Au Crâne Contrôlée). Et je dois prendre le train. C’est la luuuutttte !!!! Arrivé à l’aéroport, la gueule de bois s’estompe et là, je tombe sur une femme que je connais très bien et que j’aime beaucoup, mais elle, étonnamment, ne me reconnaît pas du tout. Putain, mais qui c’est celle là déjà ? Ah ! Oui. C’est Muriel Robin. En train de zoner et de gueuler dans l’aéroport d’Orly Ouest. Forcément, je la connais, mais elle, non. Enfin bon.
Me voilà dans l’avion, un Airbus A320 bien pourri aux fauteuils déglingués de la TAP Air Portugal. Dire que j’ai casqué 700€ pour ça ! La scène du repas est mémorable. Ici, pas de caddy servant des plateaux-repas. Plutôt un portugais bien poilu qui, du fond de l’avion, beugle :
-21 B !
-Ouais ! Ouais ! Ch’uis là !
Et voilà le portugais, Helder pour les intimes, qui te balance un immonde sandwich au thon / purée, tel un quarterback qui te fait une passe de 45 mètres sur un terrain de football américain. Evidemment, 9 fois sur 10, la réception est mauvaise et le touchdown est loupé. Et un sandwich de plus encastré dans le hublot, un ! Enfin, c’est plutôt fun. J’attrape le mien. Mais il est tellement infâme que je crois que j’aurai aussi bien fait de le louper…
On arrive à Lisbonne. Bah ouais, je fais Paris-Libonne, puis Lisbonne-Dakar, ça revient moins cher (m’enfin, 700€ quand même). Le pilote est une truffe comme j’en ai rarement vue. Au terme de la descente, il doit rester genre 2 ou 3 mètres d’altitude et le type passe en vol horizontal, juste au dessus de la piste. On doit bien manger les ¾ du tarmac sans toucher, je me dis « Putain mais tu le poses ton avion en forme de bite ?! » et voilà que ce con se met à moitié en travers et pose enfin son avion avec une lourdeur éléphantesque. Et puis, comme il doit rester grosso merdo à peine une centaine de mètres de piste, il ouvre en grand les inverseurs de poussée et écrase le freins autant qu’il le peut, du coup l’avion pile à 45°, les ceintures se tendent à craquer et on jurerait que le train avant va péter et que le nez va racler. Miracle, on s’en sort. Bienvenue à Lisbonne. J’ai 3 heures d’attente en transit. Chier. 15 minutes plus tard, je vois passer le pilote, tout sourire. Un petit nabot avec ses santiags qui claquent, aux longs cheveux bouclés et avec un pare-brise chromé en travers de la gueule en guise de lunettes de soleil. Beau spécimen.
Retour dans l’avion, encore un Airbus A320 tout pourri, mais au moins ce coup-ci y’a des caddy. Mais ces truffes, au lieu de se répartir le service, préfèrent monter les deux caddy en série et se retrouvent systématiquement à être deux à servir une seule et même personne. Putain, la TAP, elle commence vraiment à me taper sur les nerfs.
Il est 1h du matin, on approche de Dakar. Depuis quelques minutes déjà, j’ai reconnu l’endroit, avec le Phare des Mamelles dont le faisceau tournoie au dessus de la ville et de l’océan. Ca me fait bizarre de le revoir, ce phare. L’atterrissage se fait sans encombre.
Après maintes formalités, me voilà lâché dans la zone. Des tas d’emmerdeurs et d’arnaqueurs qui m’abordent et me proposent des solutions de change soi-disant sans contrepartie ou qui tentent ouvertement de te faire les poches. Très peu pour moi, merci ! Evidemment, le distributeur de billets est en rade et je dois négocier avec un taxi pour qu’il accepte mes euros. Ca me coûte une petite fortune, mais pas question de traîner ici. Déjà que l’auberge où je vais devait m’envoyer un taxi, bravo. Le keum roule comme un ouf, sans phares, et y’a pas de ceintures. On se retrouve à 4 taxis à rouler de front, occupant les 2 voies. Et, putain, 3 autres taxis qui font pareil en face ! Je ferme les yeux et serre bien les fesses, j’entends un déluge de klaxons et d’insultes, ça balance dans tous les sens et quand je rouvre les yeux, on est passé. Je sais pas comment, mais on est passé. Le truc de ouf.
Je suis enfin à l’auberge. Il est 2h30 de mat et je m’effondre dans mon lit pour dormir toute la nuit. Enfin, presque, parce qu’on est en pays islamique et que la prière, c’est sacré !
Le lendemain, je redécouvre avec plaisir la plage du Phare des Mamelles où j’avais passé tant de temps. Je monte tout en haut du phare et, de là, je vois la Cité Mermoz, avec sa grande tour et ses petits immeubles jaune-ocre où j’habitais. Drôle de sensation. Charles doit arriver ce soir. En attendant, je profite des vagues et du paysage.
Ce con de Charles n’avait pas vu la pancarte à son nom du taxi que je lui avait fait envoyer. Du coup, 1h de retard, j’ai bien cru qu’il ne viendrait jamais ! Enfin bon, j’étais en train de mater The Big Lebowski à la télé, et, évidemment, j’étais effondré de rire tellement c’est un putain de bon film. Charles arrive enfin. Cet enculé, qui a déjà eu son billet gratos grâce à ses Miles Air France, a en plus été surclassé en Première grâce à la bourde de… Air Canada ! Gros bâtard au cul toujours aussi bordé de nouilles. Enfin bon, ouf, je me voyais pas rester seul au Sénégal pendant un mois !
Le lendemain, on veut aller plonger aux Almadies. Charles ne trouve rien de mieux à faire que de se faire soutirer 50 € par un certain Momo et son joli tour de passe-passe que j’avais vu venir à des kilomètres mais Charles n’avait pas cru bon de m’écouter. C’était un cadeau empoisonné, soi-disant gratuit, et paf, à peine 5 minutes plus tard, grosse embrouille et enculage télescopique, tour de magie à la David Copperfield. Bravo l’artiste, enfin, ce coup-ci, Charles a compris.
Le soir, on fonce chez Joëlle, la mère d’un vieil ami, Romaric. On était ensemble en CP. Ca nous rajeunit pas tout ça… Elle nous accueille chaleureusement et ça fait du bien après le coup de ce connard de Momo.
Le lendemain, on va à l’île de Gorée au large de Dakar. Très bel endroit, on en profite pour faire de l’apnée au
dessus d’une putain d’épave. Très beau, mais aussi très profond, et pas question de faire les cons en apnée. Du coup, on reste un peu sur notre faim… Mais bon ! On tombe sur un keum qui veut
nous refourguer des Channel N°5 et des stylos Mont Blanc, à des prix défiant toute concurrence bien évidemment car les articles sont, disons, tombés du camion. Mais qu’est-ce qu’on en a à
branler ? lui dis-je.
On quitte Dakar pour aller à Toubab Dialao. On traverse l’immense forêt de Baobab. Des arbres monstrueux. Trop
stylé.
On arrive dans un hôtel magnifique appelé Sobo Badê. Trop trop beau, en bord d’une plage immense, avec des superbes vagues. Que du bonheur, et on se fait péter le bide au resto… Le soir,
on va dans un cybercafé. Faut voir la gueule du truc. Dix vieilles épaves de PC posées entre deux rangées de parpaings à ciel ouvert, et pourtant ça marche… Et plutôt bien même ! Le
lendemain, à la plage, un type ultra chelou regarde avec un peu trop d’insistance notre pochette où y’a notre thune et nos papiers. Un moment, il me sort :
-Elle est à toi, la pochette, là ?
-Bah… Ouais ! Pourquoi ?
-Bah… Pour la tirer !!! dit-il, mort de rire.
Hallucinant, le mec, mais au moins il est honnête. J’éclate de rire et finalement il s’en va, le sourire jusqu’aux oreilles.
Le lendemain, direction la ville de Mbour où l’on trouve la mythique enseigne Tefess. Mbour Tefess. Une
ville de pêcheurs. Ca pue la mort. Avec nos gros sacs en forme de bite sur le dos, on est vite harcelé par les arnaqueurs. On visite le Marché. Je me retourne, et là je vois Charles en train de
se faire accrocher au poignet le même genre de cadeau que celui de Momo. Putain mais te laisse pas faire merde! Je chope le mec, le bouscule, arrache le bracelet et lui renvoie dans
la gueule. Putain, les lourds ! Maintenant on a la paix.
On se barre, direction la Pointe Sarène. On cherche un camping prétendument magnifique dans un « joli petit village typique » dixit le Guide du Routard. Mouais. Des parpaings et une plage top crade. Ze plan pourri. On se casse !!!
On arrive donc à Joal-Fadiouth, dans l’hôtel du fils d’un ami de Joëlle. Accueil super. Ville crade, mais en bord d’une rivière et de la mangrove, d’où l’on peut partir en pirogue. On fait deux super balades en pirogue à la perche, dont l’une avec un guide qui nous explique longuement comment préparer le viagra local à base de… bite de tortue séchée. No comment. On tombe aussi sur un énorme Mbar (un varan) en train de nager à fond les ballons devant notre pirogue. Trop bon. Il y a aussi une petite île artificielle, faite en coquillages. C’est super crade. L’île d’à côté, par contre, est propre, somptueuse même, pleine de verdure et d’immenses baobabs plantés sur des morceaux de coquillages parfaitement blancs. En fait, c’est le cimetière des habitants de la première île. Superbe visite. Le soir, Stéphane, le gérant, nous paye d’immenses coups à boire. On se flingue des whiskies cocas et deux bouteilles de vins. Totalement allumés, on commence à se mater des VCD pirates de reggae et de rap. On se fend la poire devant un des prétendus fils de Bob Marley, qui se fait appeler « Damian Junior Gong Marley ». Gong. Putain, trop bon. Et puis on se fout de la gueule de ces gros cons de rappeurs, avec leur panier à salade sur la tête, la casquette à l’envers, leur manteau de fourrure ridicule, leur pantalon sous les genoux, en train se de choper les burnes toutes les 2 secondes, histoire de bien vérifier qu’elles sont toujours là… Gros délire. Délüre ?
Maintenant, direction Djilor, dans le Sine Saloum, un gigantesque fleuve serpentant dans la mangrove. On loge au
Domaine des Cajous. C’est extra. Une gigantesque paillote-restaurant en paille, en forme d’impluvium: un trou en pente au centre où s’écoule la pluie pour arroser un patio. Le tout en
bordure du Saloum, avec un grand ponton. Au bout, un abri, des hamacs, un plongeoir et un canoë. Trop bon. On nage un coup puis on se laisse dorer au soleil, allongés sur le ponton. J’entends un
drôle de bruit de flotte. Je tourne la tête et vois un gigantesque Mbar d’au moins 1.5m qui fait des ronds dans l’eau et me regarde bizarrement. Tout noir, tacheté de jaune, la bête a vraiment de
la gueule. Un sacré dinosaure. Je dis à Charles de se lever très lentement, mais à peine a-t-il bougé que le Mbar disparaît dans les eaux sombres en faisant claquer sa longue queue pour nous
asperger. On reste comme deux ronds de flan. Cassés. On prend le canoë et on part se balader. Charles s’occupe de ramer à l’allée. On fonce de l’autre côté du bras de rivière, mais, arrivés au
milieu, on racle le fond et pas moyen de porter le canoë vu que c’est de la vase. Galère. On est bon pour faire tout le tour. On finit par arriver à une petite île super sympa mais, brusquement,
des hurlements d’oiseaux qui nous tournent autour et nous foncent dessus super violemment. Ils protègent leur nid tout proche, et, putain, ce sont pas des parents indignes. Faut voir la raclée
qu’ils nous mettent, ils nous foncent dessus, bec en avant, griffes ouvertes ! Devant leurs assauts répétés, on met les voiles… Et c’est à moi de ramer pour le retour mais, bien évidemment,
je me suis fait enculé à sec : j’ai le vent et le courant contre moi, le soleil dans la gueule et en plus il commence à y avoir des vagues… Quelle galère, on manque de se retourner toutes
les 10 secondes. J’arrive au campement, lessivé. Bonne nuit les amis.
Le lendemain, on passe la journée sur la pirogue de Hibou, qui nous fait visiter des kilomètres de bras de mangrove. C’est magnifique, avec tous ces poissons qui sautent dans tous les sens et tous ces oiseaux. Martin-Pêcheurs, Pellicans, et plein d’autres dont je connais pas le nom, ils nous frôlent, c’est limite s’ils nous percutent pas. Trop bon. Le soir, on mange un Tiéboudiène (riz au poisson) chez Hibou. J’ai le réflexe de prendre un Imodium (ralentisseur intestinal) tout de suite, Charles fait le malin et n’en prends pas. Le lendemain, qui c’est qui a la diarrhée ? C’est pas moi.
Au petit matin, je me pose sur le ponton pour profiter du lever de soleil sur le fleuve. Pas un bruit, à part les
oiseaux, et le soleil nous inonde de pures couleurs. C’est trop beau. Tiens, hop, cinq pélicans de plus de 2m passent juste à côté de moi. Sympa. Aujourd’hui, on passe encore la journée sur la
pirogue de Hibou. Il nous emmène jusqu’à Toubakouta. Charles lutte toute la journée contre son estomac. Comme la veille, on voit de supers belles choses. Tout est calme. Soudain, un poisson
ridicule en forme de trompette jaillit de l’eau en frétillant du cul et se tape comme ça au moins 500 mètres avec nous par bonds itérés successifs. Trop l’air con, le truc. Mort de rire. Et là,
c’est la pluie. D’abord, une petite pluie de grosse tarlouze efféminée, qui se change en une pluie ma foi fort correcte, avant de devenir franchement un truc de mec. Et sévèrement burné, le mec.
Au début, c’est fun. Au bout d’une heure, on est congelé. On se planque sous la bâche tels deux clandestins immigrés yougoslaves, terrés comme des rats. Mais ça tombe tellement qu’on risque de
couler, alors on est obligé d’écoper comme des malades. Ca s’arrête enfin. Mais voilà que ça reclaque. Enorme orage. Mémorable.
On arrive à Toubakouta. Super campement chicos, le Keur Saloum, au bord du fleuve, avec un impluvium gigantesque et une superbe piscine à débordement. Mais on a pas trop les moyens, alors on va dormir aux Coquillages, juste derrière, miteux mais pas cher. On décide d’aller bouffer au Keur Saloum quand même, histoire de profiter du lieu… Mauvaise idée. En fait, ce n’est même plus chicos : ça pue carrément le fric. Il n’y a là que de gros toubabs (blancs) pétés de thunes qui pelotent de jeunes sénégalaises de 18 ans, en hurlant haut et fort leurs exploits à la pêche au barracuda. Tous cons, tous bourrés, ici pour pêcher et chasser des espèces protégées. Pauvres types. En plus, la bouffe est reuch est franchement pas top. Plan pourri, quand tu nous tiens…
Dès le lendemain, cassos. Direction : Missirah, 30 bornes au sud de Toubakouta. Il pleut des cordes. On met une heure à pied pour rejoindre la gare routière en ayant manqué de se vautrer dans la merde glissante à peu près tous les deux mètres. Arrivé devant l’unique taxi, ce gros connard nous demande un prix exorbitant pour aller jusqu’à Missirah. Je lui dis d’aller se faire foutre et qu’on se débrouillera autrement. Hop, on demande à deux gars en mobylettes toutes pourries de nous emmener, ils acceptent pour 10 fois moins cher. Et en plus, c’est fun de chez Marcel Fun, limite smiley kéblo même. En effet, il pleut des cordes, on est à l’arrière d’une mob déglinguée, avec nos énormes sacs/bites et nos bidons de flotte, la piste n’est plus qu’une étendue de boue glissante et collante, toute rouge, on slalome comme des oufs entre les arbres, on manque de se vautrer en permanence, on se fait des sessions d’aquaplaning de psycho, les singes dans les arbres autour de nous hurlent comme des fous et nous suivent en sautant de branche en branche, et là, vlan, on se vautre à fond les ballons dans la merde, mais c’est tellement mou et puis au fond on dépasse pas les 30 km/h, donc on a rien et on est mort de rire. Charles se crame quand même la jambe avec le pot, mais rien de bien méchant. Même les singes ont l’air de se foutre de notre gueule !! Trop bon. Evidemment, le moteur a bu la tasse, alors on met du temps à redémarrer, mais, putain, c’est vraiment trop trop bon. On arrive au gîte à Missirah, on est les seuls clients depuis longtemps (comme d’hab’ en saison des pluies). Faut voir la tronche de la patronne quand elle nous voit arriver, maculés de boue de la tête aux pieds :
-…Mais… Putain… Vous avez fait quoi ? Vous sortez d’où dans un état comme ça ?
-Bah… on est venu en mob (smiley kéblo mode ON) !!
-Ah les cons (morte de rire) !!
No comment.
Et il pleut. Encore et toujours. On passe deux journées à jouer au Scrabble et à boire du Coca, sous l’œil étonné des singes à moitié en train de se bastonner pour les 2-3 trucs qu’on leur donne à manger. La nuit, on entend les hyènes hurler. Le soir, on bouffe des mangues flambées. Notre guide guette la moindre accalmie pour nous emmener en forêt. Ah ? Une fenêtre de tir ? C’est parti ! Trois heures de jungle, à voir des termitières de six mètres de haut, des varans monstrueux, des oiseaux tout chou, et puis une armada de phacochères paniqués à notre approche au point qu’ils en paument leurs gamins… que l’on retrouve un quart d’heure après, stressés à mort, dans les hautes herbes. Ces cons là se couchent, se croyant invisibles. On s’approche à moins d’un mètre, et voilà que ces trucs là hauts comme trois pommes se lèvent et se barrent en hurlant et en sautant comme des piles électriques. Trop bon.
On se taille en Casamance, l’extrême sud verdoyant du pays, mais pour ça il faut traverser la Gambie. Là, faut se choper un Visa. C’est trop la lutte. Tous les douaniers ont une super sale gueule de chez Fernand De La Salle Gueule, ils prennent un malin plaisir à te faire attendre des plombes, ils sont tous corrompus à mort et se gardent la moitié de la thune des Visas, en plus ils sont crades à en gerber, à la limite on se demande s’ils ne chient pas par terre ces gros porcs là… Enfin, on a nos Visas. On trace, on change quinze fois de taxis, on prend le bac, on arrive à Banjul, capitale de la Gambie. Là, on parle le broken english et tout le monde essaye de te faire les poches, alors, nous, avec nos gueules de blancs et nos bites sur le dos, c’est trop la lutte. Je sens un mec fouiller dans mon sac, je me retourne et le voit en train d’essayer de se tirer avec ma paire de jumelles. Je lui dit :
-Rends-moi ça, connard !
-OK, OK !
Et il me la rend, tout penaud. Ca, c’est fait. On prend encore je sais pas combien de taxi, on traverse la Gambie et, évidemment, on crève. Heureusement, dans les campagnes, les gens sont super gentils et se plient en quatre pour nous aider à repartir. Ca fait plaisir. Les petits villages sont tout simplement magnifiques. On traverse un village où règne un bon gros boxon et un type à l’air super pas cool du tout nous arrête et nous braque avec un fusil. Méchante poussée d’adrénaline : ouh, putain, c’est pas bon, ça. En fait, c’est la fête du village, le fusil n’est pas chargé et c’est « pour rigoler ». Putain, très très drôle. Le soir, on arrive enfin à Kafountine, dans un campement hôtel tenu par un vieux blanc rasta totalement allumé. Cool, mais allumé. Ca s’appelle A la nature. Moi, j’aime bien, mais Charles trouve pas ça top. C’est vrai que c’est poussiéreux, mais ça a de la gueule, des cases simples, mais un putain de restaurant avec impluvium, patio, pont suspendu, et vue sur l’océan. On rencontre ici le seul français de tout notre périple, un conseiller d’orientation à Caen. On tombe aussi sur un couple de boliviens super sympas. La nuit, Charles en a tellement ras le bol du campement que je l’entends hurler, en pleine nuit :
-I’M BOB JACKSON !!! (cf. Jim Carey dans Karate Instructor, un de nos gros délires du mois).
Je me dis : putain, là, gros craquage, il dort pas et commence à gueuler Bob Jackson…Gros dossier. En fait, le lendemain, il se souvenait de rien : il avait beuglé ça en dormant. Fun.
On se casse vers un autre campement : l’Esperanto. Magnifique, derrière les dunes de la plage, dans la plaine verdoyante, sur une rivière. Et y’a personne. On est seul de chez seul. Peinardos. Paco, le vigile, nous accueille coolos et nous emmène faire une pure ballade en vélo, à travers les rizières, jusqu’au village de Kassel. C’est hyper beau. On se prend des sodas et on lui paye un coup. Mais après, il nous emmène en pirogue pour une ballade pourrie comme c’est pas possible : à peine une heure, à ramer dans la vase, avec un pseudo-guide de mes couilles qui n’a pas décoché un seul mot tout du long et qui faisait semblant de ramer, cet espèce d’enculé. Paco, prétendant qu’il fallait quelqu’un d’expérimenté pour diriger la pirogue, s’est mis à l’arrière pour contrôler le cap. Résultat : on a passé notre temps, avec Charles, à l’avant, à essayer de compenser les erreurs de trajectoires de ce gros boulet qui nous envoyait systématiquement dans la mangrove, à peu près tous les dix mètres. En plus, comme l’autre trou du cul ramait pas, on s’épuisait comme des malades. Et là, il nous pose sur une espèce d’île moisie à la con. Là, je lui dit de nous ramener tout de suite, parce que, vraiment, ça suce. Et au retour, on apprend qu’en plus d’un soda, cette enflure de Paco s’est payé des cigarettes sur notre gueule. Pas gêné le mec, c’est pas pour ce que ça coûte, mais vraiment, la raclure. En ville, on croise des rastas défoncés à bloc, qui nous expliquent que ici en Casamance, tout est nice, peace and love. Allez, c’est ça, ta gueule, tu pues. Le lendemain, on zone le long de la plage, jusqu’à une vieille épave coréenne toute rouillée de 50 mètres. Ambiance vaisseau fantôme, avec les vagues qui claquent contre la coque et qui font résonner toute la structure et l’eau qui se vaporise en geysers évanescents… Sympa.
On se barre à Ziguinchor qui s’avère être une ville toute pourrie alors on trace vite fait jusqu’à l’extrême extrême sud du Sénégal : le Cap Skirring. En chemin, dans le taxi-brousse, je tombe sur un mec qui me fait exploser de rire. A un moment, on s’arrête. Le type descend s’acheter un truc à bouffer. On repart. Et puis un mec se met à beugler en courant derrière comme un dératé : on l’a oublié ! On freine, il monte dans le taxi, avec un sourire jusqu’aux oreilles, en beuglant :
-J’AI MES MANGUES !!! J’AI MES MANGUES !!! J’AI MES MANGUES !!!
Puis il enchaîne :
-Y’a des bars à Cap Skirring ?
Son voisin répond :
-Bah… Ouais ! Plein !
-AAAAHHHH !!!! C’est bon, ça !!!! lâche t-il, rayonnant de bonheur, tout en sueur, en gobant ses mangues à pleines dents.
Bon, faut vivre la scène, hein, là, ça a pas l’air, mais à voir c’est à mourir de rire.
