On avait laissé la série Tomb Raider en 2007 sur une note plus que positive, avec un Tomb Raider Anniversary
presque miraculeux après des années de disette. Et l’on savait que la machine était relancée. Certains parlaient de faire un remake de Tomb Raider 2 mais c’est finalement un tout nouvel
épisode qui fut annoncé, sous le nom de Tomb Raider Underworld. Et là, on était sacrément content. Car non seulement Tomb Raider était clairement de retour parmi les grands
jeux, mais en plus ses créateurs ne manquaient pas d’ambition. Plutôt que de vivre éternellement dans le passé en produisant un remake du deuxième épisode, on allait avoir droit à une toute
nouvelle aventure, en conservant les acquis d’Anniversary. Tout le monde se prend au jeu et, pas un instant, on n'ose imaginer que Lara Croft puisse de nouveau chuter.
Tomb Raider Underworld sort donc fin 2008. Le jeu fait suite à Tomb Raider Legend, sorti en 2006, l’épisode qui
avait entamé le grand retour de Lara Croft. Legend ne manquait pas de qualités, mais c’était Anniversary qui avait vraiment tout sublimé. Et le nouvel épisode dans tout ça ? Eh
bien, Underworld se situe quelque part entre Legend et Anniversary. C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Le point positif de la chose, c’est que la série
a su maintenir un certain niveau de qualité, une certaine constance dans l’effort. L’aspect négatif, c’est qu’Underworld est quand même un sacré ton au dessous d’Anniversary, et
qu’on ne comprend pas pourquoi.
Pourquoi, en effet, pourquoi avoir reconduit les scènes à moto de Legend ? Elles avaient disparu d’Anniversary, et c’était très bien comme ça. Parce que franchement, quel
intérêt ? Tomb Raider n’est pas un jeu de course et puis, surtout, le maniement de la moto n’offre aucun véritable confort. C’est un piètre élément de gameplay, qui se résume à sauter
au-dessus de quelques obstacles autrement infranchissables. Et puis la physique de la moto est parfois douteuse. Le pire c’est que la moto ne permet même pas de se balader rapidement dans de
grandes étendues sauvages. Non, on est toujours bloqué dans des couloirs. En plus, on nous impose des arrêts pénibles et incessants, ponctués d’animations lentes et raides comme pas possible. Au
secours.
Continuons avec ce qui est horripilant dans Underworld : les jarres. Pour faire de ce nouvel épisode un simulacre de jeu de recherche, on nous propose de trouver des « secrets » et
autres diamants. Seulement voilà, en gros, ça se résume à trouver des jarres. Des petites jarres en terre cuite posées à même le sol. Et il y en a partout. Partout. Alors, on passe son temps à
foutre des coups de pieds dans des pots en terre cuite. Plus chiant, tu meurs. Ca n’a strictement aucun intérêt. Alors, évidemment, on laisse tomber et on ne s’en occupe plus. Mais le seul fait
que ces foutues jarres soient là, le seul fait que les développeurs aient pensé que ça puisse nous intéresser, rien que ça, ça continue de nous énerver.
Autre élément de frustration : les combats. Non seulement Lara a repris la mauvaise habitude de flinguer des êtres humains à tout va, mais en plus l’IA de ces derniers frôle encore les bas fonds
de l’incompétence artificielle. Les bestioles ne sont pas beaucoup mieux, avec leur modélisation étonnamment faible et les nombreuses fautes de goût commises par les développeurs. Par exemple,
les petites araignées couineuses et sauteuses sont un désastre pour l’ambiance. Les énormes mygales ne sont pas beaucoup plus intéressantes… Quant à la gigantesque pieuvre, on aura rarement vu un
tel échec de mise en scène : la bête tant attendue surgit dès le début et est exterminée dans la foulée sans aucune forme de procès ni majesté. Et puis, Underworld rajoute un petit côté
safari, en nous proposant de sélectionner nos armes en entrée de niveau. Il y a beaucoup plus de flingues que nécessaire, sans que cela soit franchement intéressant. Le Marteau de Thor reste la
seule arme un tant soit peu plaisante à utiliser, en plus d’être scénaristiquement justifiée. Et puis les costumes, quand on nous propose de nager dans l’arctique en bikini, il y a un moment où
il faut arrêter de déconner. On se fout d’avoir le choix, que l’on nous impose une tenue adaptée et puis basta!
Quant à l’histoire… Basique, mal expliquée, vite expédiée. C’est surtout la narration qui est loupée : au lieu de prendre le temps de bien nous expliquer la trame à l'aide de cinématiques qui
auraient pu être bien tournées, Underworld va droit au but et nous dépose dans les nouveaux niveaux avec pour seul liant scénaristique quelques misérables cut-scenes et un
journal mis à jour sur le PDA de Lara, journal toujours aussi illisible sans écran HD. Plus austère et plus tue l’amour que ça, tu meurs.
Bon, ne soyons pas lapidaires, et voyons maintenant pourquoi Underworld reste plaisant à jouer. Les chapitres précédents n’ont pas pour objectif de casser Underworld,
simplement, pour un jeu aussi attendu, tous ces défauts sont désastreux (en plus d’être incompréhensibles).
Tomb Raider est un jeu de voyage, les développeurs l’ont enfin compris, et ils nous emmènent de la Méditerranée à l’océan arctique en passant par la Thaïlande et un sombre manoir. Pour
le dépaysement et la beauté visuelle, Underworld est une réussite. Surtout que, techniquement, le jeu est solide. Les décors sont gigantesques et somptueux, les textures sont
magnifiques, les arbres sont majestueux… On notera tout de même quelques problèmes gênants : les animations et le positionnement de Lara sont truffés de petits bugs, et pas uniquement graphiques,
puisqu’il vous arrivera de chuter à travers du solide… Et puis, fin 2008, on est capable de faire une eau magnifique, avec un niveau qui monte et qui descend, recréant la houle, mais l’eau ne
mouille toujours pas les rochers… Il serait temps de s’y mettre, les gars!
La musique, très belle, sait embellir l’aventure comme il se doit, malgré une drôle utilisation du thème principal, que l’on entend souvent, mais jamais complètement. Dommage. Et puis, tout ça
manque quand même un peu de souffle.
Quant à la grimpe et autres cabrioles, Underworld ne déçoit pas : Lara saute dans tous les sens, chute, se rattrape, fait de la varappe, rebondit sur les murs, use de son grappin pour
courir sur les parois ou descendre en rappel… C’est du très bon boulot même si Underworld n’atteint pas le niveau d’Anniversary.
Au final, Underworld est un demi échec : s’il parvient à maintenir une certaine qualité et évite de retomber à son très bas niveau d’il y a quelques années, il est quand même très
frustrant de voir que les développeurs n’ont pas été capables de reconduire la prouesse d’Anniversary. Underworld est un bon jeu, un bon Tomb Raider, mais certainement
pas le meilleur.