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EDITO

CHOUB


Now I lay me down to sleep,

I pray the Lord my soul to keep.


If I should die before I wake,

I pray the Lord my soul to take.


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Samedi 18 avril 2009




Quand on parle aux gens de « Bania », ils ne comprennent pas. Et quand on leur explique ce que c’est, ils trouvent ça tellement dingue qu’ils ne comprennent toujours pas comment on peut aimer ça. Mais le Bania, il suffit de le tester, pour mourir… ou adorer !

Pour ceux qui connaissent un peu, le Bania, c'est un genre de bain de vapeur, certains pensent que c’est un hammam ou bien un sauna ... mais en fait, c'est encore autre chose. Le sauna, c’est chaud, mais sec. Le hammam, c’est moins chaud que le sauna, mais c’est très humide. Et le Bania dans tout ça ? Eh bien, le Bania, c’est atrocement chaud, et c’est alternativement sec et humide. Sachant que la chaleur ressentie est fonction de la température mais aussi surtout de l’humidité de l’air, j’aime autant vous dire que les sessions de vapeur sont mortelles au plus haut point. Et c’est justement ça qu’on aime !

De l'extérieur le Bania ressemble à une petite isba en rondins de bois. Une cabane en bois, quoi, au fond d’un jardin, près d’un point d’eau si possible (rivière, étang, lac, abreuvoir à vache, etc.). Première porte : on pénètre dans un sas déjà bien chaud, mais ça n’est que le vestiaire, où l’on se fout à poil (pour être tout à fait bien). Puis on pousse la seconde porte, tout nu, seulement équipé de claquettes en bois ridicules (on appelle ça des tapochkis). Et là, vous prenez super cher. Car vous venez d’entrer dans le Bania.

En gros, quand on rentre dans le Bania, on ressent à peu près ça : une chaleur absolument suffocante qui vous enveloppe. Votre instinct, comprenant l’imminence de la menace qui pèse sur votre intégrité physique, vous demande de sortir d’ici immédiatement. Mais bon, vous décidez de rester quand même quelques secondes, paske vous êtes pas non plus une tapette. L’impression que vous allez mourir ici ne s’estompe pas, mais vous constatez que vous n’êtes pas seul dans le Bania, et certains êtres ruisselant de sueur et rubiconds comme des peaux de glands semblent même apprécier ça. Alors, vous tentez le tout pour le tout, vous posez vos miches sur un banc de bois, et vous attendez que ça passe. Le malaise guette.

Mort de chaleur, vous observez le un poêle à bois. Il est tellement brûlant que vous le soupçonnez de fonctionner à l’énergie nucléaire. Sur le poêle, il y a des pierres sur lesquelles un connard rouge comme un homard verse de l’eau à l'aide d'une grosse louche en bois et, à chaque fois, l'atmosphère devient encore plus irrespirable…

Il y a aussi des rameaux de bouleaux (venicki) que l'on trempe dans de l'eau. Une fois humides, ils dégagent une doucereuse odeur de bois. En fait, c’est toute la structure du Bania elle-même qui dégage une odeur de bois. Vous constatez que, sous l’effet de la chaleur infernale, le bois sue lui aussi : de la résine s’écoule ça et là et, évidemment, vous vous rendez compte que vous vous en êtes foutus plein les cheveux et plein les poils de queue. Mais bon. Vous attendez la mort, patiemment, tandis que des gouttes de sueur brûlantes coulent sur votre visage et tombent, telles des bombes volcaniques, sur vos burnes cramoisies.

Vient ensuite l’étape – ou plutôt l’épreuve – où il faut se fouetter le corps avec les rameaux. Histoire de stimuler la circulation sanguine et d’activer la sudation. Comme si vous ne suiez pas déjà assez… On vous explique que ça aide aussi à éliminer les toxines. Soit. Mais vous n’avez ni la force ni le courage de vous frapper, alors vous haussez les épaules et vous vous enfoncez dans une torpeur finalement pas si désagréable que ça. Un inconnu se met alors à vous fouetter, alors que vous n’aviez rien demandé. Ca fait un mal de chien, mais vous n’avez même plus la force de lui demander de s’arrêter. Et puis apparemment, il est tellement absorbé et tellement content de vous honorer, qu’il serait sûrement malvenu de refuser. Et puis, au fond, vous commencez à trouver ça plutôt pas mal, comme sensation.

Quelqu’un rajoute de l’eau sur les pierres. Mais ce coup-ci, il ne se contente pas d’une petite louche. Il balance tout le seau. Vous entendez le pschh de l’eau qui se vaporise instantanément, quelques pierres font carrément krouk, et vous voyez la vapeur s’élever, et vous priez. Une seconde plus tard, la vague de chaleur vous atteint, vous enveloppe et vous consume. Vos doigts brûlent. Vos oreilles flambent. Un type vous met un chapeau ridicule sur la tête, et vous comprenez que ce n’est pas une mauvaise idée : ça commençait à sentir le roussis et à frisoter là haut… Votre nez brûle, alors vous tentez de respirer par la bouche, mais ça n’est pas beaucoup mieux car vos poumons, eux, brûlent toujours. La solution : respirer à travers du bois et du feuillage humide. Vous poumons s’emplissent d’air chaud et boisé…

Et alors que vous pensiez avoir atteint le summum de la température, là, c’est le coup de grâce : un fou furieux agite sa serviette dans tous les sens, brassant l’air chaud. Le transfert thermique sur votre peau est encore multiplié par dix. Le seuil de douleur est pulvérisé. Votre esprit voit ses certitudes voler en éclats, et vous êtes bien obligé de reconcevoir toutes vos vieilles idées sur la chaleur, la température et la souffrance.

Après une quinzaine de minutes, vous êtes à l’agonie, et ça fait déjà une plombe que vous vous demandez quand est-ce que vous allez bien pouvoir sortir de ce foutu four. Et puis, soudain, c’est la libération : tout le monde court dehors ! Vous n’avez jamais été aussi heureux de toute votre vie. Un instant plus tard, encore groggy de bonheur, vous voyez avec circonspection les types sauter dans l’eau, par un trou pratiqué dans la glace du lac. Vous vous dites qu’ils sont complètement dingues mais, curieusement, vous avez tellement chaud que l’idée ne vous paraît plus aussi folle que ça. Alors, vous plongez. Floutch. Nom de dieu de putain de bordel de merde, ça caille sa mère !!! Vous êtes tellement saisi par le froid que vous suffoquez.

Vous nagez péniblement jusqu’à l’échelle, et vous ressortez en tremblotant. Une nouvelle vague de chaleur vous submerge de l’intérieur, sans que vous compreniez trop d’où elle peut venir. En ahanant, vous titubez jusqu’à une petite table et vous vous asseyez sur une petite chaise. Vous ne savez plus si vous avez froid ou si vous avez chaud. Mais vous vous en foutez. Vous vous sentez bien, tout simplement. Incroyablement bien. Un type vous sert un thé brûlant, que vous buvez dans le vent glacial. Puis vous vous envoyez une bonne vodka. Puis vous bouffez du poisson cru et des cornichons. Et puis, vous avez froid. Vous regardez la porte du Bania. Vous devinez la douce chaleur qui règne à l’intérieur, et vous dites que vous y retourneriez bien volontiers…



































Par Corentin MACQUERON - Publié dans : Bania
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