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EDITO

CHOUB


Now I lay me down to sleep,

I pray the Lord my soul to keep.


If I should die before I wake,

I pray the Lord my soul to take.


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Lundi 27 février 2006

 
>>> Dans la tourmente des sombres évènements galactiques et le déchaînement du Côté obscur de la Force, alors que se profile la revanche des Sith, un maître doit combattre son ancien apprenti et ami. L’issue du duel fratricide décidera du sort de toute une génération.

---------------

L’esprit torturé d’Anakin n’est plus qu’une cacophonie infernale, mélange insupportable de hurlements et de supplices. Il n’arrive plus à penser. Et lorsque Padmé le prend dans ses bras, et que tout redevient calme et silence,  alors il sait que tout ce qu’il a fait, ces actes ignobles, il l’a fait pour une bonne raison. Il a sauvé la République. Et il va pouvoir sauver sa femme. Il pourrait rester ainsi à la serrer contre lui pour l’éternité. Mais alors que tout semblait enfin revenir à la normale, Padmé s’écarte de lui.

-Obi Wan… m’a dit des choses terribles, lâche t-elle.

Et le dragon se réveille en vous, durcissant votre voix.

-Quelles choses ?

-Il a dit que… tu avais succombé au Côté Obscur ! Que tu avais tué des jeunes Jedi !

Le dragon s’insinue un peu plus encore dans votre corps. Vous le sentez s’agiter. Vous essayez de vous contenir mais rien n’y fait, la bête est lâchée, elle vous murmure que Padmé est en train de vous abandonner.

-Ne crois pas Obi Wan !

Votre réponse fuse. Et vous vous rendez compte avec horreur avec quel ton glacial vous l’avez prononcée.

-Mais… Obi Wan veut nous aider ! Il s’inquiète pour nous !

-Nous !?

A cet instant, Padmé sent que tout lui échappe. La voix de son mari est devenue plus froide que l’espace. Terrifiée, elle tente de l’apaiser.

-Il sait pour nous deux… Il veut t’aider !

-Je ne veux plus jamais entendre parler d’Obi Wan !

Padmé sent la distance entre elle et son mari grandir à la vitesse de la lumière. Anakin s’est détourné d’elle et son regard est devenu vide. Froid et vide.

Vous vous battez contre le dragon mais il vous emporte. Vous ne savez plus que faire. Padmé vous aurait-elle trahi elle aussi ? Alors lorsque vous apercevez Obi Wan sur la passerelle du vaisseau de Padmé, le dragon qui s’agite en vous explose et vous hurle que tous sont des traîtres !

-Menteuse! Tu es avec lui !!

Le dragon s’empare de vous et hurle sa haine au travers de votre bouche. Vous sentez votre esprit s’embrumer, vous perdez tout sens des réalités.

-Anakin, non, il m’a suivi ! Ani…

-Tu l’as amené ici ! Pour me tuer !

Votre esprit n’est plus que furie et le dragon s’en donne à cœur joie, il souffle de toutes ses forces sur les braises de votre haine qui se ravive et s’enflamme. Vous ne pouvez plus rien contenir. Tout en vous s’embrase, vous sentez votre corps trembler et comme un goût de cendre s’insinuer dans votre bouche.

-MENTEUSE !!!

Alors vous brandissez votre bras et vous ordonnez à la Force de la saisir à la gorge ! Qu’elle se taise ! Que cesse cet insupportable mensonge !

-Anakin, lâche-la ! Laisse-la partir ! vous hurle l’ennemi aux traits d’Obi Wan.

-Vous ne me la prendrez pas ! Vous l’avez tournée contre moi !

-Tu as fait ça tout seul ! Ta soif de pouvoir et ta cruauté l’ont détournée de toi ! réplique Obi Wan, aussi inflexible que possible.

Votre esprit n’est plus qu’un vaste champ de bataille d’où aucun vainqueur ne semble pouvoir émerger. Lui, elle, Palpatine, les Jedi, tous hurlent, mais aucun ne sait ! Seul le dragon semble prendre le dessus et vous dicte que tous vous ont trahi ! Et dans cette cacophonie infernale, la bête vous donne le pouvoir. Le pouvoir de tout ramener à la normale, le pouvoir de reconquérir Padmé ! Mais pour cela… Tu dois le tuer !

-Arrêtez vos sermons, Obi Wan. Je peux voir au travers de vos mensonges Jedi ! Je n’ai plus peur du Côté Obscur... contrairement à vous. Je l’embrasse ! fuse Vador, l’air mauvais.

-Anakin ! Palpatine t’a manipulé !

-J’ai ramené la paix, la justice et la sécurité à mon nouvel Empire !!! répond Vador, comme s’il tentait de se convaincre lui-même, rejetant en bloc les arguments de son ancien maître.

-TON nouvel Empire ? Anakin !! J’ai prêté serment à la République !!! hurle Obi Wan, désolé.

Un temps mort qui semble durer une éternité. Un maître qui prie son ancien apprenti de revenir, mais celui-ci vient de sombrer. Profondément meurtri et troublé, accablé par le doute et la peine, l’apprenti s’est laissé emporter par sa colère qui, seule, parvient encore à l’apaiser et le contrôler. Il a cédé aux sirènes lancinantes qui lui hurlaient dans le crâne. Tuer.

-Ne m’obligez pas à vous tuer… maugrée Vador, au bord de l’explosion.

-Anakin, regarde ce que tu as fait ! Tu cours à ta perte !

-Si vous n’êtes pas avec moi… Alors vous êtes contre moi !! assène Vador.

Alors tout est fini. Le maître le sait. Anakin ne peut même plus penser. Autre chose a pris le pouvoir de son corps corrompu, une force mystique, un désir de vengeance, une soif de mort inextinguible qui se lit dans ses yeux morbides.

-Je ferai mon devoir, lâche alors Obi Wan, désolé et contraint d’allumer son sabre laser.

-Vous essaierez, rétorque Vador, avant de s’élancer dans les airs en dégainant son sabre.

D’un bond tourbillonnant, le voilà juste derrière Obi Wan. Les deux hommes se jettent l’un sur l’autre avec une violence inouïe et Vador décoche le premier coup de poing qu’Obi Wan reçoit en pleine figure avant de voler en arrière. Un coup de poing ? s’étonne Obi Wan qui ne tarde pas à en recevoir un deuxième. Vador est furieux et roue de coup son ancien maître qui semble ne pas en revenir, ce que Vador ne manque pas de trouver excessivement plaisant. Pour lui, c’est clair : Obi Wan l’a trahi. Il doit mourir. Il va mourir. Mais le Côté obscur qui s’insinue en lui lui dicte d’autres choix, autrement plus perfides. Il ne le tuera pas sans s’amuser quelque peu. Et voilà les deux hommes, anciennement amis, qui se battent au milieu d’un couloir décidément trop étroit pour eux puisque les sabres en découpent les murs de duracier dans d’énormes gerbes d’étincelles et de débris fumants. Obi Wan recule en parant les coups et à mesure qu’ils progressent, les murs découpés au plasma tombent en charpie rougeoyante et l’atmosphère devient un irrespirable mélange de gaz toxiques. Obi Wan crache ses poumons et plisse les yeux pour se repérer dans l’air vicié alors que Vador, lui, hume et exulte, dans un état de surexcitation proche de la transe. Puis ils arrivent dans la salle de conférence et soudain Obi Wan se rend compte qu’ils se battent au milieu d’un océan de corps démembrés et de têtes décapitées, et que cette immonde mer de cadavres fumants noircis au plasma n’est autre que l’œuvre de celui qui brandit un sabre laser devant lui en arborant un sourire démoniaque. Ce qui, dans le feu de l’action, est aussi bouleversant que rigoureusement désespérant. Mais Obi Wan n’a pas le temps de tergiverser puisqu’un nouveau coup de poing le ramène au cœur de l’action. Le choc est tel qu’il en perd son sabre et trébuche sur le corps d’une des victimes de Vador. Ce dernier n’a même pas besoin d’y songer, le sabre de son ancien maître se trouve comme instantanément téléporté dans sa seconde main. La scène n’en est que trop parfaite, trop rigoureusement semblable à celle de l’exécution de Dooku. Vador se trouve juste devant son ancien maître, désarmé, aculé. Agenouillé. Le combat lui semble alors si facile qu’il en est profondément troublé. Exécuter Obi Wan ne serait plus qu’une simple formalité. Alors la victime saisit sa chance et, profitant des errements philosophiques de son bourreau, use de la Force pour lui faire lâcher les armes qui allaient lui trancher la gorge. Ainsi brusquement saisi de sa torpeur, Vador n’a d’autres choix que de se jeter sur Obi Wan pour l’empêcher de récupérer son arme. Un quart de seconde après s’être cru sorti d’affaire, Obi Wan se retrouve avec les deux avant bras pris dans les étaux des poings de Vador qui approche son visage du sien, si près qu’il peut en saisir toute la fureur. Totalement bloqué, Obi Wan ne peut que subir, et lorsqu’il sent les os de ses avants bras ployer puis ses articulations craquer, sa seule pensée est de se dire que sa dernière heure est plus que probablement arrivée. Mais un Jedi ne s’abandonne pas aussi facilement et il use du dernier stratagème qui puisse encore le sauver. Puisant dans la Force, Obi Wan interfère avec les mécanismes de la prothèse de Vador qui relâche alors son étreinte. Vador ne se laisse pas impressionner et n’a cure de s’être fait duper : le voilà qui ramène sa main gantée et saisit son ancien maître à la gorge, ce qui, pour le coup, fait regretter bien des choses à ce dernier. Ne valait-il pas mieux avoir les os brisés que la trachée écrasée ? Un bon coup de pied bien placé et Obi Wan se défait de son ancien apprenti qui, à son tour, s’étonne d’un tel geste. Rassemblant toute sa rage, Vador saute et se rue sur Obi Wan qui esquive in extremis le coup de sabre qui s’en va détruire la console de contrôle des boucliers thermiques de la fonderie. Aussitôt, la base perd toute forme de protection et tandis que les deux hommes reprennent le combat, les bâtiments se retrouvent en proie aux flammes de l’enfer. La tragédie tourne court. Obi Wan se démène comme il peut, poursuivi par la bête dans un sombre couloir, aculé, il est obligé de faire face à un coup circulaire ample qui tranche net les canalisations de gaz sous pression, répandant alors un torrent de nuages blancs. Obi Wan a paré le coup mais Vador finit sa révolution et revient à la charge. Il lance un uppercut qu’Obi Wan ne voit surgir du brouillard qu’au tout dernier moment, esquivant de justesse le poing de duranium qui s’en va défoncer la paroi métallique à deux doigts du visage du maître. Celui-ci ne peut qu’écarquiller les yeux devant une telle force de perforation. Vador veut s’extraire du mur mais est obligé de forcer comme un damné et se retrouve à déchirer tout un pan de duracier pour se libérer, non sans déchirer son gant. Obi Wan en a profité pour filer. Il attend plus loin, là où le couloir débouche sur un balcon surplombant la rivière de feu. Lorsque Vador apparaît, sabre au poing, Obi Wan se retrouve violemment pris à parti et est alors obligé de faire retraite jusque sur une mince canalisation juste au dessus du fleuve en fusion. Déstabilisé, il lui faut quelques secondes pour reprendre son équilibre. Et lorsque Vador atterrit lui aussi sur ce même tuyau, c’est comme s’il était sur la terre ferme et il se jette sans retenue sur Obi Wan qui ne peut une fois de plus que fuir et se réfugier sur une mince passerelle qui lui semble un peu plus accueillante. De nouveau les deux hommes se sont face, au dessus de la rivière de feu, se jaugeant du regard. Deux adversaires. Deux styles. Obi Wan attend, sagement. Vador souffle, bruyamment. La passerelle tremble. L’atmosphère est sèche, brûlante, étouffante, pleine de poussières et autres cendres tournoyantes. La rivière irradie une chaleur intenable et distille une lumière rouge tout droit sortie des enfers. Et au moment où Vador décide de repartir en guerre en se jetant droit sur son ancien maître, la rivière gronde, bouillonne puis explose en un gigantesque geyser de lave rouge ocre dans lequel Obi Wan voit son ancien padawan disparaître, entièrement englouti, comme dévoré par le torrent d’obsidienne en fusion. Et presque aussitôt, avant même qu’il ait pu se sentir soulagé de la mort de Vador ou terriblement meurtri de la perte de son meilleur ami, le geyser pulsant à plein régime s’ouvre comme s’il était envoyé contre un déflecteur. D’abord timidement, puis franchement, le flux de lave se déchire et s’ouvre, découvrant Vador dans toute sa classe, sa fierté et sa splendeur, le bras tendu, main ouverte vers le jet de lave à qui il dicte de s’écarter de sa grandeur. Le visage tourné vers les flammes qui le frôlent à moins d’un mètre et brassent un air brûlant secouant et roussissant sa chevelure folle, Anakin serre les dents, puis détourne son regard de la colonne de feu pour le poser sur Obi Wan. Alors un franc sourire d’auto satisfaction s’esquisse sur son visage, avant qu’il ne ferme violemment le poing, brisant l’échine du dragon de feu, figeant le geyser en une formidable structure de roche fumante noirâtre. Au bord de la jouissance que lui confèrent ses nouveaux pouvoirs, Vador crâne puis pulvérise la structure d’un geste du bras aussi désinvolte que surpuissant, disloquant la roche en de multiples morceaux qui s’effondrent en vomissant un cœur de lave encore rougeoyant. Il s’amuse même à en projeter quelques débris fumants vers son ennemi qui évite cependant aisément les brûlants projectiles, sortant de la torpeur dans laquelle une telle démonstration de puissance l’avait plongé. Et déjà, Vador fend les airs et reprend son ballet infernal. Obi Wan n’a, pour la énième fois, pas d’autre choix que de décoller dans les airs pour atterrir sur une petite plate-forme flottant sur la lave pour tenter de reprendre de l’ampleur et de l’assise sur le combat.

-Vous fuyez… se moque Vador.

-L’arrogance est le défaut du Côté Obscur. Elle te perdra, rétorque durement Obi Wan.

-Vous hésitez à me tuer… La compassion est votre faiblesse, mon ancien maître, lui susurre Vador à l’oreille après l’avoir rejoint sur sa plate-forme. Je vais vous faire bouffer mon mètre de plasma !

Alors vous, Vador, grisé par la fureur de l’instant, qui avez refoulé toute votre ancienne vie, vous décidez que tout doit finir et vous puisez dans le Côté Obscur pour mettre un terme à cette pitoyable fuite en avant. D’un geste net et précis, vous portez le coup avec une telle force et une telle fureur que, pas un instant, vous ne doutez du résultat. Vous imaginez déjà votre ancien maître, tranché au niveau de la taille, agonisant. Suppliant. Puis vous jetterez ses restes dans le fleuve brûlant. Vous avez bien cru l’avoir. Tout votre corps, tout votre esprit, toute votre envie, tout votre être n’étaient plus focalisé que sur ça. Découper votre ancien maître en deux au niveau de la taille. Vous avez porté le coup, avec une vitesse et une violence fulgurante. Pourtant, vous ne sauriez dire comment, Obi Wan a su éviter le coup d’une magistrale pirouette aérienne au terme de laquelle il a en plus réussi à s’éloigner de vous de plusieurs mètres. Il est juste là, devant vous, il vous nargue, il vous toise. Vous allez le tuer. Vous le savez. Tout comme vous avez vaincu Dooku parce que vous l’aviez décidé, vous décidez de tuer celui qui vous a trahi jusqu’à retourner Padmé contre vous. Vous allez le massacrer.

Du haut de votre rocher fumant jouxtant la rivière de feu, vous, Obi Wan, jetez un regard désespéré à cette machine à tuer qu’est devenu votre meilleur ami. Ereinté, vous ne savez même pas comment vous avez pu réchapper au dernier coup porté par la bête qui a bien failli vous tuer. Vous savez que vous n’êtes pas de taille. Déjà Padawan il vous surclassait, alors, maintenant… Et puis même si vous pouviez techniquement le tuer, c’est paradoxalement la dernière chose que vous voudriez faire. Vous l’aimez. Bien plus qu’un Jedi comme vous auriez jamais du. Mais c’est un fait, malgré la machine de mort qu’il est devenu, vous l’aimez. Vous l’aimez encore. Anakin ne réfléchira pas autant. Vous le sentez. Il veut vous tuer. Vous tentez de bluffer en tirant partie des quelques mètres d’altitude que vous avez en plus sur votre ennemi.

-Anakin, c’est fini ! J’ai l’avantage du terrain !

Et la réponse est sans appel.

-Vous sous estimez mes nouveaux pouvoirs !!! assène Vador.

Anakin saute alors sur Obi Wan qui pare maladroitement les coups et recule, une fois de plus, sous les assauts furieux de Vador qui ne cesse de monter en puissance. Alors que vous êtes exténué, lui, au travers de sa rage, devient de plus en plus fort. Sauvagement pris à parti, vous ne pensez plus à rien, laissant en vous couler la Force, espérant à chaque instant être un réceptacle assez puissant pour vous maintenir à un niveau suffisant de dextérité pour espérer survivre mais vous ne pouvez même plus penser. Si vous essayer, ne serait-ce qu’un seul et infime instant, vous êtes perforé de part en part. Et la danse macabre continue, Vador tournoie en tous sens pour vous anéantir et de votre côté votre corps essaie tant bien que mal de couper court à ses solides arguments. Que vous soyez encore en vie est en soi un vrai miracle. Gestes amples et rapides, trajectoires parfaites, coups circulaires, prises, coups de poing, retournements incessants, ce que fait Vador n’est finalement pas autre chose qu’une certaine forme d’art. Vous, vous tentez de vivre, c’est tout. Lui s’amuse. Vous souffrez. Vador est un naturel. Lui n’a même plus besoin de la Force pour vous mettre à genoux. Pourtant, à cet instant précis, c’est justement parce que vous lui êtes inférieur que vous allez reprendre l’avantage. Arc-bouté sur le torrent de Force qui vous traverse, même si vous ne pouvez plus pensez, la Force le fait pour vous et vous souffle soudain de vous écarter. Et très exactement au moment où une giclée de lave jaillissant du sol allait vous dévorer sur place, vous vous dérobez et c’est Vador qui est touché. Son bras prend feu alors que, par réflexe, vous amenez votre lame au travers de la chair de son bras qui se laisse trancher dans une nuée de fumée âcre à l’odeur de corne brûlée. Le membre perdu n’a pas le temps de toucher le sol que Vador a déjà récupéré son sabre laser dans sa main de duranium. Vous essayez de reprendre vos esprits pendant que Vador considère son moignon fumant avec un regard de fou furieux. Il vous fixe d’un regard aussi brûlant que redoutablement univoque.

-Vous avez une chance insolente, maugrée t-il à voix basse, considérant les restes fumants de son ancien bras en train de cuire à même la roche.

Et à votre désespérant étonnement, loin de le désarçonner ni de l’écoeurer, cette vue, peut-être même cette odeur de chair humaine brûlée, sa chair, semble l’exciter encore plus vers des sommets indéfinissables de cruauté que vous jureriez même teintés de cannibalisme. 

-C’est fini, Anakin, tu ne peux plus lutter ! hurlez-vous, espérant encore faire douter Vador.

-Je peux encore facilement vous battre, lâche alors le monstre, arrogant et sûr de lui, brandissant son sabre.

Et le combat reprend, plus intense encore qu’avant, vous replongeant sous une nuée de coups tous plus violents les uns que les autres, vous amenant à penser que décidément rien, vraiment rien, ne peut l’arrêter. Une telle dextérité avec un unique bras, mécanique qui plus est, est aussi étonnante que définitivement désespérante. Vous parez les coups maladroitement, Vador n’ayant de cesse de vous bousculer et de vous mettre dans des situations et des positions plus vulnérables encore alors même que tout en vous vous abandonne. Et Mustafar qui continue de trembler, de s’époumoner et de cracher des torrents de lave et de bombes volcaniques qui explosent en vol ou en percutant le sol, achevant de donner à ce combat déjà épique des allures profondément dramatiques. Un champ de bataille épouvantablement dangereux, une arène spectaculaire à la hauteur de la lutte titanesque que se livrent le Bien et le Mal, et Mustafar, en hurlant et tremblant de la sorte, a clairement choisi son camp. Au terme d’un long échange au sabre où Vador a bien failli vous arracher la tête une douzaine de fois, vous voilà projeté en arrière d’un coup de Force d’une violence inouïe. C’est tout juste si vous avez le temps de puiser dans la Force pour que votre crâne ne se pourfende pas sur le premier rocher venu. Vador exulte. Reprenant vos esprits, vous distinguez le tueur, satisfait, sûr de lui, arborant un sourire démoniaque, juste derrière les fumées noires que crache la roche prise de violents spasmes. Un démon sorti des enfers. Une bombe volcanique s’écrase à quelques mètres, projetant une pluie de débris brûlants que Vador dévie négligemment. Fugitivement, la fumée s’amenuise et vous pouvez distinguer en détails le visage de Vador, mélange désolant de haine et de douleur. Obi Wan, vous le sentez, votre dernière heure a donc bien sonné. Et Yoda est probablement mort lui aussi. Le Côté obscur a gagné.

-C’est la fin pour vous, mon Maître, hurle Vador avec un indéfinissable mélange de rage et d’une satisfaction aussi coupable et machiavélique qu’intense. Vador est une bête. Puis le monstre se ramasse et s’élance, tourbillonnant à travers les nuées de cendres. L’ange noir fond sur vous. Encore sonné, résigné, vous fixez du regard le sabre qui va vous tuer. Mais comme si la Force avait voulu vous épargner avant de définitivement sombrer, soudain la roche tremble et se disloque en une crevasse béante, vomissant un geyser tonitruant de fumée et d’obsidienne en fusion emportant Vador dans une formidable explosion de lave accompagnée d’un hurlement à percer les tympans. Vous ne voyez plus qu’un gigantesque mur de feu irradiant une chaleur épouvantable. Et cette fois-ci Vador n’a rien pu faire. Non. Il a été emporté. Aucune chance qu’il ait pu en réchapper. Son corps doit déjà avoir été réduit à néant. Redevenu poussière. La colonne de lave retombe enfin, finissant de répandre d’immenses flaques de lave visqueuse sur la roche noire et fumante de Mustafar.

Hébété, vous vous relevez et parcourez du regard le terrain désolé qui s’offre à vous, n’espérant même pas pouvoir retrouver son corps. Et pourtant. Vador est là. A quelques mètres de vous, par delà les débris, la fumée et les flaques de lave rougeoyante. Noirci pas le feu, agenouillé dans la roche visqueuse qui déjà s’épaissit, le torse pesant sur son unique bras mécanique, Vador suffoque tandis que d’épaisses plaques de roche visqueuse comme de la terre glaise se détachent de lui, répandant une fumée âcre de chair et de vêtements carbonisés.  Alors vous vous approchez tandis que, péniblement, Vador tente de se relever, chancelant. Ses jambes carbonisées à cœur cèdent et se brisent sous son propre poids et le voilà qui retombe et que ses moignons cautérisés par les flammes s’enfoncent un peu plus encore dans la terre de feu. Vous le voyez se tâter la poitrine, comme cherchant quelque chose d’absent, plongeant sa prothèse de duranium à l’intérieur même de son abdomen perforé par l’explosion et rongé par la lave. Il ne peut plus respirer. C’est à peine s’il peut encore vivre. Vous sentez la Force se cristalliser autour de lui comme si elle s’accrochait à lui pour sa survie. Lentement, il relève la tête. Son visage est traversé par de profondes crevasses noirâtres craquelées et fumantes. Un lambeau de chair calcinée se détache de sa mâchoire défoncée. Enfin, il ouvre les yeux et vous jette le regard le plus dur que vous ayez jamais eu à encaisser. D’un coup, d’un seul, toute la misère du monde s’abat sur vous, la honte, la culpabilité d’avoir laissé cette créature qu’est Vador arriver au terme de sa gestation par votre éducation aussi grossière et malhabile qu’aveugle. La bête tente de reprendre sa respiration forcée. De sa bouche haineuse aux lèvres fendues, Vador maugrée.

-Vous ne m’avez pas vaincu ! Non !! Jamais !!! hurle Vador d’une voix d’outre-tombe, plus matérialisée par la Force que pas ses restants de poumons et de cordes vocales brûlées. Vous ne m’avez pas vaincu ! Cette maudite planète l’a fait !!!

-Anakin ! Tu étais l’Elu ! Tu devais ramener l’équilibre dans la Force, pas la faire sombrer dans les ténèbres ! Tu étais mon frère, Anakin ! Je t’aimais !

En larmes, cédant à tout ce qui vous accable, vous ouvrez enfin votre cœur comme jamais vous ne l’avez fait à celui qui, tout au long de sa vie, n’avait jamais rien désiré d’autre… Mais ce n’est que maintenant que vous le comprenez, dans cet ultime instant de face à face. Par votre faute, Anakin est devenu Vador. C’est votre échec. Votre échec. Et vous le savez.

-Je t’aimais… lâchez-vous, dans un dernier effort, implorant presque le pardon de celui qui voulait vous tuer.

Puisant dans ses ultime forces, Vador hurle :

-Je te hais… JE TE HAIS !! est sa seule réponse d’une voix à vous foudroyer sur place, coupant court à tout espoir.

Alors sa tunique noircie et lentement consumée par les gaz brûlants prend feu dans un gigantesque embrasement spontané, transformant Vador en une torche humaine poussant un hurlement qui vous glace le sang. Lorsque les flammes atteignent le haut de son torse et lui lèchent le visage, sa chevelure déjà roussie s’embrase, calcinant ses oreilles pendant que son visage se crispe de douleur et se craquelle sous l’action de cette chaleur infernale. Vous ne pouvez plus regarder. Vous l’aimez encore, et le voir mourir de la sorte est un supplice insoutenable. Vous restez encore là quelques instants, tétanisé par la tragédie qui se déroule sous vos yeux, de voir cet être que vous avez tant aimé s’embraser de la sorte et vous hurler sa haine en tendant rageusement et fiévreusement son ultime bras mécanique vers les cieux tourmentés de Mustafar. L’ultime prolongation mécanique de ce qui n’est plus qu’on tronc humain en flamme, un morceau de chair brûlée, calcinée et boursouflée d’exhalaisons. Et dans un long râle Vador s’effondre lourdement.

Par choub
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Lundi 27 février 2006


>>> Après avoir été laissé pour mort par son ancien maître Obi Wan Kenobi au terme d’un combat d’une violence et d’une âpreté sans pareille ou seule l’arrogance a causé sa défaite, le Seigneur Vador se réveille, transfiguré.

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-Seigneur Vador ? ... Vous… m’entendez ?

Cette voix. L’Empereur. Oui, vous l’entendez. Mais non. Vous n’entendez pas cette voix. En tous cas, vous n’entendez plus comme avant. Des capteurs dans la prison qu’est devenu votre crâne infiltrent le sens goutte à goutte et tentent maladroitement de continuer à vous faire ressentir ce monde. Des capteurs de lumière au travers de vos orbites de transparacier encodent votre vision en de vaguement évocatrices nuances de noir et de rouge, en un hideux simulacre du monde qui vous entoure. A moins que le simulacre ne soit parfait et que ce monde ne soit véritablement hideux. Vous suffoquez. Vous tentez de libérer vos poumons de cette étreinte qui vous écrase la poitrine, mais rien n’y fait. Alors, la Force vous souffle que vous n’avez même plus de poumons. Brûlés par les vapeurs de roche en fusion, ils vous ont été arrachés et remplacés par un respirateur artificiel qui vous remplit et vous racle la trachée, pompant l’oxygène de l’air jusque dans votre sang. Vous ne contrôlez plus rien. Une machine s’occupe de tout. Une machine. Vous vous entendez respirer, ou, plutôt, suffoquer, en un lent bruissement d’air qui se décomprime en une mince nuée blanchâtre. Une partie de vous restera à jamais en train de brûler pour l’éternité sur les rives fumantes et rougeoyantes de ce lac d’obsidienne en fusion.

Puis vous tentez de parler, mais le son que vous produisez ne ressemble en rien à votre voix passée. Vos cordes vocales carbonisées par la chaleur et vos hurlements de douleur ont été shuntées puis sauvagement remplacées par un vocodeur qui émet un grognement métallique poussif :

-Où est Padmé ? Est-elle… en lieu sûr ?

Une attente, insoutenable, puis l’Empereur répond:

-Hélas… Il semblerait que… emporté par votre colère, vous l’ayez… tuée.

Et c’est une brûlure plus intense que celle de la lave. Vous sentez le monde se dérober sous vos pieds.

-NON!! Jamais je n’aurais pu! Elle était en vie ! Je l’ai SENTI !!!

Jamais vous n’auriez pu faire ça ! Jamais ! Vous cherchez les mots mais rien ne vient à part un hurlement de déni et de douleur :

-NOOOOOOOONNN !!!

Et vous tempêtez, et vous vous démenez, et vous hurlez, et vous tentez d’évacuer cette douleur atroce et lancinante qui vous déchire et irradie tout votre corps, vous ne sauriez dire comment, même jusque dans ses parties mécaniques. Vous voulez détruire cette ombre qui vous a tout pris, mais bien que votre fureur puisse détruire des mondes, il n’y a que le matériel et les droïdes alentours qui implosent et la table sur laquelle vous êtes harnaché qui est réduite en échardes. Fou de haine, de rage et de désespoir, vous forcez avec vos pitoyables ersatz de bras sur les liens de duracier qui vous entravent, vous puisez dans la Force et le métal qui vous retient se déforme puis se déchire, alors vous vous levez maladroitement, vous découvrant juché sur de lourdes et grotesques échasses de duranium. Réalisant alors que vous n’êtes plus qu’une ignoble machine ridicule, même plus capable de respirer, vous hurlez votre haine au monde au travers de votre vocodeur qui sature et n’émet qu’un râle indéfinissable et c’est toute la salle qui tremble, résonne et se déforme sous l’effet de votre rage cosmique. Alors voilà l’Empereur qui prend peur devant une telle démonstration de force et qui perd l’équilibre, tentant tant bien que mal de se préserver de vos ondes et de vos projections incroyablement destructrices. C’est horrible, vous souffrez le martyre et le désarroi le plus total vous accable. Vous vous souvenez du pouvoir qui était en vous, mais ce pouvoir n’est plus qu’un souvenir qui s’évade et vous laisse, chancelant, devant l’atrocité de votre crime. Et dans cet ultime instant de lucidité où, fugitivement, vous vous sentez Anakin Skywalker pour la dernière et éphémère fois de votre existence, vous réalisez l’ultime cruauté du piège et de la fourberie des Sith. Car oui. Vous vous rappelez. Vous vous rappelez tout. Absolument tout. Vous vous souvenez avoir fait naître en vous cette bête qu’est Vador pour réduire à néant le dragon de peur qui vous dévorait de l’intérieur. Vous vous étiez cru plus fort que le Côté Obscur, pensant pouvoir dominer et contrôler ce Vador qui s’est finalement mué en un dragon plus effrayant encore que celui que vous vouliez le voir occire. Et c’est là que réside votre faute, votre très grande faute : juché sur les plus hautes cimes de l’Arrogance, vous vous êtes cru plus fort que le Côté Obscur. Vous vous êtes cru plus fort que tout. Réalisant alors la portée de votre égoïsme, vous vous souvenez avoir écrasé la trachée de votre femme pour faire taire sa bouche menteuse qui vous rendait fou de rage. Mais tout n’était que tromperie.

Vous l’avez tuée.

Vous l’avez tuée, parce que, finalement, au moment où vous auriez encore pu vaincre Vador et fuir avec votre femme, au moment où vous auriez encore pu penser à elle et finalement faire ce pour quoi vous aviez créé Vador – sauver Padmé –, au moment où vous auriez du penser à elle, en fait, vous ne pensiez plus qu’à vous.

Grisé par votre toute nouvelle et formidable puissance, lâche devant vos minables ambitions mégalomaniaques, poussant l’arrogance et l’égoïsme jusqu’à leur paroxysme, vous avez cédé. Alors à travers Vador le Côté Obscur a exulté sa victoire, il a hurlé puis explosé en vous, il s’est insinué dans chaque partie de votre corps, investissant chacune de vos fonctions, vous dévorant de l’intérieur, prenant tout contrôle sur votre être désemparé, ne vous laissant plus que simple spectateur terrorisé, vous refoulant, vous, Anakin Skywalker, dans les tréfonds de la conscience de Vador et vous privant de toute liberté. Atterré, impuissant, Anakin n’était plus que le témoin blême de la rage de Vador et de sa destructrice folie égoïste. Vous vous souvenez de la fournaise qu’était son cœur et de la haine qui l’habitait. Vous vous souvenez en tremblant du fiel et des mots furieux qui sortaient de sa bouche haineuse et de sa voix plus froide que l’espace et plus noire encore que l’obsidienne millénaire. Vous défaillez en vous remémorant son regard de feu plus brûlant encore que la roche en fusion. Et, enchaîné dans les tréfonds de l’âme obscure et fumante de Vador, Anakin pleure toutes les larmes de son corps.

Alors vous, Vador, ignoble et coupable créature schizophrène, comprenez que jamais vous ne pourrez détruire cette ombre traître qui vous a tout pris, car l’ennemi est en vous, l’ennemi, c’est vous. Vous renoncez à courir derrière celle qui vous a tout pris, et puis, de toutes façons, vous n’en avez même plus envie. Car l’obscurité ne vous juge pas. Elle vous enveloppe de sa douce noirceur, vous rassure, vous protège. Elle est tout ce qui vous reste. Et dans la fournaise qu’est devenu votre cœur, vous vous consumez dans votre propre flamme.

Vous êtes Dark Vador, Seigneur Noir des Sith, vous êtes le sang de cette Galaxie qui se répand à gros bouillon et votre douleur causera la perte de vos ennemis. Your pain will be their doom.

Vous n’avez plus qu’une obsession : les traquer et les détruire, eux qui vous ont manipulé et qui vous ont tout pris. En ce sens, l’avenir n’est plus pour vous qu’un vaste champ de certitudes : vous allez détruire ce monde et Obi Wan Kenobi périra de votre main. Et cet être que fut Anakin Skywalker n’est plus qu’un lointain souvenir, évanescent, qui se perd dans les brumes tourbillonnantes de votre infinie rancœur.

Par choub
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Samedi 4 mars 2006


Quand tombe la nuit...


La vie de Frédéric s'est brisée il y a trois ans avec la mort de sa jeune épouse, Marie, emportée par la maladie. Depuis, Frédéric a perdu foi en la vie et songe à l'irréparable suicide... C'est alors qu'il reçoit une lettre de sa défunte femme qui lui demande de venir la rejoindre dans la petite ville de Sainte Âme... Cette petite ville qu'ils aimaient tant... Terrifié par cette lettre qui semble surgir des enfers, Frédéric se rend à ce macabre rendez-vous... Mais il ne sait pas encore que les réponses qu'il recherche exigent les plus grands sacrifices.

 

 

Par choub
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Samedi 4 mars 2006
-C’est donc cela, la mécanique quantique ? fit Sanchez.
-Pas seulement, enchaîna Proyas, car le nom est trompeur. La mécanique quantique n’est pas que quantique, elle est aussi, et peut-être surtout, statistique, ondulatoire, duale et indéterminée. Premièrement, parce qu’il est parfois hors de question d’étudier séparément chaque particule - ce serait bien trop compliqué -, on s’attache à comprendre le comportement moyen d’un groupe de particules. Ensuite, il y a le vertigineux principe d’incertitude d’Heisenberg qui stipule la non-séparabilité des caractéristiques quantiques. Cela paraît compliqué, mais c’est en fait très simple. Un exemple : lorsque l’on s’attache à connaître très précisément la position d’une particule subatomique, comme l’électron, on perd peu à peu toute information crédible sur sa vitesse, et inversement. En gros : il existe une quantité d’information « position + vitesse » qui reste constante, si on augmente notre connaissance sur l’une, on perd forcément de l’information sur l’autre. Ainsi, vitesse et position sont non-séparables d’un point de vue de l’information qu’on peut en tirer… Pour visualiser ceci, imaginez un athlète en saut à ski. Si l’on veut le prendre en photo, deux phénomènes apparaissent, antagonistes et non-séparables. Si vous voulez avoir parfaitement les contours de la silhouette de l’athlète pour qu’il soit bien net, vous devez suivre au plus près son mouvement pour prendre la photo qui, une fois développée, vous montrera un athlète parfaitement net et défini, mais découpé sur un fond complètement flou, mélange indéfinissable de spectateurs, de flashs et de décors. L’inverse est aussi vrai : si les spectateurs sont clairement identifiables sur la photo, l’athlète est nécessairement flou. Ainsi, netteté des contours de l’athlète et de l’arrière-plan sont non-séparables. Il s’agit ici d’un simple exemple qui ne découle pas de la physique quantique mais qui aide à la compréhension. Il est évident qu’avec un très bon matériel photo, vous aurez sûrement un ratio des deux nettetés bien meilleur et qui ira en s’affinant sans rester constant, jusqu’à une photo presque parfaite. Mais le concept est là.
-Je croyais pourtant que cette idée était un faux ami et qu’il ne fallait en fait surtout pas chercher à expliquer la physique quantique qui resterait incompréhensible à l’homme. Elle est, c’est tout, remarqua Esparanza.
-Je ne suis pas de cet avis : bien qu’affreusement complexe, la mécanique quantique est compréhensible, répondit Proyas. Cette idée d’incompréhension vient, entre autre, de Richard Feynman qui, recevant le Nobel pour ses travaux en physique quantique, déclara : ‘personne ne comprend la théorie des quantas… en tous cas sûrement pas moi’. Amusant, en effet, mais pas nécessairement à prendre au pied de la lettre. Mes équations sont claires.
-Pourtant vous êtes le premier à douter des capacités humaines, non ? répliqua Sanchez.
-Il ne faut pas confondre, se défendit Proyas. J’ai peur que nous ne puissions jamais comprendre certains phénomènes, mais ce que sous-tendent Esparanza et Feynman est autre : il s’agit de l’impossible compréhension. Ca n’a rien à voir : si je doute de nos capacités à comprendre, je ne doute aucunement de la compréhensibilité du monde. C’est très différent et pas du tout incompatible.
-Bien, accepta Sanchez. Reprenez. Vos travaux : d’où démarrent-ils, donc ?
-Justement de ce que l’on vient de commenter, de l’inacceptable clivage entre relativité générale décrivant a priori parfaitement le monde macroscopique, et de la physique quantique décrivant parfaitement le monde microscopique. On ne peut pas tolérer ce clivage. Comment accepter, en effet, qu’il puisse y avoir deux réalités, deux mondes en un totalement différents, car, on l’a vu, entre une chute quantique et une chute normale, il y a un monde. Comment accepter que les atomes qui me constituent n’obéissent pas aux mêmes lois physiques que moi qui les englobe tous ? Surtout que la césure n’est pas claire : lorsque nous tentons de construire de petits agrégats d’atomes pour voir jusqu’où va la mécanique quantique et quand cède t-elle sa place à la relativité générale, la limite n’est pas claire du tout.
-Etrange, en effet, fit Sanchez. Je vais sûrement dire des bêtises, mais pourquoi ne pas imaginer qu’en fait les deux modèles ne sont qu’un, simplement qu’une variable prend le dessus sur une autre à un point bien précis ? C’est exactement ce que nous faisons en dynamique des populations : pour de faibles populations, nous utilisons un certain modèle, qui cesse d’être valable à partir d’un certain nombre d’individus. L’analogie me semble parfaite. Et notre modèle de population étendue diffère finalement très peu dans son écriture mathématique, même s’il donne de tout autres résultats.
-Je comprends bien, fit Proyas. C’est aussi ce que nous tentons parce que nous refusons qu’il y ait deux modèles : nous tentons de n’en faire qu’un. Mais attention. L’analogie avec la dynamique des populations est facile, mais fausse. Car les variations de comportement sont bien trop importantes. Il y a trop de différences encore bien plus troublantes qui apparaissent. Mais fondamentalement, nous faisons la même chose : nous cherchons le point de rupture entre les deux modèles en espérant pouvoir ensuite en assurer la continuité. Mais c’est bien plus ardu. Enfin bref. Tout en gardant à l’idée que nous ne modélisions de toutes façons qu’à peine 5% de l’Univers, mais ne désespérant pas trouver, d’un coup, les 95% d’équations restantes – soyons optimistes -, je travaillais comme beaucoup d’autres à tenter de recoller les deux modèles ennemis. Et il faut bien comprendre que ces modèles sont incroyablement ardus, comprenant un nombre effarant d’équations et d’éléments de description. Il s’agit souvent d’intuition : si les deux modèles semblent clairement incompatibles, il semble tout à fait clair que certains éléments de description doivent forcément être les mêmes. Mon idée part de là : il y a tellement de choix a priori arbitraires – mais finalement très clairs – que je ne désespérais pas de mettre en cause l’un d’eux et de parvenir ainsi à l’unification. Mais par où commencer ? Tout le monde procède ainsi. Il me fallait faire un choix audacieux, prendre le risque de démonter quelque chose de tellement ancré qu’on n’y pensait même plus. Je me suis donc attaqué à la métrique d’espace-temps, un élément de description jugé comme étant l’un des plus fiables et des plus cohérents – et donc invariant.
-Métrique d’espace-temps ? fit Esparanza. Si je me souviens bien, c’est de la topologie ? Le modèle mathématique donnant la distance d’espace et de temps entre deux points de l’Univers ? Vous l’avez estimée comme variable d’un modèle à l’autre ? Audacieux, en effet.
-Oui, audacieux, car vraiment personne n’avait remis en cause la constance de la métrique. Mais devant la réalité du monde quantique, je me suis dit qu’il y avait un coup à tenter. Lorsque, en 2002, des physiciens russes et français ont démontrer qu’à l’échelle subatomique le temps n’existait tout simplement pas, une idée m’est venue : la métrique d’espace-temps devait immanquablement varier.
-Attendez, attendez, fit Sanchez. Le temps n’existe pas ? Vous êtes sérieux ? fit Sanchez, étonnée
-Oui, fit Esparanza. Enfin, à l’échelle subatomique seulement. Mais c’est ambigu. Pour démontrer que le temps n’existe pas, il faut d’abord savoir ce qu’est le temps, et c’est là que réside la difficulté. Et, si je ne m’abuse, c’est clairement là que cette expérience est critiquable, en plus de la prise en compte des équations d’Einstein à l’aveuglette.
-Toute démonstration doit s’appuyer sur des faits supposés, et ce n’est pas vous qui allez me contredire, fit Proyas. Gödel l’a démontré : toute vérité n’est pas forcément démontrable. Pire : LA vérité ultime est indémontrable.
-En effet, admit Esparanza. Je vois à la tête de notre amie Sanchez qu’il est nécessaire de développer quelque peu.  Gödel était mathématicien. Il a brisé à tout jamais l’espoir d’un monde ou d’une théorie parfaitement cohérente et démontrable. Comment ? Tout simplement en traduisant en langage des mathématiques de la Logique le célèbre paradoxe du menteur, Gödel a démontré que toute théorie, tout ensemble, tout recueil d’hypothèses et de théorèmes contient toujours au moins une propriété ou théorème indémontrable. Mais, Proyas, on peut toujours s’appuyer sur des thèses plus ou moins solides.
-Et quoi de plus solide que la relativité générale d’Einstein ? lança Proyas.
-Einstein n’est plus crédible à cette échelle, lâcha Sanchez.
Proyas et Esparanza marquèrent un temps d’arrêt.
-Bien vu, admit Proyas. La relativité d’Einstein cesse effectivement d’être valable à cette échelle, mais cette expérience est spéciale, et l’on peut sérieusement s’appuyer sur ces équations relativistes.
-Reprenez, le temps n’existe pas ? fit Sanchez.
-Allez y, Esparanza, vous semblez avoir pigé le truc, fit Proyas, désabusé.
-Bien, fit Esparanza. Tout d’abord, hypothèse : le temps est assimilable à la relation de causalité : toute cause doit nécessairement précéder son effet dans le temps. Ensuite, une constatation expérimentale : lorsque l’on émet simultanément deux particules de lumières – des photons – vers un miroir, les particules ont toujours deux possibilités : être réfléchies ou réfractées par le miroir. A notre échelle, vu le nombre de photons, les deux phénomènes apparaissent, mais pour une particule le choix est binaire. La chose troublante est que les deux photons émis simultanément vers deux miroirs différents, à une même distance du point d’émission, se comportent toujours de la même manière : ils se réfractent ou se réfléchissent par paires. Donc, deuxième hypothèse : les photons se communiquent entre eux l’attitude à adopter face au miroir. Maintenant, l’expérience a consisté à isoler les deux photons d’une même paire dans le temps. C’est cette isolation qui découle de la relativité d’Einstein. Car les équations indiquent que le temps est altéré par le mouvement. Pour faire simple, en propulsant les photons à travers des fibres optiques animées de mouvements différents, les photons se sont retrouvés isolés dans le temps. En d’autres termes : leurs champs de causalité se sont dissociés de sorte que le comportement d’un des deux photons ne pouvait induire le comportement de l’autre. Ce procédé permettait en fait que, pour chaque photon, le temps altéré -contracté ou dilaté- faisait en sorte qu’au moment de l’impact, pour chacun des deux photons, l’autre photon avait déjà percuté le miroir, donc le choix premier dictant le comportement du second devait avoir été fait. Il n’en était en fait rien et, pourtant, les photons ont continué de se comporter de la même manière : les photons communiquaient instantanément, voire, à rebrousse-temps : peu importe qu’ils n’en aient pas eu le temps, ils communiquaient.
-En effet, conclut Proyas, les photons ont communiqué en s’affranchissant du temps. Bien qu’aucun photon ne puisse être à l’origine du comportement de son binôme, tout se passait exactement comme si. Le temps n’existe donc pas pour un photon, et, en toute généralité, le temps n’existe pas à l’échelle subatomique. Et je tiens à souligner que l’isolation temporelle einsteinienne s’applique à tout système, quelle que soit sa dimension – donc les critiques pointant du doigt l’utilisation des formules d’Einstein là où elles cessent d’être valables sont balayées… Tout cela, bien sûr, à supposer qu’Einstein avait raison et que les photons n’ont pas inventé un moyen de communication via des dimensions parallèles. Je plaisante à peine : c’est à l’étude. Toujours est-il que je suis convaincu, à titre personnel, de la disparition du temps à l’échelle subatomique.
-Impressionnant, admit Sanchez. Et donc ?
-Le temps n’existant tout simplement pas, cette fameuse métrique d’espace-temps ne pouvait rester constante dans les conditions du big bang, où l’Univers était si petit qu’il était allègrement subatomique. En modélisant cette fluctuation de la métrique d’espace temps comme l’oscillation d’un groupe quantique SO(3,1) vers un groupe quantique SO(4), il apparaît que cette seule fluctuation, une fois réinjectée dans les équations, permet la fusion parfaite des deux modèles. Cela paraît simple, il n’en est en fait rien. La modélisation en groupe quantique est des plus difficiles, aussi bien du point de vue conceptuel que du point de vue du développement formel mathématique. Elle stipule en plus que la disparition du temps au profit d’une dimension d’espace supplémentaire ne peut avoir lieu qu’en un point précis de l’Univers.
-Attendez, espace supplémentaire ? fit Sanchez, larguée.
-Oui, le groupe SO(3,1) signifie en fait symétrie de 3 dimensions d’espace et d’une de temps. Le groupe SO(4) ne traite naturellement que d’une catégorie de dimension physique. La question est bien évidemment : est-ce de l’espace ou du temps ? Il est plus que probable que ce soit le temps qui devienne une quatrième dimension d’espace, plutôt que ce soit les trois dimensions d’espace qui deviennent trois dimensions de temps ! En effet, on l’a vu : le temps disparaît à cette échelle, et, de plus, on a toujours constaté qu’en physique, ce sont toujours les cas les plus simples qui s’avèrent les bons… ! Nous voilà donc avec du temps imaginaire pur : la quatrième dimension d’espace.
-Je ne vois pas le rapport avec une origine mathématique du monde, fit Esparanza, intrigué. Il est certes étonnant de voir le temps disparaître au profit d’une quatrième dimension de l’espace, mais où est le problème ? En dehors du caractère impensable de cet espace à 4 dimensions, je ne saisis pas bien.
-J’allais y venir, fit Proyas. Je vous l’ai dit : je suis tombé sur ce concept par hasard. Je cherchais l’unification, je l’ai trouvée. Ce n’est qu’en développant les équations qui en découlaient qu’il s’est avéré que cette unification impliquait nécessairement une origine mathématique du monde.
-Allez-y, fit Sanchez, je suis curieuse d’entendre cela.
-Bien, reprit Proyas. Je tiens juste à préciser quelque chose de tout à fait fondamental : toute ma théorie n’était alors qu’un modèle mathématique cohérent en lui-même, mais rien n’indiquait qu’il soit la correcte description du monde. Ce n’est que le visionnage de la vidéo qui m’a conforté dans ma thèse. Mais reprenons. Le développement des équations en SO(4) indique en fait que SO(4) ne se stabilise en tant que tel qu’à partir d’une dimension très précise de 10-43 mètre. Pour des portions d’univers plus grandes, on peut encore parler d’espace-temps, simplement le monde oscille alors entre (3,1) et (4) : le temps est alors complexe : il oscille aléatoirement entre temps réel et espace, soit entre temps réel et temps imaginaire. On parle alors de temps complexe, au sens mathématique du terme. Du point de vue du sens commun, il est supra-complexe, donc supra-difficile à cerner, fit Proyas en souriant. On se retrouve donc avec 3 phases distinctes : du super-espace à 4 dimensions à 10-43 mètre et moins, de l’espace-temps complexe juste au dessus de 10-43 mètre, et de l’espace-temps classique qui l’emporte très vite sur la transition en temps complexe. C’est l’apparition de cette distance critique de 10-43 mètre qui m’a guidé vers l’origine du monde.
-Je ne comprends pas bien, comment imaginer du temps… imaginaire, justement ? demanda Esparanza.
-Bonne question, fit Proyas, amusé. C’est en fait assez simple à concevoir. Nous allons d’abord étudier le concept d’imaginaire en nous penchant sur de l’espace imaginaire. Regardez ce stylo, sur la table : il ne bouge pas, pourtant vous pouvez bien vous imaginer qu’entre deux instants t et t+dt, il y a une différence. Elle est toute simple : la métrique de ce stylo a conservé ses 3 dimensions d’espace, mais sa dimension ou coordonnée de temps a varié : il existe une différence temporelle entre deux instants : une distance temporelle qui est de l’espace imaginaire.
-Si je comprends bien, le temps, c’est de l’espace imaginaire ? demanda Sanchez.
-Exactement, ou, à tout le moins, vous avez saisi le concept. Maintenant, le temps imaginaire. On a bien vu que l’espace imaginaire est en quelque sorte de l’espace fixe : le stylo n’a pas bougé entre t et t+dt. Le temps imaginaire est un peu pareil : il s’agit d’un temps figé. Comment le comprendre ? Imaginons que je jette ce stylo, toujours lui, à travers la pièce. Il va décrire une certaine trajectoire, variable dans le temps réel. Comment considérer ce problème comme une constante ? Tout simplement en considérant toute la trajectoire. Sur un graphique, il s’agit d’une courbe donnant des informations : pour chaque date, une position. Le temps imaginaire, c’est ce graphique : l’information totale concernant le stylo au cours du temps : son passé, son présent et son avenir rassemblés en une information constante, le graphe. Ainsi, le temps imaginaire pur, c’est de l’information. Un concept plus simple, si vous avez du mal à saisir, est un film sur DVD. Lorsque vous regardez le film, il est évident que l’intrigue prend place dans le temps, mais le disque contient bien, à lui seul et à chaque instant, la totalité du film : passé, présent et avenir s’y confondent. Et que contient le disque sinon des 0 et des 1, donc de l’information ? Voilà ce qu’est le temps imaginaire pur. Le temps complexe est le DVD en lecture : le temps réel s’écoule clairement dans le défilement d’images à l’écran, mais, en même temps, le disque contient toujours tout comme du temps imaginaire: voilà ce qu’est le temps complexe, mélange des temps réel et imaginaire. Cette notion d’information, liée à cette distance très particulière de 10-43 mètre, conduit inévitablement à l’origine mathématique du monde.
-Je crois saisir : 10-43 mètre, n’est-ce pas la taille du fameux mur de Planck ? demanda Esparanza.
-Très précisément. Mur de Planck et unification de la physique sont plus qu’intimement liés, fit Proyas.
-Le mur de Planck, demanda Sanchez ? Tout cela m’exaspère au plus haut point : tout ce que nous avons découvert, aussi fantastique puisse t-il être, n’en reste pas moins purement mathématico physique. A quoi je sers, moi ? Rien de tout cela ne m’implique.
-Vous êtes au contraire plus qu’utile, Sanchez, répondit Esparanza, tout sourire. Primo, de par votre quasi-absence de culture mathématico physique, vous nous aidez en nous entraînant à nos futures explications de vulgarisation.
Proyas pouffa de rire. Sanchez lui jeta un regard noir.
-Monsieur Alexandre Proyas, votre arrogance est insoutenable. Comprenez bien, s’énerva Sanchez, que ce ne sont que les circonstances, indépendantes de vous, qui vous propulsent maître à penser de la situation. Si un être vivant était sorti de cette sphère, vous feriez moins le malin en exobiologie.
-J’en suis tout à fait conscient, mademoiselle Sanchez. Ce que vous prenez pour de l’arrogance n’est que de l’exaltation. Et c’est la tournure de phrase de David qui m’a fait rire, rien d’autre. Pourtant, un bémol : il est tout à fait envisageable que, si être vivant il y a dans cette sphère, cet être soit une créature à cinq dimensions respirant de l’air et recrachant du cyanogène. Et en créature à 5 dimensions, je pense être plus calé que vous, poursuivit-il avec un sourire en coin. Allez, ne le prenez pas mal. Poursuivons.
-Très bien, fit Sanchez, quelque peu calmée. Poursuivons… Euh, je veux dire : vous poursuivez.
-Oui, le mur de Planck, donc. Il s’agit de l’actuelle limite de notre monde, décrit par la théorie du Big Bang, ce jaillissement primordial du temps et de l’espace. Pour autant que nous remontions le temps à l’aide de tous nos modèles, nous en restons toujours bloqués au même point, celui du Mur de Planck. Ce mur est une limite physique a priori indépassable, c’est celle de la taille de l’univers 10-46 seconde après le début de l’univers. Cette date est fondamentale : c’est jusqu’à cette date que nous parvenons à réécrire l’histoire de notre monde, mais ce n’est que jusqu’à cette date, car si ce 10-46 seconde est infime, très proche de zéro, ce n’est pas le zéro. Le mur de Planck nous sépare ainsi depuis toujours de l’origine du monde, car nos modèles ne sont jamais parvenus à le briser ni même à entrapercevoir ce qu’il y a de l’autre côté, car à cette distance infinitésimale, tous les modèles divergent et perdent toute validité. La physique relativiste voit sa description balayée par les violents effets quantiques, et la mécanique quantique, justement, se heurte à son tour aux derniers bastions relativistes. Aucun modèle ne tient le coup. Tous, sauf mon modèle unifié de physique quantique et relativiste. Mais je tiens à insister sur un point : mes travaux sont infimes. Si les développements mathématiques ont été difficiles, notamment en algèbre des groupes quantiques, je n’ai fait que faire varier  ce que l’on prenait pour un invariant. Sans les travaux colossaux de tous mes prédécesseurs, comme Einstein, Planck, Feynman, Heisenberg et tant d’autres, jamais je n’aurai pu en arriver là. J’ai du bol. Je suis « juste » tombé sur le bon numéro. Mais reprenons. A cette date et instant fatidique de l’histoire de l’Univers, mon modèle primordial tient la route et permet de pulvériser le mur de Planck pour aller découvrir le secret de l’origine du monde en dévoilant ce qu’il existe au-delà du mur de Planck. Détaillons un peu ce qu’il se passe à l’instant de Planck d’après ce modèle primordial. On l’a vu, le temps fluctue, mais il faut bien comprendre que c’est en fait toute la métrique d’espace-temps qui fluctue. Lorsque les premiers effets complexes du temps commencent à apparaître, l’espace-temps commence à se distordre, d’abord faiblement, mais plus les fluctuations complexes du temps deviennent importantes, et plus l’espace-temps est secoué par de violentes torsions. Tellement violentes que l’on pourrait parler de tempête quantique : l’espace se tord effroyablement, le temps devient espace, s’arrête, repart dans l’autre sens avant de retrouver son cours réel. Ainsi, une portion d’espace-temps se contracte, se tord, se dilate, voit ses extrémités se confondre puis se croiser avant de ne même plus exister dans le même instant. C’est vertigineux. Imaginons un peu notre quotidien, comme une maison, dans cette tempête quantique : la salle de bain se tord, le lavabo traverse la baignoire qui se contracte jusqu’à la taille d’un grain de sable avant de se dilater jusqu’à la taille d’un gratte-ciel. La salle de bain percute la télévision du salon. Vous aviez rendez-vous ? Votre ami apparaît devant vous puis disparaît, à des années-lumière de vous, puis il apparaît avec trois siècles d’avance, avant d’arriver 1000 ans en retard, tout en se tordant à l’infini, se courbant et se recourbant. Le mur de Planck n’est pas un mur, mais un cap, le cap Horn de la Physique, une mer déchaînée et redoutable. Un océan d’écume… L’écume de Wheeler, célèbre physicien qui avait imaginé ces tornades quantiques. Mais ce qu’indiquent les équations, c’est qu’une fois le cap franchi, les effets complexes du temps l’emportent rapidement sur le temps réel et l’ordre le plus strict réapparaît dans un espace-temps devenu superespace 4D. On voit derrière le mur. Cet au-delà, cette origine, on l’appelle singularité. Pourquoi singularité ? Parce qu’en remontant jusqu’à l’origine des temps, on a vu celui-ci fluctuer pour devenir imaginaire. L’univers se réduit alors à du superespace et, en remontant toujours plus loin, ce superespace se contracte à l’infini et ne devient plus qu’un simple et unique point. Un point spécial, singulier. La singularité. Et là est la clé. Le modèle primordial est sans appel : cette singularité existe et n’est vraiment qu’un simple point. Ce point est infiniment petit, tellement qu’il n’a plus la moindre dimension : le superespace disparaît dans un unique point de taille nulle dont l’existence ne peut plus, dès lors, qu’être mathématique. Cette entité, à l’origine du temps et de l’espace, est donc un être purement mathématique, préexistant à tout. Je l’appelle instanton gravitationnel primordial singulier unique de taille zéro. Et le modèle est, là encore, sans appel, vertigineux : cet unique instanton, purement mathématique, contient toute l’information de l’univers en devenir. Il est l’essence de l’univers.
-Ainsi nous y sommes : vous affirmez qu’à l’origine du monde, on trouve un être mathématique contenant tout le devenir du monde ? demanda Sanchez.
-Exactement, fit Proyas.
-Et que dit cet être ? fit Esparanza.
-Je ne sais pas : tout est là, à l’écran. Les lignes du code cosmologique défilent à toute vitesse sur l’écran depuis tout à l’heure. Mais je ne sais pas lire ce code. Et je pense qu’eux non plus, car c’est vraiment peu probable. Et puis, regardez : ce code est constitué de symboles vraiment étranges. Si ces êtres ont réussi à encoder cette vidéo de manière à ce que l’on puisse la lire, je ne vois pas pourquoi ils auraient changé de système de codage. Je pense donc qu’il s’agit là d’une représentation du code, pour nous indiquer son existence mais aussi le fait qu’ils ne l’aient pas compris.
-C’est peut-être mieux comme ça, fit Sanchez.  Je ne sais pas si nous serions prêts à en connaître le contenu. Mais quelque chose m’échappe. Cet être est mathématique, certes… Mais comment peut-il engendrer le monde ? Je ne saisis pas bien : les mathématiques, si elles sont le moteur du monde, sont partout, pourquoi alors le Big Bang n’a t-il pas lieu sans discontinuer ?
-C’est en effet une bonne question, releva Proyas. Il y a en fait deux interrogations : comment les mathématiques peuvent elles diriger le monde, et, ensuite, pourquoi le Big Bang n’a pas constamment lieu ? La deuxième question se résout facilement. Le code cosmologique existe certes à chaque instant, tout comme le dynamisme mathématique qui l’a décondensé, mais les conditions physiques du moment du Big Bang n’existent plus. Plus rigoureusement, les conditions non-physiques mais purement mathématiques n’existent plus : le monde est né. En fait, il faut s’imaginer que l’une des conditions d’apparition du monde était, justement, sa non-existence. Maintenant qu’il est, il ne peut plus ressurgir. Le mécanisme est fait ainsi. Maintenant, autre problème : comment un être mathématique peut-il engendrer le monde ? Il faut regarder le modèle et y chercher à partir de ‘quand’ l’instanton cesse d’être de taille nulle pour générer le superespace 4D – qui n’est pas encore une véritable réalité physique. Il faut en fait regarder lorsque le temps cesse d’être imaginaire pur, puis complexe, pour n’être enfin que réel.
-Attendez, attendez, stoppa Sanchez. Je veux bien croire que votre modèle vous donne ces informations, mais à partir de variables seulement. Par exemple : à partir de quelle valeur de telle variable l’instanton devient superespace ? Mais rien ne dit quel est le moteur qui fait bouger cette variable…
-C’est crucial, en effet, admit Proyas, et j’allais y venir : qu’est-ce qui fait bouger la ou les variables ? Prenons n’importe quelle fonction, une très simple, au hasard, f(t) = t. f est la fonction, qui nous renvoie toujours la même image de t : t lui-même. Mais sur quoi agit f ? Sur le paramètre t. Mathématiquement, on peut définir le domaine de variation de t, par exemple simplement de moins l’infini à plus l’infini. Et le mathématicien admet que t prend effectivement toutes ces valeurs successives, mais, pour nous, il est crucial de vérifier que t prend effectivement ces valeurs, sans quoi le modèle sera statique et il ne se passera rien : le « quelque chose » ne pourra surgir du néant. Il existe des tas de modèles physiques qui évoluent sans ambiguïté possible : si l’on admet que t est le temps, celui-ci varie immanquablement – à notre échelle en tous cas ! – et il n’y a alors pas de problème. Mais, ici, il faut savoir. Tout d’abord, quelle est la variable ? Eh bien, il s’agit de l’information contenue dans l’instanton. Maintenant, pourquoi celle-ci varie t-elle ? Il faut ici introduire une caractéristique fondamentale : le modèle mathématique décrivant la nature de l’instanton est très spécial. Il est en effet conçu à partir de l’algèbre des groupes quantiques, et cet algèbre possède une caractéristique remarquable, celle d’être dynamique. Par définition et par nécessité, les groupes quantiques sont dynamiques, sinon ils n’existeraient pas. Et ils ont déjà été utilisés avec succès pour d’autres modèles physiques aux applications plus que concrètes. On peut donc les considérer comme réellement dynamiques ; ils sont fiables. Ainsi la variable varie réellement : il existe bien quelque chose qui la pousse – et ce n’est ici pas une simple vue de l’esprit.
-Je ne comprends toujours pas, fit Esparanza. Les groupes quantiques ne sont clairement pas mon fort, j’en conviens volontiers, mais tout de même : comment cela fonctionne t-il ?
-Je ne peux rien vous dire d’autre, fit Proyas. Les groupes quantiques sont dynamiques, donc la variable information évolue. Vous avez le choix de me croire… ou pas. Mais essayons tout de même d’être plus convaincant. C’est un peu « olé-olé », voire complètement capillo-tracté. Ca n’a même pas grand-chose à voir avec ce qu’il se passe réellement… Mais essayons ! Représentez vous le néant : mathématiquement, le zéro. Et vous allez voir qu’à partir de ce 0 je vais pouvoir construire l’infini. Que puis-je faire avec mon 0 ? A priori pas grand chose. Il me reste toutefois les opérations élémentaires : addition, soustraction, multiplication, division, puissance. C’est en fait uniquement cette dernière qui m’intéresse : en effet, et c’est remarquable, si j’élève zéro à la puissance zéro, j’obtiens… 1 ! Et ce n’est pas une simple convention, mais véritablement une des bases des mathématiques classiques : 00 = 1. Avec ce nouvel élément surgi presque comme par magie, celui-ci m’ouvre les portes de l’infini. Maintenant, je peux utiliser l’addition. En faisant 1+1, j’obtiens 2, et ainsi de suite, jusqu’à l’infini. L’algèbre dynamique permet cela. Maintenant, si vous l’admettez, je peux vous décrire ce qu’il se passe, tout au moins dans ses grandes lignes. Au sein de l’instanton, la dynamique développe l’information contenue dans l’unique point. Rappelons que ce point est mathématique, que sa dimension est nulle, mais que cela ne l’empêche pas de contenir toute l’information de l’Univers en devenir. Et la dynamique des mathématiques pousse inexorablement cette information condensée à se libérer. Le modèle indique comment : selon 4 directions bien distinctes : les 4 dimensions du superespace ! La topologie de l’ensemble dynamique est claire : il s’agit d’une hypersphère. Comprendre : une sphère à 4 dimensions. Comment se la représenter ? Simplement comme un ballon de football dont l’enveloppe ne serait pas une surface courbe mais de l’espace courbe. En d’autre termes, imaginez un repère (O,x,y,z) de l’espace dont les axes seraient légèrement courbés : ils finiraient par s’articuler en une sphère à 4 dimensions : 3 dimensions d’espace enroulées autour d’une quatrième. Attention toutefois aux mauvaises interprétations : les trois axes de l’espace ne doivent pas être vus comme des droites dessinées se courbant dans un espace ailleurs : elles sont l’espace, qui est donc courbé par définition. L’information primordiale se décondense dans ces 4 directions, on voit donc apparaître cette fameuse sphère à quatre dimensions : notre superespace 4D ! Mais  il existe un autre caractéristique capitale dans cette dynamique : la décondensation de l’information se fait en fait selon une fonction mathématique très spéciale : la fonction Delta de Dirac, qui est nulle partout, sauf en zéro où elle prend une valeur infinie. Bien que ce soit bien étrange, notre instanton se développe ainsi en une hypersphère 4D qui voit d’un coup ses dimensions devenir infinies : les trois directions d’espace courbes se rejoignent brutalement en fermant la sphère autour d’une quatrième dimension d’espace qui forme le rayon, infini lui aussi. Et les mathématiques topologiques sont sans appel : une sphère de rayon infini n’est plus une sphère, autrement dit : le rayon disparaît comme par magie. Pourtant il doit bien en rester quelque chose. C’est la fin de l’énigme : la quatrième dimension d’espace perd sa caractéristique espace en disparaissant et devient dès lors imaginaire : le temps réel est né. Et l’Univers avec.
-Magistral exposé, monsieur Proyas, fit Esparanza. Mais êtes-vous définitivement sûr de vous ?
-Je suis convaincu que telle est la nature de notre monde, oui, fit Proyas. J’en suis convaincu parce que c’est ce que j’ai toujours su depuis la découverte de mes équations, sans pouvoir réellement y croire, mais cette vidéo lève tous mes doutes. Que des êtres aussi avancés pour dominer la matière noire au point de créer une passerelle entre nos deux mondes aient développé les mêmes concepts que moi me flatte, bien sûr, mais surtout m’apporte la conviction que j’ai raison. Après, à vous de voir. Mais je peux vous repasser le film et le commenter : vous verrez que tout ce que je vous ai raconté y est. C’est bien sûr une question d’interprétation, mais je suis sûr que vous y verrez la même chose que moi : tout y est : particules, topologie, singularité, Big Bang, etc. Même ce putain de boson de Higgs y est, sous  forme ondulatoire, pensa Proyas.
-Je ne sais pas, fit Sanchez. Et ces cordes qui ont brutalement remplacé les atomes, au tout début ? Et cette chute tourbillonnante, était-ce réellement le Big Bang ? Ne serait-ce pas plutôt un trou noir ?
-Bien vu, admit Proyas. Les cordes, donc. C’est en fait un élément de description de la théorie dite des cordes, justement. C’est un des premiers pas vers l’unification. Vous avez vu les premières sphères, vous y avez sûrement reconnu des atomes, donc des particules élémentaires. Puis ces sphères se sont changées en d’autres sphères, puis encore d’autres. C’est étonnant de voir à quel point ces êtres de l’autre monde sont pédagogues. Ils nous ont montré les atomes tels que nous les imaginons jusqu’ici – sans doute parce que eux aussi les ont vu ainsi pendant un temps. La similarité des concepts est vraiment étonnante. Mais ce qu’ils nous ont montré, que nous savons aussi, c’est que ces atomes ne sont en fait pas du tout des particules élémentaires, car ils sont constitués d’autres particules encore plus petites, les quarks, pour faire simple. Nous en sommes là aujourd’hui. Eux vont plus loin : ils ont découvert que ces quarks sont eux aussi formé de sous-quarks. Puis ils nous montrent que ces sous-quarks ne sont pas des sphères, ni de véritables particules, mais des cordes unidimensionnelles. Des cordes vibrantes. Nous nous doutions bien que les quarks n’étaient pas forcément élémentaires, mais nous n’avons pas encore d’outils assez puissants – des accélérateurs de particules – pour éclater les quarks en leurs sous-constituants. Nous nous doutions également du concept des cordes, même si nous l’appliquions aux quarks et pas à l’échelle en dessous. Nous n’étions pourtant pas si loin du compte.
-Que sont ces cordes, au juste ? demanda Sanchez.
-Ca, je connais, fit Esparanza. Pour unifier les deux modèles, certains ont imaginé que les particules étaient en fait de nouvelles dimensions, minuscules au point d’être indétectables, et que leurs différentes vibrations dans notre espace-temps avaient pour effet ce que nous appelons les particules – qui n’en sont en fait pas.
-Et c’est vrai ? fit Sanchez. Alors, vos 4 dimensions, Proyas ? S’il y a tant de dimensions, votre démonstration ne tient plus ?
-Si, tout se tient, fit Proyas. Je vous ai juste épargné des concepts ultra abstraits pour l’esprit humain. Il suffit en fait de généraliser ce que je vous ai dit aux… 11 dimensions supplémentaires. Oui, nous vivons dans un monde à 15 dimensions, en fait. Simplement, les 11 autres sont si petites que nous ne pouvons les percevoir au niveau humain. Peut-être un jour aurons-nous des outils assez puissants.
-Mais, fit Esparanza, toutes ces dimensions… ne sont-elles pas candidates à l’explication de la disparition du temps ? Pourquoi ne pas imaginer qu’à cette échelle aussi petite où le temps semble disparaître, il ne se confine pas simplement dans ces dimensions minuscules ? Qu’il n’ait pas la « force » de s’étendre ?
-C’est une idée, fit Proyas. Une belle idée assurément. Mais la vidéo est formelle, ces dimensions supplémentaires sont purement spatiales. Sinon, en effet, on pourrait penser que le temps n’est aussi qu’une vibration de corde, et que lorsqu’un amas de cordes forment un corps macroscopique, le « temps vibré » résultant comme la somme de beaucoup d’autres cordes, ce temps devient trop ‘volumineux’ pour se confiner dans ces micros dimensions qui nous sont inaccessibles. C’est vraiment un beau concept, il expliquerait clairement que des petites particules – cordes – voient leur temps propre rester invisible dans les dimensions cachées. Et aussi pourquoi le temps semble brusquement apparaître à plus grande échelle. Joli. Mais, non, la réalité n’est pas ainsi.
-Bien, admit Sanchez. Revenons à nos extra-terrestres. Si j’ai bien compris, il s’agit d’êtres extra-terrestres mais, en plus, ils vivent dans un extra-monde ?
-Oui, on peut le voir ainsi, fit Proyas. Ils sont bien dans notre Univers, mais dans une partie de notre Univers qui nous est inaccessible. Ils vivent dans un co-monde non-interactif. Ils sont faits de particules – ou cordes si vous préférez – élémentaires qui ne sont pas compatibles avec les nôtres. Il n’y a pas de contact, pas d’interaction possible.
-Pourtant cette sphère est bien réelle, souligna Esparanza.
-Oui, mais elle résulte d’une technologie bien à eux, fit Proyas. Avant que nous ne puissions créer un objet de notre matière stable dans leur monde, ça risque de prendre du temps.
-Ce n’est pas dit, fit Sanchez. Je comprends bien que nous ne pouvons nous baser sur l’étude physique de la sphère pour faire comme eux, car vu son instabilité, on la ferait probablement disparaître très vite.
-Effectivement. Etonnant d’ailleurs qu’elle soit encore là, fit Proyas en jetant un coup d’œil à la sphère qui avait encore glissé.
-Mais peut-être qu’il y a un mode d’emploi dans le message, continua Sanchez. Un mode d’emploi qui dit comment faire pour les contacter.
-Peut-être, admit Proyas, mais je n’en ai pas vu. Ce code incompréhensible continue inlassablement de défiler. Et peut-être la stabilité n’est-elle possible que de manière unilatérale : si eux le peuvent, peut-être nous est-il impossible à nous de stabiliser notre matière dans leur monde.
-Alors reprogrammons la sphère, fit simplement Esparanza. Puisque cette sphère est venue de chez eux jusqu’à nous, et qu’elle semble repartir là-bas… Reprogrammons-la.
Proyas resta figé un instant, puis dit :
-Effectivement, oui… Je n’y avais pas pensé. Quel con !
Sanchez lui fit un petit sourire.
-Monsieur Proyas, dit-elle, on ne peut pas penser à tout. Vous nous avez été jusqu’ici d’une aide formidable : décodage du message, transcription en vidéo, analyse de la vidéo. C’est déjà beaucoup !
Elle eut un petit rire.
-Je suis sûr que c’est ce qu’ils veulent, enchaîna Esparanza.
-Pourquoi ne nous ont-ils pas tout simplement montré une vidéo avec un humain près de la sphère, en train d’y injecter quelque chose ? Nous aurions tout de suite compris ! Car, là, nous risquons de perdre la sphère, déplora Sanchez.
-Peut-être comptaient-ils sur notre esprit d’initiative, je ne sais pas, répondit Esparanza. Ou peut-être est-ce à suivre, sur la vidéo ? Parce que, regardez, la sphère a encore glissé. Nous ne captons plus rien. Replaçons les capteurs. De toutes façons, on peut penser que cette sphère n’est qu’un début. D’autres suivront sûrement.
Proyas pianota sur le clavier et, très vite, les capteurs se replacèrent aux pôles de la sphère pour y décoder l’information.
-Plus rien, fit-il. Autre chose : d’après les capteurs, la température de la sphère est retombée à exactement celle de l’air ambiant confiné. La sphère est déchargée. C’est le moment d’essayer.
-Comment faire ? demanda Sanchez.
-Nous ne savons rien du fonctionnement interne de cette sphère, fit Esparanza. Peut-être suffit-il d’y envoyer un champ électrique et que celui-ci sera enregistré ? Un peu comme une batterie, ça marche peut-être dans les deux sens ?
-Non, attendez, fit Proyas. Je crois qu’il y a en fait beaucoup plus simple. Ils savent très précisément à quoi ressemblent la Terre. Et ils savent encore plus précisément à quoi nous ressemblons. Donc… Ils nous voient. Il nous suffit sans doute de faire n’importe quoi, ils nous comprendront – tout au moins ils nous verront.
-Effectivement… Vous voyez que vous n’êtes pas si stupide, fit Sanchez, amusée.
Proyas lui sourit. Puis il se leva brusquement, sauta sur la table principale et se mit à gesticuler comme un dément. Caroline et David eurent un mouvement de recul, puis ils se regardèrent un instant, avant d’éclater de rire. Ce qui ne fut pas sans stopper Proyas brutalement.
-Merci, fit simplement Proyas. Merci de me montrer aussi peu de considération et de respect. J’essaie juste d’attirer leur attention, ajouta t-il avec un petit sourire. Je suis sûr qu’ils nous observent, mais nous entendent-ils pour autant ? On n’en sait rien ; en fait, rien n’est moins sûr. Il nous faut donc communiquer visuellement – c’est la seule chose qui soit fiable. On sait qu’ils nous voient, profitons-en. Et je ne parle pas de tenter un code couleur à la Rencontres du 3ème type ou autres, car peut-être ne voient t-ils qu’en noir et blanc ou, pire, via un organe genre thermographe au rendu démentiel. Maintenant, veuillez, s’il vous plaît, vous joindre à moi.
Gros silence. Caroline considéra longuement David qui, lui, fixait intensément un Proyas acculé au comble du ridicule.
-Bien, fit David Esparanza, avec un sourire jusqu’aux oreilles. Vous avez peut-être raison.
-Pardon !? s’exclama Sanchez.
-Soyez logique, Caroline, supplia Proyas. Vous observez des rats en cage. Supposez qu’ils prennent conscience d’être observés et qu’ils veuillent vous communiquer quelque chose. Est-ce en continuant à glander comme si de rien n’était qu’ils vont attirer votre morne attention ? Non, je ne crois pas. Par contre, si votre rat se met à danser la lambada, là, oui, ça marchera. Vous le croirez peut-être atteint d’un rarissime syndrome de démence et de désorganisation totale des membres, mais, au moins, il aura su attirer votre attention. Alors, veuillez s’il vous plaît venir danser la lambada du rat avec moi.
-Bien, fit-elle, tout sourire. Après tout, c’est la sphère qui est filmée, pas nous. Je n’ai donc rien à craindre d’une éventuelle vidéo compromettante. Cela restera entre nous, n’est-ce pas ? fit-elle avec un clin d’œil.
-Bien sûr, ma chère. Et puis, nous faisons tout cela pour la Science, ajouta Esparanza avec un rictus.
Proyas tendit la main à Caroline afin de l’aider à monter sur la table. Esparanza se mit à pianoter sur le clavier d’ordinateur avant de sauter sur la table.
-Qu’avez-vous fait ? demanda Proyas, en prenant Caroline par la taille.
C’est alors que des enceintes de l’ordinateur se mirent à sortir des notes de musiques, d’abord faibles puis de plus en plus fortes.
-O-Zone !! Dragostea din tei !! Première communication directe avec des extra-terrestres !! Historique !! hurla Esparanza, mort de rire, pour couvrir le bruit de la musique.
   

L’écran montrait le clip en question, avec trois jeunes hommes en train de danser comme des cons sur l’aile d’un avion. Morts de rire, Alexandre Proyas, Caroline Sanchez et David Esparanza les imitèrent en beuglant et en sautant sur la table comme des déments. Ainsi eut lieu la première communication avec des extra-terrestres en direct live de l’Histoire. Et c’est alors que des dizaines de sphères apparurent en orbite autour de la Terre et se mirent à plonger… vers un petit immeuble Parisien.
Par choub
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