>>> Dans la tourmente des sombres évènements galactiques et le déchaînement du Côté obscur de la Force, alors que se profile la revanche des Sith, un maître doit combattre son ancien apprenti et ami. L’issue du duel fratricide décidera du sort de toute une génération.
L’esprit torturé d’Anakin n’est plus qu’une cacophonie infernale, mélange insupportable de hurlements et de supplices. Il n’arrive plus à penser. Et lorsque Padmé le prend dans ses bras, et que tout redevient calme et silence, alors il sait que tout ce qu’il a fait, ces actes ignobles, il l’a fait pour une bonne raison. Il a sauvé la République. Et il va pouvoir sauver sa femme. Il pourrait rester ainsi à la serrer contre lui pour l’éternité. Mais alors que tout semblait enfin revenir à la normale, Padmé s’écarte de lui.
-Obi Wan… m’a dit des choses terribles, lâche t-elle.
Et le dragon se réveille en vous, durcissant votre voix.
-Quelles choses ?
-Il a dit que… tu avais succombé au Côté Obscur ! Que tu avais tué des jeunes Jedi !
Le dragon s’insinue un peu plus encore dans votre corps. Vous le sentez s’agiter. Vous essayez de vous contenir mais rien n’y fait, la bête est lâchée, elle vous murmure que Padmé est en train de vous abandonner.
-Ne crois pas Obi Wan !
Votre réponse fuse. Et vous vous rendez compte avec horreur avec quel ton glacial vous l’avez prononcée.
-Mais… Obi Wan veut nous aider ! Il s’inquiète pour nous !
-Nous !?
A cet instant, Padmé sent que tout lui échappe. La voix de son mari est devenue plus froide que l’espace. Terrifiée, elle tente de l’apaiser.
-Il sait pour nous deux… Il veut t’aider !
-Je ne veux plus jamais entendre parler d’Obi Wan !
Padmé sent la distance entre elle et son mari grandir à la vitesse de la lumière. Anakin s’est détourné d’elle et son regard est devenu vide. Froid et vide.
Vous vous battez contre le dragon mais il vous emporte. Vous ne savez plus que faire. Padmé vous aurait-elle trahi elle aussi ? Alors lorsque vous apercevez Obi Wan sur la passerelle du vaisseau de Padmé, le dragon qui s’agite en vous explose et vous hurle que tous sont des traîtres !
-Menteuse! Tu es avec lui !!
Le dragon s’empare de vous et hurle sa haine au travers de votre bouche. Vous sentez votre esprit s’embrumer, vous perdez tout sens des réalités.
-Anakin, non, il m’a suivi ! Ani…
-Tu l’as amené ici ! Pour me tuer !
Votre esprit n’est plus que furie et le dragon s’en donne à cœur joie, il souffle de toutes ses forces sur les braises de votre haine qui se ravive et s’enflamme. Vous ne pouvez plus rien contenir. Tout en vous s’embrase, vous sentez votre corps trembler et comme un goût de cendre s’insinuer dans votre bouche.
-MENTEUSE !!!
Alors vous brandissez votre bras et vous ordonnez à la Force de la saisir à la gorge ! Qu’elle se taise ! Que cesse cet insupportable mensonge !
-Anakin, lâche-la ! Laisse-la partir ! vous hurle l’ennemi aux traits d’Obi Wan.
-Vous ne me la prendrez pas ! Vous l’avez tournée contre moi !
-Tu as fait ça tout seul ! Ta soif de pouvoir et ta cruauté l’ont détournée de toi ! réplique Obi Wan, aussi inflexible que possible.
Votre esprit n’est plus qu’un vaste champ de bataille d’où aucun vainqueur ne semble pouvoir émerger. Lui, elle, Palpatine, les Jedi, tous hurlent, mais aucun ne sait ! Seul le dragon semble prendre le dessus et vous dicte que tous vous ont trahi ! Et dans cette cacophonie infernale, la bête vous donne le pouvoir. Le pouvoir de tout ramener à la normale, le pouvoir de reconquérir Padmé ! Mais pour cela… Tu dois le tuer !
-Arrêtez vos sermons, Obi Wan. Je peux voir au travers de vos mensonges Jedi ! Je n’ai plus peur du Côté Obscur... contrairement à vous. Je l’embrasse ! fuse Vador, l’air mauvais.
-Anakin ! Palpatine t’a manipulé !
-J’ai ramené la paix, la justice et la sécurité à mon nouvel Empire !!! répond Vador, comme s’il tentait de se convaincre lui-même, rejetant en bloc les arguments de son ancien maître.
-TON nouvel Empire ? Anakin !! J’ai prêté serment à la République !!! hurle Obi Wan, désolé.
Un temps mort qui semble durer une éternité. Un maître qui prie son ancien apprenti de revenir, mais celui-ci vient de sombrer. Profondément meurtri et troublé, accablé par le doute et la peine, l’apprenti s’est laissé emporter par sa colère qui, seule, parvient encore à l’apaiser et le contrôler. Il a cédé aux sirènes lancinantes qui lui hurlaient dans le crâne. Tuer.
-Ne m’obligez pas à vous tuer… maugrée Vador, au bord de l’explosion.
-Anakin, regarde ce que tu as fait ! Tu cours à ta perte !
-Si vous n’êtes pas avec moi… Alors vous êtes contre moi !! assène Vador.
Alors tout est fini. Le maître le sait. Anakin ne peut même plus penser. Autre chose a pris le pouvoir de son corps corrompu, une force mystique, un désir de vengeance, une soif de mort inextinguible qui se lit dans ses yeux morbides.
-Je ferai mon devoir, lâche alors Obi Wan, désolé et contraint d’allumer son sabre laser.
-Vous essaierez, rétorque Vador, avant de s’élancer dans les airs en dégainant son sabre.
D’un bond tourbillonnant, le voilà juste derrière Obi Wan. Les deux hommes se jettent l’un sur l’autre avec une violence inouïe et Vador décoche le premier coup de poing qu’Obi Wan reçoit en pleine figure avant de voler en arrière. Un coup de poing ? s’étonne Obi Wan qui ne tarde pas à en recevoir un deuxième. Vador est furieux et roue de coup son ancien maître qui semble ne pas en revenir, ce que Vador ne manque pas de trouver excessivement plaisant. Pour lui, c’est clair : Obi Wan l’a trahi. Il doit mourir. Il va mourir. Mais le Côté obscur qui s’insinue en lui lui dicte d’autres choix, autrement plus perfides. Il ne le tuera pas sans s’amuser quelque peu. Et voilà les deux hommes, anciennement amis, qui se battent au milieu d’un couloir décidément trop étroit pour eux puisque les sabres en découpent les murs de duracier dans d’énormes gerbes d’étincelles et de débris fumants. Obi Wan recule en parant les coups et à mesure qu’ils progressent, les murs découpés au plasma tombent en charpie rougeoyante et l’atmosphère devient un irrespirable mélange de gaz toxiques. Obi Wan crache ses poumons et plisse les yeux pour se repérer dans l’air vicié alors que Vador, lui, hume et exulte, dans un état de surexcitation proche de la transe. Puis ils arrivent dans la salle de conférence et soudain Obi Wan se rend compte qu’ils se battent au milieu d’un océan de corps démembrés et de têtes décapitées, et que cette immonde mer de cadavres fumants noircis au plasma n’est autre que l’œuvre de celui qui brandit un sabre laser devant lui en arborant un sourire démoniaque. Ce qui, dans le feu de l’action, est aussi bouleversant que rigoureusement désespérant. Mais Obi Wan n’a pas le temps de tergiverser puisqu’un nouveau coup de poing le ramène au cœur de l’action. Le choc est tel qu’il en perd son sabre et trébuche sur le corps d’une des victimes de Vador. Ce dernier n’a même pas besoin d’y songer, le sabre de son ancien maître se trouve comme instantanément téléporté dans sa seconde main. La scène n’en est que trop parfaite, trop rigoureusement semblable à celle de l’exécution de Dooku. Vador se trouve juste devant son ancien maître, désarmé, aculé. Agenouillé. Le combat lui semble alors si facile qu’il en est profondément troublé. Exécuter Obi Wan ne serait plus qu’une simple formalité. Alors la victime saisit sa chance et, profitant des errements philosophiques de son bourreau, use de la Force pour lui faire lâcher les armes qui allaient lui trancher la gorge. Ainsi brusquement saisi de sa torpeur, Vador n’a d’autres choix que de se jeter sur Obi Wan pour l’empêcher de récupérer son arme. Un quart de seconde après s’être cru sorti d’affaire, Obi Wan se retrouve avec les deux avant bras pris dans les étaux des poings de Vador qui approche son visage du sien, si près qu’il peut en saisir toute la fureur. Totalement bloqué, Obi Wan ne peut que subir, et lorsqu’il sent les os de ses avants bras ployer puis ses articulations craquer, sa seule pensée est de se dire que sa dernière heure est plus que probablement arrivée. Mais un Jedi ne s’abandonne pas aussi facilement et il use du dernier stratagème qui puisse encore le sauver. Puisant dans la Force, Obi Wan interfère avec les mécanismes de la prothèse de Vador qui relâche alors son étreinte. Vador ne se laisse pas impressionner et n’a cure de s’être fait duper : le voilà qui ramène sa main gantée et saisit son ancien maître à la gorge, ce qui, pour le coup, fait regretter bien des choses à ce dernier. Ne valait-il pas mieux avoir les os brisés que la trachée écrasée ? Un bon coup de pied bien placé et Obi Wan se défait de son ancien apprenti qui, à son tour, s’étonne d’un tel geste. Rassemblant toute sa rage, Vador saute et se rue sur Obi Wan qui esquive in extremis le coup de sabre qui s’en va détruire la console de contrôle des boucliers thermiques de la fonderie. Aussitôt, la base perd toute forme de protection et tandis que les deux hommes reprennent le combat, les bâtiments se retrouvent en proie aux flammes de l’enfer. La tragédie tourne court. Obi Wan se démène comme il peut, poursuivi par la bête dans un sombre couloir, aculé, il est obligé de faire face à un coup circulaire ample qui tranche net les canalisations de gaz sous pression, répandant alors un torrent de nuages blancs. Obi Wan a paré le coup mais Vador finit sa révolution et revient à la charge. Il lance un uppercut qu’Obi Wan ne voit surgir du brouillard qu’au tout dernier moment, esquivant de justesse le poing de duranium qui s’en va défoncer la paroi métallique à deux doigts du visage du maître. Celui-ci ne peut qu’écarquiller les yeux devant une telle force de perforation. Vador veut s’extraire du mur mais est obligé de forcer comme un damné et se retrouve à déchirer tout un pan de duracier pour se libérer, non sans déchirer son gant. Obi Wan en a profité pour filer. Il attend plus loin, là où le couloir débouche sur un balcon surplombant la rivière de feu. Lorsque Vador apparaît, sabre au poing, Obi Wan se retrouve violemment pris à parti et est alors obligé de faire retraite jusque sur une mince canalisation juste au dessus du fleuve en fusion. Déstabilisé, il lui faut quelques secondes pour reprendre son équilibre. Et lorsque Vador atterrit lui aussi sur ce même tuyau, c’est comme s’il était sur la terre ferme et il se jette sans retenue sur Obi Wan qui ne peut une fois de plus que fuir et se réfugier sur une mince passerelle qui lui semble un peu plus accueillante. De nouveau les deux hommes se sont face, au dessus de la rivière de feu, se jaugeant du regard. Deux adversaires. Deux styles. Obi Wan attend, sagement. Vador souffle, bruyamment. La passerelle tremble. L’atmosphère est sèche, brûlante, étouffante, pleine de poussières et autres cendres tournoyantes. La rivière irradie une chaleur intenable et distille une lumière rouge tout droit sortie des enfers. Et au moment où Vador décide de repartir en guerre en se jetant droit sur son ancien maître, la rivière gronde, bouillonne puis explose en un gigantesque geyser de lave rouge ocre dans lequel Obi Wan voit son ancien padawan disparaître, entièrement englouti, comme dévoré par le torrent d’obsidienne en fusion. Et presque aussitôt, avant même qu’il ait pu se sentir soulagé de la mort de Vador ou terriblement meurtri de la perte de son meilleur ami, le geyser pulsant à plein régime s’ouvre comme s’il était envoyé contre un déflecteur. D’abord timidement, puis franchement, le flux de lave se déchire et s’ouvre, découvrant Vador dans toute sa classe, sa fierté et sa splendeur, le bras tendu, main ouverte vers le jet de lave à qui il dicte de s’écarter de sa grandeur. Le visage tourné vers les flammes qui le frôlent à moins d’un mètre et brassent un air brûlant secouant et roussissant sa chevelure folle, Anakin serre les dents, puis détourne son regard de la colonne de feu pour le poser sur Obi Wan. Alors un franc sourire d’auto satisfaction s’esquisse sur son visage, avant qu’il ne ferme violemment le poing, brisant l’échine du dragon de feu, figeant le geyser en une formidable structure de roche fumante noirâtre. Au bord de la jouissance que lui confèrent ses nouveaux pouvoirs, Vador crâne puis pulvérise la structure d’un geste du bras aussi désinvolte que surpuissant, disloquant la roche en de multiples morceaux qui s’effondrent en vomissant un cœur de lave encore rougeoyant. Il s’amuse même à en projeter quelques débris fumants vers son ennemi qui évite cependant aisément les brûlants projectiles, sortant de la torpeur dans laquelle une telle démonstration de puissance l’avait plongé. Et déjà, Vador fend les airs et reprend son ballet infernal. Obi Wan n’a, pour la énième fois, pas d’autre choix que de décoller dans les airs pour atterrir sur une petite plate-forme flottant sur la lave pour tenter de reprendre de l’ampleur et de l’assise sur le combat.
-Vous fuyez… se moque Vador.
-L’arrogance est le défaut du Côté Obscur. Elle te perdra, rétorque durement Obi Wan.
-Vous hésitez à me tuer… La compassion est votre faiblesse, mon ancien maître, lui susurre Vador à l’oreille après l’avoir rejoint sur sa plate-forme. Je vais vous faire bouffer mon mètre de plasma !
Alors vous, Vador, grisé par la fureur de l’instant, qui avez refoulé toute votre ancienne vie, vous décidez que tout doit finir et vous puisez dans le Côté Obscur pour mettre un terme à cette pitoyable fuite en avant. D’un geste net et précis, vous portez le coup avec une telle force et une telle fureur que, pas un instant, vous ne doutez du résultat. Vous imaginez déjà votre ancien maître, tranché au niveau de la taille, agonisant. Suppliant. Puis vous jetterez ses restes dans le fleuve brûlant. Vous avez bien cru l’avoir. Tout votre corps, tout votre esprit, toute votre envie, tout votre être n’étaient plus focalisé que sur ça. Découper votre ancien maître en deux au niveau de la taille. Vous avez porté le coup, avec une vitesse et une violence fulgurante. Pourtant, vous ne sauriez dire comment, Obi Wan a su éviter le coup d’une magistrale pirouette aérienne au terme de laquelle il a en plus réussi à s’éloigner de vous de plusieurs mètres. Il est juste là, devant vous, il vous nargue, il vous toise. Vous allez le tuer. Vous le savez. Tout comme vous avez vaincu Dooku parce que vous l’aviez décidé, vous décidez de tuer celui qui vous a trahi jusqu’à retourner Padmé contre vous. Vous allez le massacrer.
Du haut de votre rocher fumant jouxtant la rivière de feu, vous, Obi Wan, jetez un regard désespéré à cette machine à tuer qu’est devenu votre meilleur ami. Ereinté, vous ne savez même pas comment vous avez pu réchapper au dernier coup porté par la bête qui a bien failli vous tuer. Vous savez que vous n’êtes pas de taille. Déjà Padawan il vous surclassait, alors, maintenant… Et puis même si vous pouviez techniquement le tuer, c’est paradoxalement la dernière chose que vous voudriez faire. Vous l’aimez. Bien plus qu’un Jedi comme vous auriez jamais du. Mais c’est un fait, malgré la machine de mort qu’il est devenu, vous l’aimez. Vous l’aimez encore. Anakin ne réfléchira pas autant. Vous le sentez. Il veut vous tuer. Vous tentez de bluffer en tirant partie des quelques mètres d’altitude que vous avez en plus sur votre ennemi.
-Anakin, c’est fini ! J’ai l’avantage du terrain !
Et la réponse est sans appel.
-Vous sous estimez mes nouveaux pouvoirs !!! assène Vador.
Anakin saute alors sur Obi Wan qui pare maladroitement les coups et recule, une fois de plus, sous les assauts furieux de Vador qui ne cesse de monter en puissance. Alors que vous êtes exténué, lui, au travers de sa rage, devient de plus en plus fort. Sauvagement pris à parti, vous ne pensez plus à rien, laissant en vous couler la Force, espérant à chaque instant être un réceptacle assez puissant pour vous maintenir à un niveau suffisant de dextérité pour espérer survivre mais vous ne pouvez même plus penser. Si vous essayer, ne serait-ce qu’un seul et infime instant, vous êtes perforé de part en part. Et la danse macabre continue, Vador tournoie en tous sens pour vous anéantir et de votre côté votre corps essaie tant bien que mal de couper court à ses solides arguments. Que vous soyez encore en vie est en soi un vrai miracle. Gestes amples et rapides, trajectoires parfaites, coups circulaires, prises, coups de poing, retournements incessants, ce que fait Vador n’est finalement pas autre chose qu’une certaine forme d’art. Vous, vous tentez de vivre, c’est tout. Lui s’amuse. Vous souffrez. Vador est un naturel. Lui n’a même plus besoin de la Force pour vous mettre à genoux. Pourtant, à cet instant précis, c’est justement parce que vous lui êtes inférieur que vous allez reprendre l’avantage. Arc-bouté sur le torrent de Force qui vous traverse, même si vous ne pouvez plus pensez, la Force le fait pour vous et vous souffle soudain de vous écarter. Et très exactement au moment où une giclée de lave jaillissant du sol allait vous dévorer sur place, vous vous dérobez et c’est Vador qui est touché. Son bras prend feu alors que, par réflexe, vous amenez votre lame au travers de la chair de son bras qui se laisse trancher dans une nuée de fumée âcre à l’odeur de corne brûlée. Le membre perdu n’a pas le temps de toucher le sol que Vador a déjà récupéré son sabre laser dans sa main de duranium. Vous essayez de reprendre vos esprits pendant que Vador considère son moignon fumant avec un regard de fou furieux. Il vous fixe d’un regard aussi brûlant que redoutablement univoque.
-Vous avez une chance insolente, maugrée t-il à voix basse, considérant les restes fumants de son ancien bras en train de cuire à même la roche.
Et à votre désespérant étonnement, loin de le désarçonner ni de l’écoeurer, cette vue, peut-être même cette odeur de chair humaine brûlée, sa chair, semble l’exciter encore plus vers des sommets indéfinissables de cruauté que vous jureriez même teintés de cannibalisme.
-C’est fini, Anakin, tu ne peux plus lutter ! hurlez-vous, espérant encore faire douter Vador.
-Je peux encore facilement vous battre, lâche alors le monstre, arrogant et sûr de lui, brandissant son sabre.
Et le combat reprend, plus intense encore qu’avant, vous replongeant sous une nuée de coups tous plus violents les uns que les autres, vous amenant à penser que décidément rien, vraiment rien, ne peut l’arrêter. Une telle dextérité avec un unique bras, mécanique qui plus est, est aussi étonnante que définitivement désespérante. Vous parez les coups maladroitement, Vador n’ayant de cesse de vous bousculer et de vous mettre dans des situations et des positions plus vulnérables encore alors même que tout en vous vous abandonne. Et Mustafar qui continue de trembler, de s’époumoner et de cracher des torrents de lave et de bombes volcaniques qui explosent en vol ou en percutant le sol, achevant de donner à ce combat déjà épique des allures profondément dramatiques. Un champ de bataille épouvantablement dangereux, une arène spectaculaire à la hauteur de la lutte titanesque que se livrent le Bien et le Mal, et Mustafar, en hurlant et tremblant de la sorte, a clairement choisi son camp. Au terme d’un long échange au sabre où Vador a bien failli vous arracher la tête une douzaine de fois, vous voilà projeté en arrière d’un coup de Force d’une violence inouïe. C’est tout juste si vous avez le temps de puiser dans la Force pour que votre crâne ne se pourfende pas sur le premier rocher venu. Vador exulte. Reprenant vos esprits, vous distinguez le tueur, satisfait, sûr de lui, arborant un sourire démoniaque, juste derrière les fumées noires que crache la roche prise de violents spasmes. Un démon sorti des enfers. Une bombe volcanique s’écrase à quelques mètres, projetant une pluie de débris brûlants que Vador dévie négligemment. Fugitivement, la fumée s’amenuise et vous pouvez distinguer en détails le visage de Vador, mélange désolant de haine et de douleur. Obi Wan, vous le sentez, votre dernière heure a donc bien sonné. Et Yoda est probablement mort lui aussi. Le Côté obscur a gagné.
-C’est la fin pour vous, mon Maître, hurle Vador avec un indéfinissable mélange de rage et d’une satisfaction aussi coupable et machiavélique qu’intense. Vador est une bête. Puis le monstre se ramasse et s’élance, tourbillonnant à travers les nuées de cendres. L’ange noir fond sur vous. Encore sonné, résigné, vous fixez du regard le sabre qui va vous tuer. Mais comme si la Force avait voulu vous épargner avant de définitivement sombrer, soudain la roche tremble et se disloque en une crevasse béante, vomissant un geyser tonitruant de fumée et d’obsidienne en fusion emportant Vador dans une formidable explosion de lave accompagnée d’un hurlement à percer les tympans. Vous ne voyez plus qu’un gigantesque mur de feu irradiant une chaleur épouvantable. Et cette fois-ci Vador n’a rien pu faire. Non. Il a été emporté. Aucune chance qu’il ait pu en réchapper. Son corps doit déjà avoir été réduit à néant. Redevenu poussière. La colonne de lave retombe enfin, finissant de répandre d’immenses flaques de lave visqueuse sur la roche noire et fumante de Mustafar.
Hébété, vous vous relevez et parcourez du regard le terrain désolé qui s’offre à vous, n’espérant même pas pouvoir retrouver son corps. Et pourtant. Vador est là. A quelques mètres de vous, par delà les débris, la fumée et les flaques de lave rougeoyante. Noirci pas le feu, agenouillé dans la roche visqueuse qui déjà s’épaissit, le torse pesant sur son unique bras mécanique, Vador suffoque tandis que d’épaisses plaques de roche visqueuse comme de la terre glaise se détachent de lui, répandant une fumée âcre de chair et de vêtements carbonisés. Alors vous vous approchez tandis que, péniblement, Vador tente de se relever, chancelant. Ses jambes carbonisées à cœur cèdent et se brisent sous son propre poids et le voilà qui retombe et que ses moignons cautérisés par les flammes s’enfoncent un peu plus encore dans la terre de feu. Vous le voyez se tâter la poitrine, comme cherchant quelque chose d’absent, plongeant sa prothèse de duranium à l’intérieur même de son abdomen perforé par l’explosion et rongé par la lave. Il ne peut plus respirer. C’est à peine s’il peut encore vivre. Vous sentez la Force se cristalliser autour de lui comme si elle s’accrochait à lui pour sa survie. Lentement, il relève la tête. Son visage est traversé par de profondes crevasses noirâtres craquelées et fumantes. Un lambeau de chair calcinée se détache de sa mâchoire défoncée. Enfin, il ouvre les yeux et vous jette le regard le plus dur que vous ayez jamais eu à encaisser. D’un coup, d’un seul, toute la misère du monde s’abat sur vous, la honte, la culpabilité d’avoir laissé cette créature qu’est Vador arriver au terme de sa gestation par votre éducation aussi grossière et malhabile qu’aveugle. La bête tente de reprendre sa respiration forcée. De sa bouche haineuse aux lèvres fendues, Vador maugrée.
-Vous ne m’avez pas vaincu ! Non !! Jamais !!! hurle Vador d’une voix d’outre-tombe, plus matérialisée par la Force que pas ses restants de poumons et de cordes vocales brûlées. Vous ne m’avez pas vaincu ! Cette maudite planète l’a fait !!!
-Anakin ! Tu étais l’Elu ! Tu devais ramener l’équilibre dans la Force, pas la faire sombrer dans les ténèbres ! Tu étais mon frère, Anakin ! Je t’aimais !
En larmes, cédant à tout ce qui vous accable, vous ouvrez enfin votre cœur comme jamais vous ne l’avez fait à celui qui, tout au long de sa vie, n’avait jamais rien désiré d’autre… Mais ce n’est que maintenant que vous le comprenez, dans cet ultime instant de face à face. Par votre faute, Anakin est devenu Vador. C’est votre échec. Votre échec. Et vous le savez.
-Je t’aimais… lâchez-vous, dans un dernier effort, implorant presque le pardon de celui qui voulait vous tuer.
Puisant dans ses ultime forces, Vador hurle :
-Je te hais… JE TE HAIS !! est sa seule réponse d’une voix à vous foudroyer sur place, coupant court à tout espoir.
Alors sa tunique noircie et lentement consumée par les gaz brûlants prend feu dans un gigantesque embrasement spontané, transformant Vador en une torche humaine poussant un hurlement qui vous glace le sang. Lorsque les flammes atteignent le haut de son torse et lui lèchent le visage, sa chevelure déjà roussie s’embrase, calcinant ses oreilles pendant que son visage se crispe de douleur et se craquelle sous l’action de cette chaleur infernale. Vous ne pouvez plus regarder. Vous l’aimez encore, et le voir mourir de la sorte est un supplice insoutenable. Vous restez encore là quelques instants, tétanisé par la tragédie qui se déroule sous vos yeux, de voir cet être que vous avez tant aimé s’embraser de la sorte et vous hurler sa haine en tendant rageusement et fiévreusement son ultime bras mécanique vers les cieux tourmentés de Mustafar. L’ultime prolongation mécanique de ce qui n’est plus qu’on tronc humain en flamme, un morceau de chair brûlée, calcinée et boursouflée d’exhalaisons. Et dans un long râle Vador s’effondre lourdement.