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EDITO

CHOUB


Now I lay me down to sleep,

I pray the Lord my soul to keep.


If I should die before I wake,

I pray the Lord my soul to take.


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Cinéma

Samedi 29 avril 2006

SILENT HILL

Quand tombe la nuit…




De plus en plus souvent, la petite Sharon rêve d'une ville abandonnée, Silent Hill. Sa mère, Rose, décidée à comprendre l'étrange mal dont souffre son enfant, décide de l'accompagner sur place. Alors qu'elles pénètrent dans cet univers lugubre, Sharon disparaît. Rose se lance à sa poursuite, mais se rend vite compte que ce lieu étrange ne ressemble à rien de normal. Noyée dans le brouillard, peuplée d'étranges créatures, hantée par des ténèbres vivantes qui dévorent littéralement tout ce qu'elles touchent, cette dimension va peu à peu

livrer ses terrifiants secrets...

 

Silent Hill est, à la base, un jeu vidéo d’horreur. Mais pas n’importe lequel. Acclamé par la critique, récompensé par un succès commercial colossal, Silent Hill est l’un des meilleurs ambassadeurs du Jeu Vidéo en tant qu’Art. Mais lorsque l’on sait à quel point les adaptations de jeux en films ont toujours été de profonds désastres, on ne pouvait que redouter que ce Silent Hill, le film, ne repousse plus loin encore les limites de la connerie et de la nullité, plombant définitivement l’image du Jeu Vidéo pour les non-initiés. Mais fin du suspens : Silent Hill est une réussite majeure. Excellent film dans l’absolu, adaptation intelligente d’un médium réputé inadaptable, chef d‘œuvre visuel et peut-être, enfin, la reconnaissance du Jeu vidéo comme autre chose qu’un passe-temps aussi futile que dangereusement lobotomisant.

Le film narre donc l’histoire de Rose qui s’inquiète du somnambulisme de sa fille Sharon. Celle-ci n’a de cesse de répéter le nom d’une ville : Silent Hill. Voulant à tout prix guérir sa fille, Rose l’emmène dans la fameuse cité. Maudite, forcément, car ravagée il y a des dizaines d’années par un incendie cataclysmique qui couve toujours et plonge la ville dans un épais brouillard toxique. Seulement voilà : à peine arrivée, Sharon disparaît. Et lorsque Rose part à sa recherche, la ville révèle ses immondes atours.

La réalisation est signée Christophe Gans, connu pour avoir signé le très controversé Pacte des loups, magnifique mais délirant trip sous acide sur la Bête du Gévaudan. Que ceux que ça rebuterait soient prévenus : Gans a changé, en bien. Toujours aussi appliqué techniquement, mais définitivement moins frimeur et porté par un scénario intelligent car bien moins simpliste qu’en apparence, Gans signe là un film de toute beauté. On pourra même lui reprocher de plus mettre en scène ses somptueux décors que de ne mettre en scène dans ses décors. Mais au final, même ceux qui seront déçus par le rythme et l’histoire ne pourront qu’admettre l’immense beauté morbide des décors. Silent Hill est, au moins, une cinématique de luxe. Une démo technique sublime. Un film d’horreur atroce, servi dans le plus beau des écrins. Chaque plan est travaillé jusqu’à l’extrême, le cadrage est d’une précision maniaque, le travail sur la lumière est stupéfiant et le design des créatures, immondes mais pourtant tellement humaines, achève de faire de ce Silent Hill l’un des films les plus esthétiques de ces dernières années. Les premières minutes suffisent à s’en convaincre. Rose erre dans un brouillard à couper au couteau. Les bruits se font atroces, déchirants. Tout semble possible derrière ce rideau blanc. Et c’est pire encore lorsqu’il devient noir comme la nuit des temps. L'obscurité enveloppe Rose d'une noirceur infinie, les ombres torturées du moindre mobilier vacillent sous la lueur blafarde de son briquet à pétrole, les cris déchirent l'obscurité, les cadavres suppliciés s’amoncellent, le silence se fait pesant... Les lieux de notre quotidien se retrouvent transfigurés par des textures crasseuses, de subtiles aberrations, du sang séché. Les sirènes hurlent, signe d’un danger imminent. La peinture s’écaille puis vole en éclats, la rouille se propage, du sang et des organes suintent à travers les murs. Le monde s’altère, signe du passage dans un monde parallèle aussi obscur qu’étouffant. Alors place au Seigneur du Mal : la créature surmontée d’une inconcevable et gigantesque tête pyramidale approche lentement, traînant sa gigantesque épée avec un bruit strident à vous percer les tympans. Mais Silent Hill n’est pas un simple film de slasher, il est mille fois plus intelligent. Et même à ce niveau, il trône mille coudées au-dessus de n’importe quel concurrent. Car si le scénario est consistant, si la photo est belle, Silent Hill sait aussi se montrer terriblement gore et violent. Au moment où l’on s’y attend le moins, n’hésitant pas à sacrifier ses personnages, le film met en scène les morts les plus violentes qu’il ait jamais été donné de voir au cinéma. Sans concessions aucunes, le sang gicle, les corps se démembrent, se disloquent, explosent ou sont brûlés vifs en gros plan sans la moindre coupure ni hésitation de la part de la caméra, dans un maelström ignoble servi par une musique magnifique, entre rock agressif et piano terriblement mélancolique. Les sons organiques, les basses sourdes, des borborygmes puissants et un incessant sifflement, à peine perceptible mais insidieux, achèvent de faire vivre ce monde profondément dérangeant.

Il serait pourtant terriblement malhonnête d’encenser le film et de taire ces graves défauts. Il est ainsi regrettable de voir s’insinuer dans le récit des scènes rajoutées à l’emporte-pièce où le mari de Rose cherche sa femme dans la ville alors que celle-ci est perdue dans le monde parallèle. On a l’impression d’assister à un film à deux vitesses. Il faut également se résigner : Gans ne sait toujours pas diriger correctement ses acteurs. Si l’héroïne, Rose, est parfaite et si la petite fille de huit ans bluffe son monde en jouant trois personnages en même temps, les autres semblent tout faire pour plomber un récit qui méritait mieux que ça en déclamant avec force ridicule des dialogues terriblement mal écrits, que l’on jurerait sortis d’une série super Z. Certains personnages frisent même le grotesque, couverts d’une épaisse couche de maquillage et engoncés dans leurs costumes ridicules. Mais Silent Hill tient bon et nous achemine vers son final explosif et sa fin troublante. Il aura fallu, hélas, passer par une narration consternante de linéarité, articulée autour d’indices gros comme des maisons. Certains diront que ça fait Jeu vidéo et que c’est bien normal. Et ridicule. Seulement voilà, Silent Hill, le jeu, n’était justement pas comme ça. Il était parvenu à s’affranchir d’une telle linéarité. Il est donc terriblement cruel de voir Gans trébucher et faire pire que le jeu sur ce point. Mais c’est patent : le jeu est infiniment mieux. Si Gans a su avec brio retranscrire l’univers visuel du jeu, les plusieurs niveaux de lecture proposés par l’histoire sont ici réduits à leur strict minimum dans un récit qui, s’il tient plus que la route, se retrouve grandement épuré et, pire, défloré dans un pré-final ridicule, quasi making-of pour abrutis exposant toutes les clés de la compréhension. De ce point de vue, le manque d’ambition est flagrant. Le scénario du film n’arrive donc jamais, hélas, à la cheville des méandres psychologiques et incroyablement tragiques du jeu. Côté frissons, soyons clairs : la peur qu’instaure Gans est loin du malaise du jeu ou des films d’horreur étalons. Mais si Silent Hill ne fait jamais véritablement peur, il fout la pression comme jamais. Ce n’est plus vraiment un film d’horreur, mais plutôt un film d’ambiance. Nuance. Enfin, Gans échoue lamentablement à retransmettre le sentiment de solitude du jeu, ce désespoir total qui pousserait presque au suicide. Tout d’abord parce qu’avec le film, on ne joue pas. C’est stupide, mais Gans, lui, fait comme si. Il joue. Pas nous. Et ça ne colle pas. Ensuite, tout simplement parce qu’il y a trop de monde dans ce film alors que le jeu était d’une vacuité humaine désarmante. Alors, certes, cela permet de conclure par un bain d’hectolitres de sang bouillonnant. Mais on n’en demandait pas tant. Surtout que, comme à son habitude lorsqu’il se lâche, Gans tombe dans l’absurde et le grand-guignolesque (Remember Le Pacte des loups) et fait de ce final un sommet du gore, certes, mais où les fautes de goût se multiplient plus vite encore que les morts.

En résumé, une adaptation visuelle formidable d’un univers, une histoire intrigante mais bafouée et une direction artistique puissante font de ce Silent Hill un film, certes bancal et imparfait, mais d’une très grande qualité. Mais, surtout, le Jeu Vidéo tient enfin là sa revanche sur le Cinéma grâce à cette adaptation sérieuse, honnête et appliquée. Oubliez les Resident Evil et autres nanards sur pellicule, Christophe Gans envoie ad patres les Milla Jovovich qui se la jouent et ne trouvent de consistance qu’en brandissant des flingues ou à grands coup de high-kick tournoyants. Non, Silent Hill vaut mieux que cela. Et pour une fois, on attend la suite.


 




La bande-annonce:


 

Par Corentin MACQUERON
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Dimanche 30 avril 2006


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En 30 ans, Terrence Malick n’aura signé que 4 films. Le dernier en date étant La Ligne rouge en 1998. Il aura donc fallu 8 ans à Malick pour concevoir son Nouveau monde. Une attente excessivement longue pour un film encore infiniment meilleur.

Virginie, 1606. Trois navires anglais débarquent sur les bords du fleuve pour y fonder une colonie. Ainsi est fondée Jamestown, dans un paradis que personne n’aurait ne serait-ce qu’osé imaginer. Seulement voilà, ne parvenant pas à s’adapter à leur nouvel environnement, les colons ne tardent pas à connaître la famine et la misère. Les relations avec les indiens se tendent. Le capitaine John Smith est alors envoyé dans une tribu pour faire la paix et tenter d’instaurer une collaboration. Pris en embuscade, Smith ne doit la vie sauve qu’à l’intervention d’une jeune indienne. La fille du chef. Celle-ci parvient à convaincre son père qu’un dialogue est possible. Alors commence une expérience formidable pour Smith. Théoriquement prisonnier, il est en pratique assimilé. Il découvre toute la bonté, tout le bonheur et toute la générosité de ce clan qui sait vivre en parfaite harmonie. Avec des plans simples et de toute beauté, Malick nous montre comment Smith découvre une civilisation qui, loin de n’être que simplement naïve et technologiquement inférieure, ni une quelconque tribu à l’état de nature, a tout simplement su atteindre l’idéal humain. Une vie en groupe, restreint, où chacun travaille pour tout le monde et exploite intelligemment les ressources formidables de la nature. Par le biais d’une voix-off introspective, Smith nous parle de sa découverte de ce qui lui semble être le paradis sur terre, un véritable rêve éveillé, le moyen de vivre libre et en totale spiritualité avec ces êtres qui lui deviennent si chers. Et parmi eux, la fille du chef. D’une beauté irréelle, jeune, touchante, irradiant la joie de vivre, elle va tomber éperdument amoureuse de Smith. A des millions d’années lumières d’une histoire d’amour mièvre et convenue, Malick filme là une histoire universelle. Smith n’en croit pas ses sens. D’une sensibilité effarante, Malick filme le couple rire et jouer dans des décors d’une beauté transcendante. Sa caméra caresse les corps, effleure les herbes, fuit les regards. Il saisit l’essentielle beauté de la nature comme personne. Avec, en voix-off, les errements philosophiques d’un Smith qui n’en plus de croire que lui, ancien prisonnier, se voit proposer un tel bonheur. Tout en retenue, l’acteur Colin Farrell – que l’on n’attendait pas à ce niveau –, garde ses distances puis finit par succomber à celle qui lui dit n’exister que pour lui, ne pouvoir exister sans lui, et qui déclare, simplement, « grâce à toi, je suis, je suis, je suis ».

Puis vient le temps du retour à Jamestown. Smith est libéré de sa prison du bonheur à condition qu’au printemps suivant, la colonie soit repartie pour l’Angleterre. De retour au camp, après le rêve surréaliste vécu dans la tribu, le capitaine découvre un cloaque immonde. Tout le monde crève, les cadavres s’empilent, les enfants galleux mangent les morts, les rares survivants préfèrent se crever à retourner la terre pour trouver quelques minables grammes d’or, « préférant bouffer le poisson cru plutôt que de ramasser quelques branches pour le faire cuire ». Ce retour à la civilisation occidentale est d’une âpreté sans pareil, Mallick y filme la décadence et la totale déliquescence de ce peuple taré. Encore revêtus de leurs lourds costumes anglais, suants et suintants à grosses gouttes, puants, hagards et galleux, les colons incarnent toute la bêtise de l’Occident. Tout le monde se suspecte, s’entretue, se méfie, se mutine. C’est l’anarchie. Et le prêtre du village de traiter tout le monde d’hérétique et de vouloir pendre tout ce qui bouge. Smith, comme le spectateur, n’en croît pas ses yeux. Mais pour une raison obscure, probablement l’idée qu’il ne mérite mieux et son envie de repartir découvrir d’autres mondes, il reprend les rennes du village au lieu de partir vivre avec son amour.

Arrive l’hiver. C’est l’hécatombe malgré les efforts et l’humanité de Smith. C’est à Pocahontas, puisque c’est bien elle même si Malick a décidé de ne jamais la nommer, que les colons doivent leur salut. Par sa bonté et sa générosité, elle vient au village avec des montagnes de présents, vivres et vêtements. Couverte de louanges et bénie par les colons, Pocahontas ne sait pas alors qu’elle condamne son peuple. Ou comment l’amour d’une femme pour un homme, le sentiment le plus pur, peut conduire au massacre de toute une civilisation. Mallick met ainsi en scène le mythe fondateur de l’Amérique avec une tristesse impensable, d’une ampleur proprement désarmante. Voir une femme aussi pure causer la perte d’un peuple aussi grand en allant aider des êtres galleux qui n’ont d’humains que le nom est l’un des moments les plus déstabilisants que l’on puisse endurer. Savoir que l’Amérique actuelle s’est bâtie sur une histoire aussi atroce et inhumaine nous renvoie à ce que nous sommes : des bêtes. Les bourreaux primaires et sanguinaires d’une civilisation qui n’avait d’inférieure que sa technologie. Nous, occidentaux, sommes les acteurs coupables de cette boucherie qui n’est finalement rien d’autre qu’un génocide. On pourra tenter de se rassurer en pointant du doigt toutes les autres horreurs de l’Histoire que nous avons depuis repoussées, le nazisme en tête, nous en sommes nous-mêmes une, peut-être même la pire. Malick nous décoche une flèche en plein cœur. Pocahontas est bannie de son clan et se voit occidentalisée de la manière la plus ridicule qui soit. Smith s’en va à la conquête d’autres mondes et fait croire à sa bien-aimée qu’il s’est noyé. C’est alors toute la tristesse du monde qui s’abat sur la pauvre femme qui aura définitivement tout perdu. Mais, aussi incroyable que cela puisse paraître, la vie continue. Un colon à l’humanité rare saura apporter un peu de bonheur à la pauvre femme. Ils se marieront et leur histoire traversera l’Atlantique. Le couple sera invité à la Cour d’Angleterre.

La fin est de toute beauté. Réconciliée avec elle-même, Pocahontas, qui aura offert un enfant à son mari, mourra d’une pneumonie avant d’avoir pu retourner en Virginie. La pauvre femme meurt en 1616, en déclamant un dernier texte propre à faire chavirer l’humanité toute entière. Film à la beauté orgasmique, ode à la Nature, magistrale leçon de philosophie, narrant des évènements aux conséquences humaines et historiques tellement touchantes qu’elles vous pulvérisent le cœur, Le Nouveau monde est, tout simplement, l’un des plus beaux films de tous les temps.

 




 

Par Corentin MACQUERON
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Lundi 1 mai 2006

STAR WARS – EPISODE III


 

 

  LA REVANCHE DES SITH

 

Initiée en 1999 avec le triomphe au box office planétaire de La Menace fantôme, la nouvelle trilogie Star Wars s’est achevée en mai 2005, mettant un point final à la plus grande saga de toute l’histoire du Cinéma.

L’attente fut longue. Après le succès fulgurant mais l’échec critique de La Menace fantôme, la belle poussée en avant de l’Attaque des Clones malgré un succès bien moindre que son prédécesseur, La Revanche des Sith avait tout d’un va-tout. Ultime chance pour un George Lucas fustigé par les critiques de prouver qu’il n’avait pas eu tort de faire revivre Star Wars, La Revanche des Sith devait remettre tout le monde à sa place. Et c’est presque chose faite. Retrouvant les meilleurs moments de l’ancienne trilogie, sans pour autant renier la force et la splendeur visuelle du nouvel univers et se débarrassant d’une armée de défauts, Episode III devient instantanément le meilleur épisode de la saga, juste après L’Empire contre-attaque. Lucas a su écouter les critiques. C’est ainsi que Jar Jar Binks est quasiment rayé de la carte – deux plans et pas une ligne de dialogue – et que les longueurs disparaissent au profit d’une action aussi frénétique qu’intense et d’un scénario d’une rare intelligence. Comment est-ce possible? Tout simplement parce que cette nouvelle trilogie n’avait pour but ultime que cet épisode précis – et donc la naissance de Vador. La Menace fantôme et l’Attaque des clones n’apparaissent ainsi que comme des prologues lourds et poussifs mais nécessaires de ce que représente La Revanche des Sith: un space opéra grandiose, un film de guerre monumental, d’une noirceur invraisemblable et mettant en scène la fin d’un monde et d’une civilisation au travers de la naissance de cette créature mythique qu’est Dark Vador. Le film s’articule en trois actes: Victoire, Séduction et Armageddon. La victoire n’en est en fait pas une. Elle voit se commettre, sous les atours faussement optimistes de la défaite de Dooku, le premier meurtre commis de sang froid par le jeune Anakin Skywalker. La séduction est celle d’un jeune homme terrifié par l’idée de perdre sa femme, à qui l’on fait miroiter le secret de la vie éternelle. L’Armageddon est celle de tout un régime, la République, qui vole en éclats, poignardée dans le dos par une armée de clones et foudroyée en plein cœur par une bête victime d’une sombre machination. Car oui, Vador est une victime. Le seul véritable salaud de l’histoire reste et restera à jamais l’Empereur. Ce film dense de 2h20, où pas une scène ou presque n’est à jeter, est donc l’histoire, tragique, d’Anakin Skywalker qui, pour avoir voulu sauver sa femme, se laissera entraîné par la tourmente des évènements manipulateurs provoqués par l’Empereur. C'est la naissance de Vador. Une scène d’une incroyable puissance qui fixe enfin les origines d’une machine qui aura fait trembler la terre entière. Avec, dans le rôle de la bête, un Hayden Christensen méconnaissable depuis l'Attaque des clones. Sans prétendre à l’oscar, mais acteur appliqué à la plastique parfaite, tour à tour impérial, fougueux, séduisant puis ténébreux et enragé, Christensen campe un Anakin tout simplement phénoménal, se hissant avec panache aux-côtés des personnages de cinéma américain les plus intéressants de ces-dernières années. Et si Dooku est toujours aussi naze, si les décors font parfois trop appel aux images de synthèse, si l'overdose de fonds verts ne semblent jamais bien loin, si le personnage de Grievous déçoit malgré un character design absolument extraordinaire car, à peine esquissé, il est déjà trucidé, La Revanche des Sith est un spectacle mémorable, propre à destituer Le Retour du Roi de son titre de plus grande orgie visuelle de l’histoire du Cinéma. On pourra juste regretter un passage trop rapide d’Anakin du côté obscur, défaut merveilleusement corrigé par le livre où tout, de l’histoire aux personnages, est infiniment mieux agencé. Car c’est là que le film pêche réellement: dans sa tentative désespérée de nous raconter cette histoire tant fantasmée. Malgré le recours à deux prologues de 2h30 chacun, Lucas ne parvient pas à tout raconter et commet par-dessus d’impardonnables erreurs. A commencer par une durée beaucoup trop courte de 2h20 et une scène d’introduction beaucoup trop longue pour son contenu scénaristique. Alors la suite n’est plus qu’une fuite en avant qui, si elle densifie encore le tragique des évènements, fait de La Revanche des Sith un film terriblement contraint, explosant de partout, craquant de toute sa structure, transpirant la bonne volonté mais terriblement frustrant. Empli de bonnes idées scénaristiques, de trouvailles visuelles grandioses, le film n’est hélas jamais à la hauteur de lui-même. Le personnage d’Anakin/Vador est lui-même pratiquement expédié. Mais subsistent quelques scènes de toute beauté. Par exemple lorsque, dans un calme insoutenable, Anakin et Padmé se sentent, à plusieurs kilomètres de distance au travers des cieux pourpres de Coruscant. Par delà les immeubles, par delà le trafic, ils ne restent plus qu’eux. Une dernière fois, il s’unissent par la pensée avant que, le soleil déclinant, Anakin ne se laisse rattraper par ses démons puis se laisse emporter dans la fureur de la nuit. Ou un peu plus tard lorsqu’Anakin, fraîchement devenu Vador, pleure toutes les larmes de son corps. Avec, en arrière plan, ce paysage sidérant : un astre que l’on jurerait aveuglant et qui, pourtant, se perd et s’asphyxie dans l’atmosphère tourmentée de Mustafar, déclinant derrière un flot de particules surchauffées. C’est somptueux. C'est l’aube de l’Empire. L’aube des Ténèbres. Et dans cette valse incroyable qui reprend, et que Lucas peine à mettre en scène, se côtoient le meilleur et le pire. Le véritable moment de bravoure n'est en effet pas celui que l'on croit. Car le duel fratricide tant attendu entre Anakin et Obi-Wan, annoncé comme le plus formidable combat de l'histoire du Cinéma, manque finalement sa cible. Incroyablement creux et atrocement vite expédié, le combat prétendûment ultime s'achève sur une pirouette improbable qui voit Vador, le plus grand guerrier de tous les temps, finir estropié et carbonisé en une poignée d'instants aussi confus que difficiles à avaler, douloureusement représentatifs de l'incapacité de Lucas à gérer le mythe qu'il a lui même créé. C'est en fait du côté du Sénat galactique que survient le véritable combat final, transcendant car mis en scène par Steven Spielberg himself, opposant l'Empereur Palpatine au vieux Maître Yoda dans un déluge de tôles froissées. Vient suite le réveil, sur une table d’opération, d’un Vador qui ne comprend toujours pas à quel point il s’est fait avoir et se met dans une colère noire propre à pulvériser les étoiles. De la projection on ressort hébété, ému de voir se terminer cette formidable saga, le goût doux-amer dans la bouche d’avoir assisté à un spectacle formidable mais qui aura, hélas, réussi le douloureux tour de force de se saper lui-même. Lucas a en effet inventé une histoire et des personnages d'une puissance inégalée, et bien qu'armé de la plus grande armada d'effets spéciaux jamais mise sur pieds, il n'est pas parvenu à rendre hommage à l'inconscient collectif psalmodiant le nom de Dark Vador – à ce niveau là, ce n'est même plus de l'incompétence, c'est de la trahison. Signe qui ne trompe pas, James Earl Jones revient pour prêter une ultime fois sa voix au monstre sacré du Cinéma, le temps de pousser un dernier hurlement désespéré, autant celui de Vador que celui des millions de fans dans le monde entier: « NOOOOOOOOOOOOON!!! ». CQFD.

 

 



 





 

Par Corentin MACQUERON
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Lundi 22 mai 2006

 

 

Le conservateur du Louvre est assassiné dans la Grande galerie. Avec son propre sang, il lance dans un dangereux jeu de piste sa petite fille Sophie Neveu ainsi qu’un expert en symbologie, Robert Langdon.

 

Raz-de-marée littéraire à l’origine d’une polémique presque sans précédent, le Da Vinci Code émet l’hypothèse que Jésus n’était qu’un mortel et que sa descendance est encore parmi nous aujourd’hui, protégée par un mystérieux Prieuré de Sion des attaques de l’Eglise. Cette dernière craint en effet que si ce secret était divulgué, la foi chrétienne ne s’en relèverait pas. Pensez donc: Jésus n’aurait été qu’un mortel. Un simple mortel. De quoi, en effet, créer quelques remous. Mais de là à dire que ce « secret » puisse saper les « fondements même de l’Humanité » comme le clame un des personnages du film, ce serait sûrement exagéré. Mais fin de la théorie. Que vaut donc le Da Vinci Code, le film? Victime de son immense succès, l’histoire n’est déjà plus un secret pour personne. Comment, dès lors, s’intéresser à cet atrocement long métrage de 2h30? En espérant y trouver des explications profondes? Adhérer enfin à cette histoire en dépit de toutes les contre analyses parues? En s’imaginant être soufflé comme jamais par le poids des images, transcendant la mystification christique? Rien de tout cela, hélas! Le film suit précisément les scènes du livre et épure étrangement une thèse déjà bien fragile. Le jeu de piste n’a strictement rien de passionnant. Tom Hanks est bien fade dans le rôle de Robert Langdon, Audrey Tautou ne vaut pas beaucoup mieux et Jean Reno s’est tout simplement trompé de plateau. Paul Bettany, en moine albinos fou, peine à convaincre par son surjeu épouvantable et sa tronche à la Eminem. Ajoutez à cela des scènes d’actions rares et incroyablement mal filmées car illisibles et rigoureusement incompréhensibles. Restent de belles images de reconstitution historique, malheureusement saccagées par un grain trop concept pour être honnête et un effet de surexposition trop prononcé. Les scènes s’enchaînent péniblement et la révélation tant attendue mais ultra connue peinent à électriser un récit bien mou du genou. Ne soyons pas lapidaires: dans l’absolu, le film est sympathique et la thèse présentée est intéressante, mais au vu des attentes du public et des moyens mis en œuvre (150M$ et un Ron Howard ultra oscarisé aux commandes), on attendait tout de même un film plus entraînant, pas révolutionnaire, certes, mais efficace. Au lieu de cela, on se paye un film bancal. Mais que les choses soient claires: le film ne mérite en aucun cas d’être hué comme il l’a été au Festival de Cannes. Howard se paye même le luxe, le temps d’une scène finale, de donner une leçon de Cinéma. Portée par la partition magnifique de Hans Zimmer, la conclusion du film est en effet d’une rare beauté formelle. Dans un mouvement impossible, Howard compose un plan somptueux, descendant doucement en spirale, au travers d’une pyramide du Louvre qui se retrouve soudainement transfigurée, comme touchée par la grâce, d’une incroyable et mystique beauté.

 

 

La scène finale, featuring "Les Chevaliers de Sangreal" de Hans Zimmer:




 

 

Par Corentin MACQUERON
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