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Röh-Lan - Chapitre 16

 

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Retour à Röh-Land

Quelques kilomètres après son départ précipité, Röh-Lan s'arrêta de courir. Planté au milieu des plantains, paumé parmi les paummiers, voire même prostré dans les prostates, il se rendit compte que, comme à son habitude, il était encore parti le nez au vent sans rien prendre. La nuit allait tomber, et en cette contrée de littaural, les animaux sauvages étaient plutôt agressifs, du fait de la présence d'humains. Tout ça pour dire qu'il était plutôt dans la merde, sachant qu'à cette heure il ne pouvait retourner au campement des jabalos sans risquer de se perdre. Röh-Lan devrait donc camper sur place. Un bruit assourdissant se fit tout de même entendre, et Röh-lan le connaissait bien: la nuit venait de tomber. Ok, c'est un peu nul. N'y voyant pas plus que dans le terrier d'un pigeaunneau des profondeurs, le jeune homme commençait à avancer à tâh-tong, qui était une vieille méthode de navigation dans le noaaar. La forêt de kakajous qui baurdait le front de mer constituait l'une des plus grandes réserves animales de l'époque, et, curieusement, s'étendait sur une très grande distance mais n'était large que de quelques kilomètres. Il fallait presque obligatoirement la traverser pour rejoindre l'océan. Toutes sortes de bestiaux amusants y avaient élu domüssühl des siècles auparavant: les sympathiques bwingosaures raffaulaient des feuilles de kakajous, tandis que les délicats clitosaures se nourrissaient de fèves de klouklous. D'intrügantes fleurs d'hübüscüs répandaient çà et là leur envoûtant parfum, et les rayons du sauleil auraient magnifiquement joué avec les feuilles des hauts faîtes si on n'avait pas été la nuit. Röh-Lan, pendant que je faisais ma description du coin, avait avancé de plusieurs mètres grâce à sa technique, et ses doigts sentirent tout à coup une sorte de paroi. Il ne pouvait avancer plus loin: si cette paroi était en fait un prédateur endaurmi, le réveiller serait à coup sûr une source de praublèmes pour l'ami Röh-Lan. Il s'assit par terre pour réfléchir au sujet. Le sang ne parvenait pas jusqu'au cerveau dans la station debout chez cet être des temps anciens, et il lui fallait une position basse pour rassembler ses pensées. Sous son séant, il sentit que le sol était plat, à peu près confortable, et une vague de saummeil prit le dessus sur les facultés de réflexion du chasseux. Röh-Lan sombra dans les bras de Mör'fé, le dieu pélican du saummeil.

Röh-Lan ouvrit les yeux et essaya de deviner où il était. Des troupeaux de pétoncles bâtifaulaient dans les steppes enviraunnantes, et les deux sauleils illuminaient la contrée parsemée de boqueteaux. Un énaurme animal qu'il ne connaissait pas fonça vers lui, et l'évita au dernier maument, léger comme un poil de foufoune de Bonaniké. Le chasseux relâcha sa respiration, soulagé. Mais bientôt une sorte de brouillard enveloppa ses sens, et il se retrouva dans un endroit qu'il connaissait bien: la hutte des Binel. Il s'apprêta à saluer son ami, mais celui-ci se transforma en Pöh-Liah, qui lui mit une claque dans la gueule. Massant douloureusement sa joue, le jeune homme s'éleva spontanément dans les airs et flotta un instant au-dessus de la cahute, pour finalement survoler à une vitesse impressionnante les prairies bordées de cactus (Andaloosie, je me souviens) où d'immenses troupeaux de frautévouzidons à collerette dentelée s'ébattaient gaiement. Les plus jeunes jouaient dans les pattes de meneurs de troupeau, et Röh-Lan s'étonna de si bien les comprendre: il ressentait chacun de leurs graugnements comme autant de paraules et de cris joyeux. Il porta la main à son ventre, et sentit une espèce de cordon chaud. Y portant ses yeux, il s'aperçut qu'il se tenait la nouille (désolé pour ceux qui voulaient que Röh-Lan effectue une n-ième sortie de corps). Subitement, le jeune homme se mit à tomber. Il se trouvait alors à une bonne distance du sol, et il avait parfaitement compris qu'une chute de cette hauteur lui serait fatale. Battant bêtement des bras, il tenta de se rattraper à ce qui l'entourait, et comme il n'y avait rien, il continua à accélérer.

Röh-Lan se réveilla en cerceau, trempé de sueur. L'aube approchait, et il faudrait bientôt partir pour ne pas réveiller ce qui semblait être un grauque pailleté. Cet étrange animal, très rare, était chassé pour sa peau douce au toucher, et admirablement colorée: des paillettes dorées tranchaient sur un vert fougère d'une blancheur immaculée, et la région occipitale s'ornait de poils soyeux et chatoyants, couleur de bwingosaure. Outre l'aspect esthétique, ces couleurs permettaient au paresseux mais ombrageux animal de se camoufler. Elles avertissaient aussi, à faible distance, du danger qu'il y avait à asticauter la bête: un coup appuyé de l'énaurme trompe musclée du grauque pouvait terrasser n'importe quel prédateur ou presque, et peu nombreux étaient ceux qui s'y risquaient. L'homme, poussé par son sens des affaires, faisait partie de ceux-là. La technique de chasse du grauque était simple mais risquée: il fallait effrayer la bête et la faire fuir, et dans sa course, elle se prendrait immanquablement les pattes dans sa trompe, pour se rêcher le carafon dans un fracas infernal. D'aucuns prétendaient que le grauque était un lointain cousin du gronibar claveuté, mais beaucoup plus imposant, ce qui expliquait sa survie. On ne connaissait rien d'autre sur le grauque. Sa période de reproduction était méconnue, pour une raison que nous pouvons expliquer aujourd'hui. À l'instar de son lointain cousin, le grauque possédait un appendice flasque sur le devant du corps, injustement nommé trompe. Il s'agissait en réalité d'une unique mamÄlle dotée cependant d'un appendice préhensile, qui se gonflait, comme chez son cousin, mais uniquement pendant la saison des amours. Le grauque devenait alors une sorte de montgolfière, et s'envolait au gré du vent. Les péripéties amoureuses étaient donc de fait très acraubatiques, et rares étaient ceux qui y avaient assisté. Fermons là cette intéressante parenthèse sur les frasques sexuelles et aériennes du grauque, et poursuivons.

Röh-Lan se tenait donc en face du caulaussal anümal endaurmüh. Essayant de faire le moins de bruit possible, il s'éclipsa. Malheureusement, son pied hasardeux et poissard heurta une racine de lambrèque amalgamée, ce qui eût pour effet de faire trébuche le jeune imprudent. Il essaya tant bien que mal de se rattraper, mais rien n'y fit, et, tombant de tout son poids sur son genou droit, il écrasa le bout de la trompe du grauque. Le résultat ne se fit pas attendre, comme vous pouvez vous en douter si vous êtes un minimum attentif. Le grauque, réveillé en plein songe, se releva de toute sa hauteur en une fraction de seconde, poussant simultanément pour l'occasion un beuglement sinistre et un pet orageux. D'ailleurs ne dit-on pas « sombre comme un pet de grauque »?

Entraîné par le faurmidable animal, Röh-Lan fut projeté dans les buih-ssons, où un claironnier à flagelles molles amortit sa chute. Le grauque lâcha un autre pet, beaucoup plus marécageux que le précédent, qui eût pour effet de recouvrir notre héros d'une bonne couche de fiente odorante. Perdu dans cette escalade de violences divers et variées, il n'entendit pas le grauque beugler la charge, et ce dernier lui asséna un coup de trompe d'une violence phénauménale. Heureusement pour Röh-Lan, la trompe du grauque, aveugle dans sa fureur, heurta de prime abaure le tronc d'un claveutier piqueté, et épargna donc le chasseux d'une mort certaine. Mais le coup de trompe avait ébranlé l'arbuste, et une pluie de clavettes piquetées chut sur Röh-Lan, lui démontant au passage la gueule et les épaules. Lorsque l'énaurme bäte s'apprêta à donner un second coup, intimement convaincu que c'était nécessaire voire suffisant, le jeune homme prit ses jambes à son cou, et détala, laissant le monstre derrière lui. Mais, hélas, la trompe du grauque est puissante et longue, et fol est celui qui croit l'éviter. L'extrémité préhensile de l'appendice naso-nasal frappa tout de même le fuyard, qui fut projeté à une hauteur vertigineuse. Le sort faisant bien les choses, et la débauche étant proche, notre fabuleux aventurier termina sa course dans une mare de bizutage pour les jeunes recrues de sa tribu, la très fameuse mare aux connards. Haletant, blessé, hagard (le hagard fait décidément bien les choses), Röh-Lan rentra chez lui, et décida de se tenir plus tranquille.


Fün.


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