
« Merci au pôle stage,
sans quoi tout cela n'aurait jamais été paussible. »
Züb & Koub
En ce matin d'hiver, la tribu s'affairait plus que de rigueur. Fl'onfh prit son arc et sortit chasser. Le corps noueux du vieil homme ne lui permettait plus d'utiliser la sagaie, mais ses talents d'archer en faisaient néanmoins un guerrier émérite. Rares étaient ceux qui se hissaient à son niveau, et plus rares encore ceux qui étaient au-dessus de lui (d'où l'expression « par-dessus l'archer »). Les feuilles des brinquebaleas à flatulences cognitives et des glandassiers intermittents étaient d'un rouge vif, et la grognace à tige fileutée sentait le pet de marmotte. « La neige est proche », pensa Fl'onfh.
Dans une pièce de la caverne, Caô s'affairait à rassembler ses effets pour partir avec les hommes à la chasse au blairosaure cacochyme (les jeunes n'avaient pas de valeur marchande). Il rassembla ses sagÄ, une outre en peau de biglosaure à pédoncule renâclant, quelques provisions faites de graisse séchée et compactée, agglomérée avec des fruits sÄcs (les anciens appelaient ça un granüh…), et d'autres objets de première importance. La période où ils ne pourraient plus sortir approchait, et la survie du groupe entier dépendait de leur habileté à traquer ce redoutable animal qui pouvait d'un coup de son énorme queue briser l'anuque d'un mammouth (il ne s'agit pas d'une faute de frappe, je l'ai fait exprès, là). Les chasseurs, habituellement, partaient le moins chargé possible, afin de pouvoir transporter le maximum de viande. Et c'est bien connu, les chasseurs reviennent toujours très chargés, de viande ou d'autres choses.
Occupée à tanner des peaux de pignoleur tacheté (très chaudes en hiver, et en été aussi, d'ailleurs), Pöh-Liah sentait son enfant donner des coups dans son ventre. Elle s'arrêta un instant, puis remisa la peau dans un panier tressé. « Je finirai demain ». Tanner une peau de pignoleur était un travail harassant, et d'ailleurs elle était toute harassée. Cet animal était recouvert d'une toisante chatoyon dont les poils étaient plus raides que la queue de ma poêle. Un biface pouvait aisément en venir à bout, mais la subtilité résidait dans l'obtention d'une peau douce et soyeuse à la fois, un peu comme si on l'avait lavée avec mührlÄne, ou alors comme si elle était neuve. Changeant difficilement de position, la robuste femme commença à préparer les graines en vue de les conserver pendant l'hiver. Séparant la cosse des longues tiges molles de martinaise bosselée, elle les trempait dans un mélange d'urine de canard des steppes et d'ail sauvage, afin que les tiges se conservent et sèchent sans pourrir. Pöh-Liah sentit tout à coup une douleur dans son ventre qui la plia en deux et lui arracha un cri. « Enfin… » se dit-elle.
Après neuf mois et demi d'une grossesse éreintante, le troisième petit du foyer du crabe eunuque se préparait à venir au monde. Caô, alerté, se pressa aux côtés de sa compagne. Il n'était pas de mise dans la tribu du Paresseux Priapique de se montrer attaché à sa compagne, mais Caô avait de l'affection pour Pöh-Liah, et visiblement elle était mal en point. On fit venir le chaman afin qu'il en appelle aux esprits pour que la naissance se déroule sans concombres. Poussant de toutes ses forces, au bord de l'évanouissement, la femme se demanda si elle survivrait à son troisième enfant. « Il sort par le siège! » cria-t-elle. Rassemblant ses dernières faurces, elle poussa encaure, et le petit sortit d'un coup. Gluant des eaux de sa mère, il glissa sur la rauche froide de la caverne pour achever sa course en se brêlant la cafeutière contre la paroi oppausée. La tribu, du moins le peu qui était admis aux naissances resta interdit, mais bientôt Caô alla ramasser précautionneusement l'enfant et l'enveloppa dans une peau de beulette à fion bas. "Ce petit sera plus solide que le roc de cette montagne, Caô", professa le vieux chaman. "Mais il ne sera pas très malin: il a cogné à la tête." Et le chaman se trompait rarement: il parlait aux esprits, et ils lui répondaient, paraissait-il.
Ainsi naquit Röh-Lan, fils de Caô et de Pöh-Liah, héros des cinq steppes, découvreur du breuvage aux cinq arômes, inventeur du silex à couper le beurre de Mouät (fils de Chan-Dhon), Röh-Lan nommé par la suite Grand Conteur de Bo-Bhâr, la caverne-brouillard.