La pensée qui vint à l'esprit embrumé de Röh-Lan lorsqu'il se réveilla ce matin-là, c'est que cette phrase était trop longue et surtout beaucoup trop chiante pour être continuée. L'œil aviné et la langue pâteuse comme un foufoune trop longtemps laissée à l'écart (de rien, c'est pour moi), il se leva précautionneusement et alla satisfaire un besoin pressant. Compissant généreusement dans un buih-sson, Röh-Lan aperçu la jeune Möh'Nik sortir de sa tente en fourrure de nuit. La voyant ainsi à demi dévêtue, le jeune homme senti s'éveiller en lui une sensation étrange, peu familière, et qui se localisait surtout au niveau de… bon, enfin, vous voyez. Non? Au niveau de l'andouillette, quoi! Il se rendit compte trop tard qu'il commençait à pisser sur la tente, son urine décrivant un large arc de cercle encore fumant dont l'apogée se situait à peu près à hauteur de sa tête, et finit de se soulager gauchement en adoptant la seule position adaptée, que tous les hommes connaissent: le séant en arrière, bêtement penché vers l'avant pour éviter de se ruiner la nouille en la pliant.
N'oubliant pas cette aventure d'un matin, il se promit d'y repenser plus tard et, éventuellement, voir avec Möh'Nik si y'avait pas moyen de moyenner. Au cours de la journée, Röh-Lan fit part de son expérience matinale à son père, Caô le pourfendeur de Soupopoaro, qui hocha la tête d'un air entendu. « Il est temps », affirma-t-il sentencieusement. « Ah bon?!? »
La coutume, lui expliqua Caô (chaud chaud!), voulait que dès qu'un jeune homme ressentait les premiers émois, il trouve sans tarder une compagne histoire de se purger un peu les joyeuses. Cette déclaration combla de joie le Presque Pubère. Il allait enfin connaître les joies de la chair, et ces foutues glaouis qui lui causaient tant de tracas se révéleraient peut-être utile. Ainsi caummence l'histoire des premières chasses qui n'a rien à voir avec la chasse à l'ours ou une quelconque banalité de ce genre. Vous tenez entre vos petites mains pautelées et moites d'admiration le premier Reality-Book, et pis d'abord je ne sais même pas pourquoi j'écris ça parce que premièrement on s'en branle et deuxièmement vous n'êtes pas à la hauteur d'un tel chef-d'œuvre. Lâchez ce bouquin tout de suite! Lors de la cérémonie, le chaman lui remettrait son Graugaudh', symbaule de puissance et de vürülütÄt qui l'accompagnerait tout au long de sa vie. Mais il devait auparavant, comme disent les japaunais (Frédéric, si tu nous lis, ce dont je doute…), il devait auparavant trouver une compagne afin d'accomplir les premiers rites. Cela n'était pas une mince affaire, se dit Röh-Lan. Encaure il aurait été bien gaulé, ou alors très malin, voire drôle… Peut-être aurait-il eu ses chances, mais il n'avait rien de tout ça. DahM'Näd… OnkOnk, tiens, même... D'ailleurs je viens de m'apercevoir que je ne sais absaulument pas plus que Röh-Lan comment il va se sortir du merdier dans lequel je l'ai mis.
Lorsque la soirée vint, Röh-Lan essaya d'abaurder la charmante Möh'Nik, en lui glissant une plaisanterie subtile et raffinée: un pet tonitruant. Surmontant son dégoût manifeste, la sémillante jeune fille afficha un sourire niais qui découvrit des dents aussi blanches que le fond du caleçon de Röh-Lan à ce maument là. Les préliminaires caummençaient donc sous les meilleures auspices (dessus). Conquis, le jeune homme fringant lui fit durant les jours suivants une cour passionnée, faite de tout le romantisme dont il était capable et dont nous venons d'avoir une belle démonstration. De pets flambés en alphabets récités en rotant, la jeune fille subissait les avances du chasseux avec beaucoup de timidité, mais son admiration pour l'obstination du jeune homme prenait le pas sur sa réputation.
Le jour arriva donc où on les retrouva nus sous une fourrure de euhârosaure à oreilles décollées, les plus rares, en train de couiner comme des beulettes coincées par un sanglochon. Surpris d'être… surpris, les deux jeunes gens se dissimulèrent gauchement sous les fourrures. En y réfléchissant, Röh-Lan se disait qu'il avait bien de la chance d'être accepté par Möh'Nik, et le narrateur se disait sensiblement la même chose, ce qui signifiait que les emmerdes n'allaient pas tarder. La cérémonie de remise du Graugaudh' eut finalement lieu, à la surprise de tout le monde.
Un matin semblable à celui par lequel caummence cette fabuleuse aventure sur les frasques hors du commun d'un personnage haut en couleurs, Röh-Lan (le mec haut en couleurs, c'est lui, hein) se leva, et alla changer l'eau des pommes de tärr histoire de sortir un peu du Cirâaj (contrée lointaine et brumeuse). D'ailleurs j'en profite pour faire une digression dont tout le monde se fout – oui je m'en rends bien compte vous regardez l'heure, ces mots qui sont déformés et majusculés, c'est pour faire historique et documenté, parce que le Cirâaj ça n'existe pas, hein, c'est pas un vrai pays.
Donc, je disais, un matin semblable patatüh patatä, Röh-Lan se mit à arroser avec bonne humeur le buih-sson qui projetait de crever d'ici peu près de sa tente, quand soudain une douleur lancinante lui transperça la zifaulette. « Baurdel », pensa-t-il instantanément. À cette heure-là, il n'était pas capable d'aller beaucoup plus loin dans ses raisonnements. Urinant avec moultes précautions, il finit tout de même par en foutre plein sa tente. « Il faudra vraiment que je pense à changer de buih-sson ». Et ce fut le début d'une longue série de souffrances, allant de picautements dérangeants tout au long de la journée en déchirures de zizouille lorsqu'il allait aux cabinets (© Che's Touch). Il se décida enfin à aller voir la guérisseuse, une vieille femme au teint hâlé (en avant), non sans une certaine appréhension, d'ailleurs. Se faire toucher la nouille par une ancêtre ne l'enchantait guère, mais il souffrait trop.
–Tu as partagé tes fourrures avec Möh'Nik, Röh-Lan?
–Oui, pourquoi, fallait pas?
–Ta réputation est justifiée, Andouy (titre honorifique parmi les benêts), elle est plombée ta greluche!
Bien que surpris par le langage de la vieille femme, Röh-Lan bita enfin. Il venait de connaître les joies de la chaude-pisse, et jura qu'on ne l'y reprendrait plus.