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Röh-Lan - Chapitre 14

 

[L’Histoire n’a pas gardé trace de l’épisode précédent, hélas, seule la fin ici présente nous est parvenue. Ah l’échec !]

Röh-Lan rentra un peu plus sa tête dans ses épaules. « C'était même pô d'ma faute », songea-t-il amèrement. Et pour une fois il disait vrai. Mais comme d'habitude personne ne l'avait cru, et le chef de la tribu avait porté l'affaire devant le Conseil des Trois Séniles qui avaient finalement tranché. Ce serait…


l'Exil!

Il avait alors pris ses affaires en hâte, courant, foutant des trucs par terre… Il n'en avait cure. Maintenant, plus rien n'avait d'importance, plus rien ne comptait plus que la douce Hüg'daaâh, qu'il aimait d'un amour passionné que seuls les jeunes couillons peuvent éprouver. Et sa chävre aussi l'aimait, mais plus pour très longtemps. L'hiver apprauchant (d'ailleurs quand y'a un gars qu'est banni ou un truc du genre, c'est toujours en hiver, ou alors par temps de pluie, minimum), la tribu avait décidé de bouffer la brave bäte, qui n'y survivrait probablement pas. Mais on s'en fout.

Son sac en peau de bwingosaure sur l'épaule, il regarda une dernière fois le campement indigÄne. « Allez tous vous faire empapahouter par un casoaâr », cracha le jeune impoli. Où irait-il ? La nouvelle de son exil se répandrait bientôt comme une bouse de cochonglier, et partout on le rejetterait. Il allait devoir vivre comme un sauvage, chassant pour se nourrir, vêtu de peaux de bêtes. Bon, comme d'habitude, en fait. Il décida finalement que seule la compagnie de sa chävre lui manquerait, et il se mit sans plus tarder en route. Les heures de marche le séparaient un peu plus de sa tribu, et avec cette distance s'allongeait sa rancœur. Décidément il n'était pas fait pour vivre parmi ces gens. « Peut-être ai-je été adaupté? », pensa-t-il. Mais il se rappela alors les bruits qui couraient sur sa naissance, et de toutes façons (anyway, donc) il ressemblait physiquement beaucoup à ses parents. Le gros problème était que c'était Caurentin qui avait trouvé ce titre de chapitre, et Sébastien n'avait absaulument aucune idée intéressante. Putain…

C'est alors que Sébastien eu une idée, et d'ailleurs c'est alors aussi que Röh-Lan tomba dans un trou. C'est un peu pourüh, mais pour la suite ça devrait aller.

–Ah l’ECHEC !! Et voilà, les emmerdes commencent, soupira Röh-Lan. C'est vraiment la louze…

Engoncé au fond du trou boueux, le jeune exilé réfléchissait à un moyen de se sortir de la mouise dans laquelle il se trouvait. Il ne survivrait pas longtemps, au fond de ce trou. Cela étant, il aurait mieux fait de ne pas réfléchir de trop, parce qu'habituellement ça ne donnait pas de bons résultats. Mais bon. Il commençait à désespérer, lorsqu'une tête apparut au baurd du trou. Un vieillard le dévisageait sans mot dire, et sans maudire non plus par ailleurs.

-Héééééé! Vous pouvez m'aider? J'vous donn'rait un bout de mes prauvisions!

Le vieillard, toujours silencieusement, l'aida à sortir en lui lançant une caurde (que Röh-Lan prit dans la poire, mais à ce stade du récit ce n'est plus vraiment la peine de le préciser). L'homme était habillé de peaux de brélosaure entre autres, et d'un câhpuchon de claveutier à roubignaules capitonnées. Malgré son âge, il semblait avoir conservé sa force physique et son regard trahissait sa vivacité d'esprit. Röh-Lan fut très admiratif, et le vieillard ne décela aucune trace de vivacité dans son regard. Mais ça, on le savait déjà. Ils allumèrent un feu pour faire cuire les restes de canard des steppes à clapotage pédalant (ou à pédalage clapotant, d'ailleurs). Ayant ramassé des feuilles d'araumates, Röh-Lan se hâta de rejoindre le feu où il retrouva le vieillard. Il s'obstinait à ne rien dire, à moins qu'il ne fut muet, et le chasseur se posait de multiples questions à son sujet. Qui était-il? D'où venait-il? Pourquoi était-il utile (prononcez ça plusieurs fois à voix haute, c'est marrant)?

Röh-Lan prépara le canard des steppes en l'enroland dans des feuilles de merdassier en fleur, et ajouta des pousses de gougnaffiers ainsi que de la tige de gouinasse pilée. Ces saveurs exotiques plurent au vieillard, et le chasseur fut heureux de sa rencontre. Après tout, il avait peut-être de la chance quelquefois. Le vieillard sortit alors de ses affaires un petit pot de sauce verdâtre dans lequel il trempa une chips de racine séché qu’il tendit à Röh-Lan en disant :

-Chips au boikamol… Tu connais ?

-Ah bon ?!?

Ce que le vieux avait « oublié » de lui dire avant que Röh-Lan ne morde goulûment dans la chips, c’était que le boikamol était – très légèrement – hallucinaugène. Très vite, Röh-Lan sentit ses mains devenir moates. Le corps tremblotant comme s’il barbotait au milieu des loutres, il s’effondra au sol, pris de spasmes. Les yeux révulsés, la langue pendante, des litres de bave suintante, les dents en train d’attaquer la roche de calgonite antikalkäre, Röh-Lan était en train de vivre le plus monstrueux bad-trip de l’histoire des temps anciens (c’était donc du lourd).

-Connais-toi toi-même, alors seulement tu apprendras à vivre sans concombres… souffla l’antique vieillard qui contemplait la scène avec un regard vague.

Röh-Lan sentit que ça sortait. Ça sortait. Il ne savait pas quoi au juste, mais il était manifeste que quelque chose sortait. Il n’avait plus mal du tout, puis il vit qu’il avait trois bras, dont un d’un curieux blanc laiteux. Transparent. Son putain de troisième bras – première surprise ! – était transparent. Pris d’un accès de flippe séculaire, Röh-Lan tenta de se lever d’un bond étrangement souple, facile, puissant. Ce qui le mit dans une position aussi étrange qu’agréable. Il était là, en train de flotter au-dessus de son corps gisant, désarticulé. Il n’était plus qu’un ectoplasme d’un blanc-bleu irisé. Le vieillard était là, accroupi comme une fiotte, à regarder dans le vide.

-Et branlère, keske c’est encore que ces conneries ! Après ça, on va encore me dire d’arrêter ma caumédie !

Röh-Lan se sentait tout léger. Forcément, on voudrait pas la ramener, mais un ectoplasme, ça n’a pas de masse. C’est tout au plus une fonction d’onde de Schrödinger vaguement praubabiliste. Enfin bräf. Il était tellement léger qu’il se sentait monter, monter ! Très vite, il traversa les nuages, battant l’air des bras comme un couillon au milieu d’un vol de konlubrus bleu et or. Il les laissa sur place, enfin, là où ils étaient, car lui continuait de monter haut, très haut. Tout en haut, même. Il croisa la route de la Lune, la salua d’un air niais, avant d’aller rendre visite aux seigneur des anneaux de Saturne qui, se rendit-il compte avec stupeur, n’étaient pas du tout des anneaux. Comme quoi, toute sa vie, on ne lui avait décidément raconté que des conneries. Il fit route vers le Sauleil qui n’était pas du tout fait d’or comme son père lui avait raconté. Il manqua se faire cramer la biroute par une éruption saulaire de plusieurs milliers de kilaumètres. Encore peu habitué à son nouveau statut d’ectoplasme inertiel, il se laissa traverser avec un brin de stupeur par quelques noyaux d’hélium lourd qui avançaient en dodelinant du cul. Mais qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir branler ? Normalement, enfin, en théorie, on lui avait dit qu’une fois qu’il aurait claqué il devait aller aux pays des hombres. Alors qu’est-ce qu’il foutait là sur le Soleil, à se rendre compte que les astres n’étaient pas faits d’or et de diamants cloués sur la voûte céleste taillée dans du velours noir ?

-Ah ! Mais oui ! pensa Röh-Lan plus qu’il ne le dit (parler avec un ectoplasme, c’est comme avec un cataplasme : pas facile). Grooosse feinte : je ne suis pas mort. Enfin, pas vraiment. Ou pas encore… À moins que… Oh et puis merde hein c’est imbitable ces histoires de con !

Seulement voilà, jusqu’ici, il s’était laissé porter par les évènements. Comment retourner sur Terre ? Et d’ailleurs, baurdel, elle était où cette fichue planète ? Donnant de grands coups de rein, avançant comme s’il était une limace cadenassée au fond d’un marais gluant, Röh-Lan partait de nulle part pour se traîner poussivement jusque pas très loin ailleurs. Il mit bien une plombe à comprendre qu’il suffisait de penser à avancer pour que son désir se mue en réalité. C’est mieux, se dit-il, paske se traîner comme une bouse alors qu’il n’y a même plus de gravité, c’est quand même trop la louze ! En quelques instants, il était en orbite autour de la Lune qu’il frôla langoustement, caressant du bout des doigts sa douce surface d’un gris crayeux, tellement douce qu’il eut une pensée émue pour Hüg'daaâh, puis il réinvestit l’atmausphère à toute allure, sentant monter en lui le doux frisson de l’instant, l’ivresse de la troisième vitesse de libération cosmique lui caressant l’échine. Ce qui n’avait d’ailleurs rien à voir. Il passa au-dessus du Vietnam avant de finir sa course à toute vitesse, ne trouvant pas les freins, traversant quelques hironboises mouchetées à plumes roses, réinvestissant son corps physique si vite qu’il fut projeté contre la paroi opposée de la caverne, s’encastrant dans la calgonite kalkäre, tous degrés de libertés bloqués. Le vieillard, arc-bouté à la paroi, luttait comme une bête pour tenter de sortir le pauvre Röh-Lan de sa gangue de pierre. Cet abruti hurlait comme un damné mais le vieillard n’en avait cure, il fallait bien le sortir de là. Après moult efforts plus ou moins désespérés, le vieux scribouillard parvint tout de mÄme à extraire l’autre abruti de son torseur des efforts intérieurs.

Suivant péniblement le vieillard qui lui avait promis de faire de lui un héros, Röh-Lan avait accepté ce voyage initiatique en exil qui devait le mener jusqu’aux couffins de ce monde. Ainsi, ils errèrent longtemps dans les plaines arides de Möhr-Fâahl, poursuivis par des boasosaures fétides. Ils traversèrent le canyon de Käs-Dâahl, hanté par les antiques fantaumes kalamarous, puis ils entreprirent de gravir le mont Pâhr-Näs truffé de minosaures anti-personnels à double déclencheurs concomitants. Alors, ils purent redescendre dans les gorges de Trüd-Bâahl où, par chance (on the one hand), aucune trace de vie n’avait pointé le bout de son nez depuis des milliers d’années. Hélas (on the otter hand), ils durent se battre avec la terrible cause de cet état de fait : le long des parois des gorges, remontaient des vapeurs ignaubles de gaz müt-hard. Harassés, ils quittèrent enfin la mythique contrée du Vice-Roi Âahl, petit frère par alliance du Prince Euhâr – d’où le canyon du même nom. Arrivé aux couffins du monde, Röh-Lan vit que l’haurizon n’était toujours pas atteint, et qu’en fait ils en étaient même encore très loin. Il en avait vraiment plein les burnes des tribulations de ce vieux con qui marmaunnait de temps en temps des phrases du genre « la vie est un concombre », « l’inconscient est-il un destin ? » et autres « la nature est-elle une hypothèse ? ». Le vieux lui disait que s’il arrivait à répondre à ces questions, alors il aurait compris « le sens de la vie ». À dire vrai, Röh-Lan en avait grave plein l’derche, mais qu’y pouvait-il ? Ne mangeant de loin en loin que quelques maigres racines de gougnaffier pétaradant, couvert de fistules, Röh-Lan finit par entrer dans un état second. Il ne se laissait plus enconcombrer par les notions de peur ni de mort. Ni même de haine. Non. Il marchait, c’était tout. Et c’était déjà bien assez. Il fit le vide le plus total dans son esprit, et alors que le terrain devenait de plus en plus retors, et bien qu’il fut totalement sous-alimenté, Röh-Lan développait une force physique propre à pulvériser les montagnes et faisait preuve d’un mental à trouer un hippoglonphe. Le petit vieux n’en revenait pas : son abruti d’apprenti le laissait sur place. Tentant vainement de suivre la cadence, se refusant d’abandonner, le vieux con jeta toutes ses forces dans la poursuite. Mais, handicapé par ses petits pecs anorexiques et son mental de concombre hypoloozeux, il ne put suivre Röh-Lan et, dans un ultime instant de lucidité, se rendit compte que toute sa vie il n’avait dit que de la merde et que ses grandes théories sur la vie n’étaient que des histoires fumeuses pour blaireaux de prairie un soir d’hiver. Terrassé par l’insoutenable vérité, le pauvre homme s’effondra dans un trou à tütübes, la face éclaboussée par le misérable de son existence d’Hermite asocial n’ayant rien compris à la vie. Pendant ce temps, Röh-Lan l’Exilé parvenait enfin au bout du monde, ou presque, lorsqu’il se rendit compte qu’il pataugeait dans une vaste étendue d’eau au goût saumÄtre.

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