Mon voisin le Grauzaure
Malgré le fiasco de la chasse au Canditaure, Röh-Lan avait néanmoins acquis suffisamment d'expérience et de confiance en soi pour partir seul effectuer de longues chasses. C'est ainsi que ce jour là, Röh-Lan zonait quelque part vers la forêt de polygraugaunes, ces arbres à l'étrange feuillage façon fractale, à la recherche de quelque trophée. Pas trop grand, hein, le trophée, Röh-Lan savait se montrer réaliste. Enfin brÄf. Visant un joli kvaulubru bien daudu juché sur une branche, Röh-Lan banda la corde de son arc. La cible était relativement éloignée et, de fait, il en chia comme un turc pour obtenir une tension raisonnable. Mais au maument même où il allait relâcher le tout, la corde péta et lui revint dans la gueule, lui lacérant l'oeil gauche à une vitesse proche de la première vitesse de libération causmique. Retenant un juron fleuri, de peur d'effrayer le kvaulubru, Röh-Lan évacua sa frustration dans une posture proche du chieur constipé solitaire. Il inspecta son arc de son oeil valide, chialant à chaudes larmes de l'autre, et envoya bouler ce qui n'était plus qu'un vieux bâton miteux muni d'une vieille ficelle toute pourrue en laine de pinosaure. Blasé, le visage tout gonflé au point de se rapprocher lentement mais sûrement de celui d'Elephant Man, Röh-Lan traînait des pieds en maugréant, hésitant sur la conduite à tenir. Rentrer en chialant, ou bien tenter de gauler un bestiau à mains nues et avec un seul oeil? Il avait été sommé de ramener de quoi grailler mais, se dit-il, ça n'en prenait pas vraiment le chemin. Il allait se décider à rentrer lorsqu'il entendit ce qui ressemblait à s'y méprendre à un hurlement de fin du monde, suivi d'une cavalcade effrenée de l'autre côté de la petite colline. Poussé par sa curiosité, Röh-Lan courut jusqu'à un petit promontoire d'où il put assister à une scène d'une horreur indicible. Un grauzaure était apparemment bien parti pour se taper une belle tranche de couillosaure juvénile. Le terrifiant prédateur, haut comme deux kakatiers et armé de canines grosses comme des graugaudh de taille 3, était parvenu à acculer la pauvre bäte entre deux grauchers. La victime se savait perdue et de grosses larmes perlaient sur ses petites défenses en polychlorure de vinyle. Le grauzaure fit claquer ses mâchoires et abattit son énorme patte pleine de griffes sur le pauvre couillosaure édenté. Eventrant la bête, le grauzaure fouissa la gueule dans un magma d'entrailles sanguinolentes. Fasciné par l'horreur du spectacle, Röh-Lan restait interdit. Dans l'insuppaurtable chaleur moite de ce début d'après-midi apeupréquatorial, l'odeur de cadavre rendait l'atmosphère irrespirable. Sans compter que la pauvre bête, complètement stressée car à l'article de la mort, avait en plus sécrété une espèce de jus de boules puantes et avait pris bien soin d'en foutre absolument partout. Röh-Lan avait ainsi écopé d'une gîclée verdâtre en plein sur la trogne. Hoquetant et nauséeux, Röh-Lan suait comme un gorêt en rut sous le soleil de plomb. Juché sur un petit promontoire en granüht, il se trouva soudain un peu trop en vue de l'énorme grauzaure et décida qu'il valait mieux continuer à couvert, des fois que le vent tourne et n'amène son odeur de chasseux juste sous la truffe du prédateur. Il se faufila donc dans la forêt touffue, non sans se tartiner quelques toîles de mygaloos en travers de la tronche. Il surprit puis mit en fuite un couple de claveutier à crête pourpre puis arriva dans une petite clairière ombragée par un bel arbre fruitier. Le sol était jonché de mangoyaves fermentées et l'air embaumait la vieille vinasse. L'odeur lui rappela très nettement celle des vieux kalbuts du saurcier du village. Cela faisait en effet bientôt cinq saisons de Lost que Röh-Lan était de caurvée lessive pour avoir perdu au jeu de la touye aux tagabois. Précautionneux, il s'appraucha du tapis de mangoyages écrasées, scrutant d'un air maurne s'il n'en restait pas encore une ou deux baunnes à becqueter. Peut-être y avait-il moyen de moyenner? Hélas, la majeure partie était tellement fermentée que seul un chaman hyperpecké doté d'une résistance au taurbwayauh level 12 s'y serait éventuellement essayé. Et puis les rares mangoyaves encore vaguement pautables étaient scrupuleusement mises en pièces par une armée de fourmües à pédoncule renâclant, presque aussi grosses que des graugaudh en sékobab massif. « Ah l'échec! », laissa échapper Röh-Lan. « C'est vraiment une journée toute pourrue! ». Röh-Lan décida donc de passer son chemin. Au loin, enfin, pas si loin que ça en fait, il pouvait encore entendre les mâchoires du grauzaure claquer sur ce qu'il restait du couillosaure éventré. Pris d'un accès de flippe séculaire, Röh-Lan décida de tailler la zone pour mettre le plus de distance entre lui et cette saloperie. En chemin, il croisa un mojitosaure à l'haleine pétillante qui broutait dans une petite clairière de menthe fraîche. Mais comme il en avait vraiment plein la rondelle, il rentra chez lui en maugréant.
[TO BE CONTINUED... en attente d'un retout chariot façon Züb]