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Röh-Lan - Chapitre 11

 

les croqueboules phosphorescents

S'éloignant vivement du rivage, le jeune chasseux comprit toute la signification de l'épreuve: celui qui ne se magnait pas assez le cul devait passer la nuit dehors, en compagnie des curieux êtres, entouré des bruits de la nuit (tchüp, croui, öl, SloÖup tooöut dans le pire des cas). En observant attentivement les alentours, Röh-Lan vit que la fuite était impossible. « Le lieu est bien choisi », pensa-t-il. La rive était baurdée de zunonümh à critères déflorés, dont les tiges étaient coupantes comme un rasoaaar. Condamné à attendre le lendematin pour retraverser à la nage – pensée qui ne l'enchantait guère, mais cela valait mieux que de se faire bouffer les grelots – il entreprit de faire du fö. Du feu, quoi. Il arracha une tige de zunonümh en prenant garde de ne pas s'amputer trop profondément, et la redressa pour en faire une drille. Il prit ensuite un morceau d'écorce de glaireuse à pistil rubicond qui constituerait la planchette. En grattant le côté intérieur de cette planchette, Röh-Lan put récupérer suffisamment de fibres pelucheuses (comme des peluches, quoi) pour avoir un amadou digne de ce nom. Il tressa ensuite plusieurs de ses longs poils de fion pour faire une petite cordelette et fabriqua un arc avec une autre tige de zunonümh. La partie plus technique commençait. En utilisant l'arc pour faire tourner la drille, le chasseur parviendrait à chauffer et à créer une petite brÄse sur la planchette, brÄse qui enflammerait l'amadou. À force de patience et d'efforts, une timide fumée s'éleva. « Putain, la réussite! Ca marche! », souffla le campeur en herbe. Une brÄse se détacha finalement de la planchette toute cramée pour tomber sur l'amadou judicieusement placé en dessous. Röh-Lan souffla délicatement sur le combustible, où une petite, toute petite flamme apparut. « Victoaaare! »

Un autre cri s'éleva bientôt de la rive sauvage du fleuve sacré. Dans son agitation Röh-Lan avait oublié de vérifier ce qu'il pouvait faire brûler. Et il n'y avait presque rien sur le petit coin de plage sur lequel il s'était échoué. Plein d'ampoules, tout gratteux (la glaireuse est un urticaire puissant, évidemment), Röh-Lan se coucha à même le sable, essayant de dormir. Las, les croqueboules sortaient peu à peu de l'eau, sentant l'odeur musquée des burnes pas fraîches, et le chasseux ne trouvait pas le saummeil. Ils ne s'aventuraient pas très loin du fleuve habituellement, mais les animaux étendus sur la rive étaient pour ces cruelles créatures des proies faciles. Flairant le bon gueuleton, de plus en plus de croqueboules sortaient de l'eau. Mais il n'y avait que deux balloches, et elles le savaient bien. C'est ainsi qu'une fois de plus la bataille immémoriale de la lutte pour la nourriture prit le pas sur l'intelligence, et les sinistres bestiaules commencèrent à se foutre sur la gueule. Alerté par tout ce foin, Röh-Lan se jeta à l'eau, car il pétait de trouille et de toute façon il arrivait pas à dormir. Il pataugea tant et si bien qu'en arrivant de l'autre côté, il était crevé et empestait l'oursin pas frais. Lorsqu'il sentit une sorte de succion dans les bas-morceaux, Röh-Lan bitta qu'un croqueboule était en plein repas à ses dépens. Il se dégagea en braillant comme un forcené, arrachant au passage une touffe de poils et un peu du scrotum. Vous savez ce que c'est le scrotum?

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