Un jour que Röh-Lan fut réveillé tendrement par les pépiements d’un konlubru et par de chauds rayons de soleil dansant sur sa joue au travers du feuilleutage de son tipi, il décida d’aller faire un tour à l’aurée de la faurêt. Progressant avec entrain, Röh-Lan croisa moult animaux sur son chemin. Du martinezaure claudiquant au tadmorv baveux, en passant par un gentil petit naléchek tout content, c’est comme si toute la faurêt était en fête par cette belle mâtinée d’été. Il croisa même un toupouru qui ne lui chercha point noise, ainsi qu’un sympathique petit oran-jutang. « C’est décidément une belle journée, on se croirait presque au Paradise. », se dit-il en s’engageant dans les plantations de boikaka. Il entendit un petit gazouillis et vit surgir devant lui un mignon petit bwingosaure. L’animal s’avança sans crainte et poussa un petit cri étrange. Lorsque Röh-Lan se remit en marche, le bwingosaure l’accompagna en continuant de répéter son cri : Öl ! Öl ! Öl ! Öl ! Öl ! L’animal se déplaçant en sautillant sur ses petites jambes en faisant de drôles de bruits allant du bwouïng au twong sans omettre toutes les variations qui allaient avec. Il progressait rapidement, la langue pendante et dodelinante jusqu’au sol, rebondissant avec ses sauts, tant et si bien que le petit animal manqua de s’empêtrer dedans. Ce que Röh-Lan eut trouvé excessivement plaisant. Mais non. Tant pis.
C’est alors que des coufourés de boikaka surgit un énaurme animal qui se jeta sur le pauvre petit bwingosaure. Ce dernier ne vit pas le coup venir et finit éviscéré devant les yeux ébahis de notre héros tétanisé. « Ah l’échec ! Un grotha ! » se dit Röh-Lan devant l’animal aussi lourd que massif, avant de conclure « Rhââââ, c’est vraiment la louze ! ». Heureusement, il avait toujours sur lui son petit gourdin de secours en kagubois molleutonné. Il porta la main à son slip en peau de brelosaure duveté mais ne saisit qu’une burne. Il n’avait pas son gourdin sur lui, il avait probablement dû le laisser en charge sous sa table de nuit. Il prit ses jambes à son cou, taillant la zone à travers les plantations, sentant les branches lui griffer le visage, priant pour qu’il n’y ait pas de houbarbelés plantés dans le coin. Au détour d’un buisson frisotant, il percuta un grotadmorv à poils durs – une variété rarissime de tadmorv, beaucoup plus grosse – qui sortait de son trou terreux. Le grotha lancé à toute vitesse ne put friner à temps et finit d’achever le pauvre tadmorv déjà mal en point et alla se rêcher le caisson dans un massif de bourpüf en fleurs. Décidant de laisser là le monstre qui avait eu son compte, Röh-Lan continua sa ballade bucolique en coupant à travers les champs de kokvelicots fleuris. Au loin, il pouvait voir les eaux miroitantes du lac Trauprauphon et, par-delà les rizières, s’étendaient les vastes plaines de Kagüboslovaquie.
« Oui, c'est vraiment une belle journée », répéta Röh-Lan. La nature était en fÄte, et c'était vachement bien. Au niveau narration c'était pas déculottant, mais bon. Les hautes zerbes qui recouvraient les steppes en cette saison s'élevaient à plus de deux mètres de hauteur, et ondulaient au gré du vent, pour faire dans le lieu commun. Des nuances or chatoyaient dans ce mouvement perpétuel, et faisaient de la prairie un lieu enchanteur. Röh-Lan s'enfonça plus avant dans les hautes zerbes, et fut bien vite entouré d'un mur de verdure insondable. Et de toute façon il n'avait pas de sonde, et je vais arrêter ce genre de commentaires débiles. Soudain apeuré comme un glouglou en plein cyclaune, le chasseux tenta en vain de revenir sur ses pas. Hélas, la masse sans cesse se resserrait, et les traces de Röh-Lan avaient disparu. Marchant, haletant, jurant, glandant un peu quand même, il sortit enfin de la prison végétale qui lui avait semblé l'espace d'un instant vivante, consciente, voulant le retenir dans son cœur étouffant. Les cheveux collés par la sueur, et les quelques poils aussi, il se rendit compte que, bien loin d'être sorti, il se trouvait en fait au bord d'une rivière dont les rivages, adoucis en cet endroit, s'escarpaient brusquement avant de pénétrer à nouveau dans le mur de hautes zerbes. Une oasis dans le désert, pensa Röh-Lan, qui fit montre, pour une fois, d'un certain sens de l'à propos. Il but un peu, s'assit pour réfléchir, se releva aussitôt et finalement repartit. Malgré la trouille qui le faisait bander mou, il se sentait étrangement paisible (notez la contradiction qui donne de la profondeur au récit), comme… comme après avoir fumé un gros bédo. Il avait presque envie de s'arrêter là, au milieu de nulle part, pour dormir un peu. Les fragrances délicates des gouinasses à tête mordorées s'ajoutaient au parfum envoûtant du klafoutier sur échasses, chaudes et épicées. Les kakouffes sentaient le barnabier à corolle mouchetée, et l'air était chaud et chargé de lourdes et capiteuses odeurs végétales. Une légère brise parvint à s'insinuer dans les replis de la plaine herbeuse et rafraîchit Röh-Lan. « Putain, on est trop bien, sérieux », murmura-t-il avant de sombrer dans l'inconscience. Les senteurs de la martinaise bosselée en fleur s'immiscaient dans le système respiratoire de Röh-Lan, provoquant des rêves hallucinatoires. Perdu aux confins de son sur-moi, Röh-Lan s'abandonnait peu à peu à ses délires, poussant parfois même quelques cris qui firent peur, heureusement, au cochonglier (un cousin du sanglochon qui préfère une autre partie du voyageur pour s'amuser) passant par là. Un bourh'trüff s'aventura lui aussi, avec plus de succès car Röh-Lan était carrément dans le cirage à cet instant. Après avoir commis son ignoble forfait aux dépens du jeune homme, l'infâme animal s'éloigna en se gondolant. Les animaux en ce temps étaient très déconneurs, mis à part quelques gros-la-viande au sens de l'humour aussi restreint que leur capacité d'analyse de la valeur, valeur qui n'a d'ailleurs rien à faire ici. Mais je m'égare.
Lorsque le chasseur rouvrit les yeux, il vit qu'il était dans ses fourrures, près de son foyer. Sa mère, la douce Pöh-Liah, se pencha vers lui et lui colla une tarte dans la vitrine pour son irresponsabilité, lui expliqua-t-elle. Un tel comportement ne méritait rien d'autre. Lorsque Röh-Lan lui demanda pourquoi tant de haine, sa mère se rendit compte qu'il était vraiment le blaireau que tous prétendaient.
–Tu t'es égaré dans la Plaine du Saummeil! Les plantes t'ont endormi et empoisonné! Heureusement, grâce à mes connaissances de guérisseuse, j'ai pu te réveiller. Par contre, un bourh'trüff t'a trouvé avant nos chasseurs…
Pris d'une angoisse comme il n'en avait pas connu depuis la veille, Röh-Lan souleva les fourrures et regarda sous son pagne. Il poussa un cri de désespoir. Le bourh'trüff avait comme sombre manie de poser ses pêches sur les parties des voyageurs endormis (c'est pourquoi ils proliféraient dans ces prairies roupillogènes). Le praublème était que la fiente de bourh'trüff, chargée de bactéries – farceuses elles aussi, et heureusement – provoquait un œdème étonnamment gigantesque. Röh-Lan se retrouva donc avec une paire de testicules de la taille, chacun, d'une tente de camping igloo modèle Flonf! standard. Il se rembrunit et décréta que, finalement, c'était une journée de merde parmi tant d'autres.